Par Nizar Bahloul
Londres, Paris, San Francisco et beaucoup d’autres villes. Une déferlante antichinoise a pris ces derniers temps quelques centaines de milliers d’Européens et d’Américains criant leur sympathie au Tibet et une extraordinaire haine de la Chine et de son régime.
Objectif : le boycott des jeux olympiques que s’apprête à abriter Pékin.
Du côté des médias (français, britanniques, américains), on crie au scandale, on pousse les chefs de gouvernement et présidents au boycott et à créer l’incident avec la Chine, future puissance mondiale.
On achète chinois, on vend aux Chinois, on fait le meilleur business avec les Chinois, mais on se fait honneur d’insulter et de traiter de tous les noms les dirigeants chinois. Motif invoqué et répété : « le respect des Droits de l’Homme », selon la conception qu’en ont ces manifestants. Il faudrait donc que toute la planète se plie à cette définition précise, sinon on est traités de tous les noms. Le noir ou le blanc à la mode « bushienne ». Une ambiance éditoriale et médiatique qui me rappelle celle que nous avons vécue chez nous (avec beaucoup moins d’aigreur certes, mais tout est relatif) lors du SMSI en 2005.
A voir ces centaines de milliers de manifestants, le constat est clair : ils sont plus tibétains que les Tibétains. Ils appellent au boycott des jeux alors que le Dalaï Lama lui-même prêche le contraire.
Dans toutes ces manifestations, défend-on le Tibet ou attaque-t-on la Chine ?
Le Tibet, justement. Combien parmi ces manifestants savent le situer sur une carte ? Combien d’entre eux savent que ce Tibet est un régime théocratique, parfaitement comparable à celui des Taliban en Afghanistan, des Mollah en Iran et des Sionistes en Israël ? C’est le type de régime que des milliers d’islamistes rêvent d’imposer à des centaines de millions d’êtres dans le monde musulman. Crie-t-on donc pour défendre un régime religieux et, jusqu’aux années 1950, esclavagiste ?
A la tête des manifestants français, on retrouve un confrère. Robert Ménard, SG de Reporters sans frontières. On l’a vu sur toutes les chaînes, on le lit dans tous les journaux. Hier c’était la Tunisie, aujourd’hui c’est la Chine. Ménard sait être plus tunisien que le Tunisien et plus tibétain que le Tibétain. Depuis Paris, il connaît mieux les intérêts des peuples et leur réalité quotidienne.
Confrère, j’aurai aimé te voir crier au scandale quand les Etats-Unis ont légalisé la torture. J’aurai aimé te voir parler de Guantanamo.
J’aurai aimé te voir manifester lors du kidnapping abject d’enfants tchadiens.
J’aurai aimé te voir protester quand un kidnappeur d’enfants (menteur et manipulateur de surcroît) purge sa peine en France au lieu que ce soit dans le pays où il a commis son crime. J’aurai aimé te voir crier au scandale quand ce kidnappeur a été élargi.
Que doit-on conclure ?
Dans la compétition mondialisée d’aujourd’hui et parce qu’on n’a pas les moyens de rivaliser nos concurrents, on invente de toutes pièces (les vraies comme les fausses) de nouveaux prétextes pour fragiliser ceux qui montent.
Les pays font tout pour soigner leur image à l’extérieur. La Chine ne fait pas exception et ces Jeux sont une excellente opportunité pour elle. Une opportunité pour montrer son savoir-faire et présenter ce qui a été réalisé de « positif » en attendant d’achever le reste. Avec ces manifestations (d’abêtissement général), l’image est ternie et la position fragilisée. Ainsi, le climat n’est plus sain pour nouer des affaires et on pensera deux fois avant de délocaliser en Chine. On poussera le consommateur à réfléchir avant d’acheter chinois.
Il ne s’agit pas de défendre une dictature, loin de là. Mais il est du devoir des médias de montrer ce qui est positif, de pointer ce qui est négatif, tout en prenant soin de respecter les proportions et de ne pas exagérer les choses. Ce rôle là, beaucoup de médias européens et américains l’ont oublié. Ils partent du principe de vouloir faire du bien pour les peuples, mais c’est l’exact inverse qui se produit.
Peut-être cherche-t-on, en réalité, à fragiliser les concurrents qui dérangent, des concurrents différents de nous. Ceci porte un nom : racisme !










