A partir du prochain salon international de tourisme « Top Résa », qui se déroulera à Paris (et non plus à Deauville), les professionnels du tourisme désireux de prendre part aux multiples foires et salons organisés un peu partout dans le monde, seraient tenus, de payer eux-mêmes le coût de leur participation. Il ne sera désormais plus question que l’Etat assume ‘’seul’’ les frais. Il est vrai qu’il s’agit de la promotion de toute une destination où le tourisme contribue à hauteur de 7% au PIB.
La décision fait actuellement polémique chez les professionnels car, estiment certains, ils sont déjà taxés sur leur chiffre d’affaires global pour cette unique question de communication et frais de participation aux foires et salons.
On a lu, relu et relu encore depuis plus d’une année que l’administration envisage de mettre en place une nouvelle stratégie de participation aux foires et aux salons touristiques internationaux. Or il n’en a été rien et les mêmes anciennes méthodes ont continué à être appliquées. Pire, à cause du retard accusé dans l’entrée en vigueur de cette nouvelle stratégie, la Tunisie touristique, a participé tout au long de l’année 2007, aux différents salons et foires organisés un peu partout dans le monde, avec le même stand que les sessions précédentes. Résultat : aucune innovation, aucune nouvelle création et par conséquent, aucune séduction et effet de surprise pour attirer les visiteurs. Ce sont les mêmes composantes, les mêmes affiches, bref, la même rengaine que d’habitude. Or, avec la concurrence féroce des destinations méditerranéennes, dont la Turquie, l’Egypte, le Maroc, la Syrie, et même la Libye, décidée à s’adonner à l’activité touristique, la position de la Tunisie se fragilise à cause de ce manque de créativité et d’innovation sur son stand. Chez les « concurrents », on fait preuve d’innovation à chaque fois, voire sur chaque salon ou foire.
La raison de cette absence de créativité est due en partie aux moyens limités, comme cela a été dit lors d’un récent débat télévisé animé par notre confrère Khaled Boumiza.
M. Férid Fetni, directeur du Marketing et de la Communication au sein de l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT), a profité de la présentation du Globe Tourisme Travel qui se tiendra à Rome, du 15 au 17 mars, pour annoncer que toute la démarche tunisienne en matière de participation aux foires et aux salons serait radicalement transformée. Et pour cause !
« Jusque là, a-t-il indiqué, l’Etat a supporté seul les coûts onéreux de l’espace du stand et de la participation. Or la promotion du tourisme national n’est pas la seule affaire de l’Etat. C’est plutôt l’affaires de tous ».
L’affaire de tous certes. Mais, à notre sens, c’est surtout l’affaire des professionnels qui devraient témoigner d’un peu plus d’intérêt à leurs business. Ce n’est pas à l’Etat de promouvoir leurs affaires. Tout le monde est d’accord que l’Etat se doit de contribuer, et il le fait vu l’importance du secteur pour l’économie nationale, mais de là à tout payer… Surtout que le secteur est composé à 100% d’opérateurs privés.
Ces propos sont contestés par certains professionnels qui rappellent que les hôteliers participent déjà à hauteur de 1% de leur chiffre d’affaires au budget du marketing et de la communication, ce qui représente le tiers de ce budget. Le budget est de l’ordre de 37 millions de dinars dont 12 sont versés par les hôteliers. A vrai dire, le budget en lui-même est « miséreux » et ne correspond guère aux budgets alloués en la matière par les autres pays. Il est impératif qu’il soit revu à la hausse et que tout le monde mette la main à la poche. Par tout le monde, on n’entend pas uniquement Etat et hôteliers, mais aussi magasins d’artisanat, restaurant, centres de loisirs attirant les touristes, agences de locations de voitures et même les taxis. Tous ces secteurs bénéficient amplement et vivent essentiellement de l’image du tourisme, pourquoi donc faut-il que les hôteliers seulement paient ? 
Pour parer au plus urgent et faire face aux chiffres décevants de 2007 sur certains marchés, l’ONTT a donc décidé de changer radicalement sa position.
Au regard de M. Fetni, l’Etat se contentera, ce qui n’est pas peu d’ailleurs, d’être un fédérateur, un trait d’union entre les professionnels du secteur et les organisateurs des foires et salons. Explications du Directeur du marketing et de la Communication : « Il est possible pour chaque professionnel du secteur de participer à la foire ou salon de son choix et de payer l’espace qu’il occupera en dinars tunisiens. Le rôle de l’ONTT serait l’engagement de transférer la contribution du professionnel aux organisateurs des salons, soit directement, soit à travers les représentations de l’ONTT à l’étranger. C’est désormais, la stratégie qui sera appliquée à partir du prochain Top Résa 2008 du 16 au 19 septembre. L’implication de la profession est nécessaire, voire impérative, car il serait difficile au tourisme tunisien d’évoluer sans une participation concrète, réelle et efficace des professionnels ».
Une profession qui semble convaincue bien que c’est à cause d’elle que l’entrée en vigueur de la nouvelle stratégie a été retardée.
Selon certains, l’arrivée en septembre 2007 du nouveau président de la Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie, en l’occurrence M. Mohamed Belajouza, serait à l’origine du retard. En effet, la profession a demandé à l’administration le report de l’application de la nouvelle stratégie, le temps que le nouveau président et le bureau exécutif puissent voir un peu plus clair. On a donc temporisé, mais un dead line a été fixé vu que l’on ne peut plus retarder davantage l’entrée en vigueur de la nouvelle politique de l’administration.
On apprend, de notre côté, que la nouvelle stratégie devrait s’accompagner par un changement au niveau du fond. Le concept même, le stand et ses composantes devraient subir un sérieux lifting. Au regard de M. Fetni, la vente de l’espace aux professionnels est conditionnée par : mettre l’accent sur l’image de marque de la Tunisie ; donner une connotation business aux participations. C’est à dire que si la Tunisie et ses professionnels participent à une foire ou à un salon, qu’il soit grand public, spécialisé ou professionnel, ils ne sont pas là pour faire de la figuration mais pour conclure des affaires, promouvoir la destination et augmenter le flux touristique, aussi bien pour eux que pour le pays.
« Nous travaillons actuellement sur le concept du stand, son aspect architectural, la construction des espaces », nous dira le responsable marketing de l’ONTT. En bref, l’administration est en cours de conception du nouveau stand. Un stand qu’on espère mieux nanti et plus représentatif de la destination et de ses atouts que les précédents. Pour cela, il faudrait faire appel aux professionnels de la conception notamment de l’espace, en l’occurrence les scénographes. Le prochain stand de la Tunisie devrait être non seulement différent, mais surtout surprenant avec une mise en valeur des atouts de la Tunisie.
Du côté de la profession, l’idée de participer financièrement aux frais et aux coûts des espaces occupés pendant les salons et foires ne dérange pas tout le monde. Certains considèrent même qu’elle est la bienvenue.
Pour la Fédération Tunisienne des agences de Voyage (FTAV), le Conseil d’administration a déjà engagé une campagne de sensibilisation auprès de ses adhérents en vue de leur participation aux foires et aux salons, conformément à la nouvelle politique de l’ONTT.
Mieux, le bureau exécutif a décidé de jouer le rôle de conseiller auprès des ses adhérents afin d’identifier les participations porteuses répondant aux centres d’intérêts des agents de voyage. La FTAV irait même à prévoir un budget spécial de participation, aussi bien pour le Bureau exécutif que pour les participations individuelles.
Quant à la FTH, le Président a déclaré que les professionnels se sont engagés à accompagner les efforts promotionnels de l’Etat, à travers, notamment, l’amélioration de la qualité des prestations et des produits offerts aux touristes. Mais aussi à travers une participation effective sur les stands d’exposition à l’étranger.
La nouvelle politique mise en place par l’administration de tutelle et qui entrerait en vigueur, en septembre 2008, réussira-t-elle à convaincre les professionnels à l’impératif de se regrouper, de se réunir et de participer collectivement, par zone géographiques, par exemple, aux foires et aux salons ? En tout cas, ca ne serait pas une mauvaise idée que de voir nos professionnels réunis dans un groupement d’intérêts économiques. Ceci ne peut qu’être bénéfique et pour les professionnels et pour la destination, qui verrait ses acteurs premiers du secteur, agir, en vrais professionnels dont l’intérêt majeur de la destination est au cœur de leur préoccupation !
L’administration change radicalement de position !

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