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La FTF réhabilite Qendil Bab Menara









Par Nizar BAHLOUL

C’est l’histoire d’un pays dont toutes les institutions encouragent le produit local, la consommation locale, la production locale, la main d’œuvre locale. Toutes sauf une : la Fédération Tunisienne de Football (alias FTF). Elle veut un entraîneur étranger pour le team national. Elle cherche à tout prix un étranger. Allez savoir pourquoi faut-il un étranger. Selon elle, le team national ne peut être entraîné que par un étranger et non par un Tunisien. Précision : il doit être francophone. Autre précision : l’adjoint de cet étranger francophone ne peut être que Tunisien !
Un Tunisien ne peut être que second, a jugé la FTF, qui ne précise pas s’il doit être francophone ou pas.
Résumons : Pour la FTF, un Francophone de nationalité étrangère a des capacités physiques et mentales supérieures à tout Tunisien qu’il soit unilingue, bilingue, trilingue ou polyglotte.

Dans tous les pays du monde (à l’exception de quelques pays pétroliers se comptant sur les doigts), quand vous gagnez de l’argent, vous payez de l’impôt. Que cet impôt soit élevé ou non, c’est une autre histoire. Tout citoyen qui se respecte et tout résident dans un pays se doivent de payer un impôt sur le revenu. Rien de plus naturel. Je ne sais par quelle entourloupette, certains décideurs footballistiques ont décidé qu’un entraîneur (étranger) n’a pas à payer cet impôt.
Résumons : Pour la FTF, le Francophone de nationalité étrangère et de capacités physiques et mentales supérieures peut ne pas payer d’impôt.

Notre pays souffre du chômage. On le sait. Les employeurs, eux, souffrent des problèmes de compétences (cliquer ici pour lire notre article à ce sujet) et n’arrivent pas à trouver le personnel qui leur faut. L’une des solutions, appliquée sous d’autres cieux et qui a fait ses preuves, est de faire appel à des compétences étrangères. La loi tunisienne est cependant claire à ce sujet. Aucun employeur ne peut faire appel à un étranger, s’il y a un demandeur d’emploi de nationalité tunisienne pour le même poste. Cette loi est discutable, mais ce n’est pas le moment d’en parler. La loi existe et doit être appliquée d’abord, ce qui est le cas pour les entreprises et différentes institutions. Je ne sais cependant pas par quelle deuxième entourloupette certains décideurs footballistiques ont pu conclure qu’il n’y avait aucun entraîneur tunisien candidat pour le poste de sélectionneur national.
Résumons : Pour la FTF, le Francophone de nationalité étrangère et de capacités physiques et mentales supérieures qui ne paie pas d’impôt peut être recruté en Tunisie, même s’il y a son équivalent sur le marché local.

Dans le monde civilisé, les équipes de foot vivent essentiellement des droits TV. Du coup, les équipes comptent leur budget en dizaines de millions de dollars. Il y en a même qui se font coter en bourse. Pour octroyer les droits du foot, les fédérations lancent des appels d’offres et les chaînes de télé se concurrencent à couteaux tirés. Chez nous, on a toujours décidé d’accorder ce marché de gré à gré.
Le pays entier fonctionne avec les appels d’offres, mais la FTF a son propre raisonnement et ne veut pas d’étranger diffusant ses matchs de foot.
Résumons : Pour la FTF, un étranger a des capacités physiques et mentales supérieures, peut ne pas payer d’impôts, a le droit d’être recruté en Tunisie, mais ne peut s’octroyer nos droits TV pour la diffusion des matchs.

En résumé des résumés, là où la FTF peut épargner des devises, elle en dépense, et là où elle peut en gagner, elle crache dessus.
Dans sa tentative de réhabilitation de Qendil Bab Menara*, elle a raté le coche. Lui, au moins, les étrangers du pays ont toutes ses faveurs.

Question pour finir : celui qui audite la FTF et lui demande des comptes, est-il Tunisien ou étranger ? Je n’arrive vraiment pas à comprendre comment autant de dérives, de non-sens et d’humiliations peuvent être permis depuis des mois sans qu’il n’y ait un Tunisien patriote pour mettre le holà ! « Soyons dignes et embauchons un K’Santini », a suggéré à raison le quotidien La Presse samedi dernier suite au rejet de notre «quête» par le français Santini.

* Qendil Bab Menara : littéralement, lampe à huile (ou fanal) de la Porte de Bab Menara, un quartier de Tunis-Ouest. Un dicton populaire (« Qendil Bab Menara ma idha’oui ken âl barrani » signifie qu’untel n’a de bonté que pour l’étranger. A l’origine de ce dicton : la lampe à huile en question était utilisée, au temps des Hafsides, pour éclairer la route des caravanes, selon la définition apportée par M. Khemais Khayati dans son ouvrage « De mon pays ».

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