Par Nizar BAHLOUL
C’était la fiesta jeudi dernier à Tunis. Le Club Africain a remporté le championnat de foot de cette année. Le tintamarre de klaxons, et la pollution sonore extrême qui l’a accompagné, a duré jusqu’au beau milieu de la nuit. Les jeunes criaient et scandaient des slogans hostiles à l’Etoile Sportive du Sahel qui a failli gagner ce championnat. L’ensemble de ces jeunes, qu’un petit rien pousse à la fête, ne parle que du « grand art » de l’équipe de Bab Djedid !
Parmi les fêtards, au bord des fenêtres des voitures, plein de jeunes filles. C’est une nouvelle mode à Tunis que de voir les jeunes filles aller régulièrement au stade, puis sortir faire la fête. Elles sont belles nos nénettes quand elles s’assoient au bord de la fenêtre d’une voiture, slip ou string en l’air (une autre nouvelle mode) encensant leur équipe et scandant des grossièretés contre l’équipe adverse. Désormais, à Tunis, les obscénités, vulgarités et grossièretés ne sont plus l’apanage de quelques jeunes hommes, mais aussi des jeunes filles au supposé goût raffiné. Quand les équipes et les autorités sportives encourageaient les jeunes filles à aller au stade, on pensait qu’elles allaient apporter leur délicatesse aux jeunes garçons. Ces derniers n’auraient pas osé, pensait-on, proférer des grossièretés devant des jeunes filles. C’est l’effet inverse qui s’est produit. Et même plus.
Le raffinement n’a finalement jamais pénétré les stades et nos jeunes filles (de futures mamans qui vont éduquer les générations futures) n’hésitent plus à user du verbe le plus grossier en public. C’est du grand art, disent-ils et disent-elles.
C’est une salle de cinéma se trouvant à l’avenue Habib Bourguiba. Avenue où se concentre le plus grand nombre de salles de cinéma en Tunisie (cinq en tout, excusez du peu). Cette salle projetait du bon cinéma. Quelques fêlés, comme moi, auraient parlé de grand Art à propos de ses films. Dans cette salle, on projetait du Scorcese et de l’Almodovar.
Cette salle s’appelle Parnasse et elle vient de fermer ses portes pour cause d’impayés. La fermeture est quasiment passée inaperçue, si ce n’est un entrefilet dans deux journaux essayant d’être sérieux. La victoire du Club Africain, elle, a fait la une de tous les journaux ! Quasiment sans exception. Ce qui est normal puisque cette victoire est du grand art, comme ils disent !
Le dernier rapport d’audimat de Sigma Conseil montrait que la chaîne de télévision privée Hannibal TV occupait la première place du paysage audiovisuel tunisien. Les précédents rapports indiquent la même chose ou presque. La chaîne de Larbi Nasra semble être fort appréciée par une majorité de Tunisiens. Pour tous ses téléspectateurs, Hannibal TV divertit, cultive et véhicule du grand art.
Pour se cultiver, pour se raffiner, le Tunisien n’a besoin ni de suivre l’actualité de Cannes, ni de visiter la foire du livre (c’était un flop cette année), ni d’aller au cinéma et encore moins d’aller au théâtre. Oublions danse, opéra, musée et BD, ça n’existe pas pour nous. On ignore où se trouve Cannes, il y a le DVD pour voir les films, les musées c’est pour les touristes et écoliers et la rue est déjà un théâtre remplaçant à merveille le 4ème Art.
Il suffit pour le Tunisien de fréquenter les stades pour bénéficier du meilleur art qu’il désire. Il lui suffit de regarder Hannibal TV pour qu’il se sente déjà cultivé.
C’est ça le grand art chez nous en 2008. Des slips en l’air, des grossièretés, des cannettes de bière et un ballon en cuir dans un filet. Excusez-moi si je me trompe, et j’espère de tout cœur me tromper, mais j’ai comme l’impression que les « vrais responsables culturels », à l’efficacité avérée sur le terrain, siègent désormais à El Menzah (local de la FTF) et à la Soukra (local d’Hannibal).
Tunisie, ton Art fout le camp !

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