L’heure est au mécontentement chez les actionnaires de l’UIB-Société Générale. Ils n’ont pas hésité à l’exprimer lors de la tenue samedi 9 août des Assemblées générales, ordinaire et extraordinaire.
Le nouveau commandant de bord, Kamel Néji, nommé DG depuis avril dernier, a cherché à rassurer et tranquilliser, réussissant à faire remplacer le mécontentement affiché par un certain scepticisme. Rien n’est encore gagné, mais c’est toujours un pas en avant. Sa mission est dure d’autant plus qu’il doit prendre en ligne de compte l’avenir de la banque, le paysage bancaire tunisien et l’image de l’investissement étranger en Tunisie.
« Il faut un psychologue à l’UIB pour comprendre la mentalité du Tunisien. Prenez l’exemple d’Attijari Bank, voyons ! ». Les propos appartiennent à un petit (célèbre) actionnaire qui a vu son investissement dans l’UIB-Société Générale fondre comme neige au soleil. Achetée à 32 dinars en 2005, selon ses dires, l’action ne vaut plus aujourd’hui que onze dinars et quelques poussières. C’est dire ! Principaux accusés dans l’histoire, selon l’actionnaire qui s’exprime durant l’AGO : les Français de la Société Générale. A l’entendre, ils seraient responsables des principaux maux que connait la banque tuniso-française. Bien qu’il y ait du vrai dans ce qu’il a dit, tout n’est pas exact.
En exprimant son mécontentement, l’investisseur en question, qui n’a pas du tout mâché ses mots, n’a dit tout haut que ce que toute la salle et une bonne partie de la place financière répétaient tout bas.
Face à un président du conseil d’administration agacé et un directeur général embarrassé, il soulève de multiples questions. Les gros salaires des cadres de la Société Générale pour commencer. « Pourquoi cette disparité des salaires entre les cadres tunisiens et les cadres français ? Que font-ils de spécial ? Ils prennent des bains de soleil ! », dira-t-il. Dans le même ordre d’idées, il relève l’appel fait à des ingénieurs étrangers à 700 euros la journée, alors que le pays regorge de cadres qui assistent même les Canadiens. Et puis, il y a ce système d’information acquis par l’UIB à 20 millions de dinars. A travers l’ensemble de ces points, et bien d’autres, le message est clair : la Société Générale ne gagne pas de dividendes grâce à l’UIB, certes, mais elle trouve son compte ailleurs. Argument balayé d’un trait par le président du conseil d’administration qui ne manifeste plus un agacement, mais presque un mépris quand nous l’interrogions, avec un confrère, sur ce point.
Mais, il serait injuste de tirer à boulets rouges sur le principal actionnaire de la banque qui pèse, à lui seul, plus que l’ensemble des personnes réunies à l’AG.
L’UIB souffre, c’est une évidence, mais ses filiales également et la Société Générale, quoiqu’on en dise, ne peut être accusée de tous les maux. Les Tunisiens ont également leur part de responsabilité sur ce qui se passe et une belle part. C’est le même actionnaire qui rappelle la déroute de ces filiales, sur un ton coléreux, à l’assistance. « Expliquez-moi : comment un intermédiaire boursier peut enregistrer des déficits, alors que son travail consiste à prélever des commissions sur les actions qu’il achète. Expliquez-moi : comment ce même intermédiaire peut présenter ce chiffre d’affaires dérisoire de 280 millions. Expliquez-moi : par quelle logique se retire-t-il des sicav ? Expliquez-moi : comment une société de créances peut avoir des créances, alors qu’elle a acquis gratuitement ses produits ? J’ai investi dans l’UIB pour gagner de l’argent. Dites moi quand j’en gagnerai !! »
On serait au théâtre, on aurait dit que c’est du grand art. Seulement, on est dans la réalité et on parle business et pertes colossales d’actionnaires déroutés.
Face à ces critiques, le duo Bernard David, PCA, et Kamel Néji, DG, a cherché à expliquer et rassurer en usant des mots les plus justes. Mais en évitant, avec finesse, de répondre aux questions les plus embarrassantes.
Sur la gestion désastreuse, David rappellera, à raison, qu’il n’y a pas que de mauvais gestionnaires dans à l’UIB-Société Générale. Le système d’information acquis tourne dans treize filiales de la Société Générale. L’ancien système est très loin de répondre aux attentes. Sur la question des expatriés, David corrige et précise qu’il n’y en avait que huit à un certain moment et que ce nombre est descendu par la suite à quatre. A l’instant, il n’y en a plus qu’un seul. Côté salaires, David nie toute disparité précisant que les honoraires des expatriés français ne sont pas éloignés de ceux des cadres locaux, à la différence que les expatriés touchent des indemnités liées à leur expatriation.
Pour ce qui est des bénéfices, ils seront au rendez-vous dès 2009-2010, même s’il n’y aura aucun engagement de date concernant les dividendes.
Les propos du président du conseil d’administration sont appuyés par le directeur général. Sur le système d’information, il dira que d’autres banques de la place feront inévitablement comme l’UIB.
Sur les expatriés (il parlera de quatre), il précisera que le quota n’est pas révisé à la hausse et que le pourcentage est infime quand on sait que la banque compte plus de 1300 collaborateurs.
Enfin, et à propos des filiales, il se contentera d’approuver les commentaires : « Vos remarques sont pertinentes et justes. Je prends l’engagement de nous réviser en la matière. »
Plusieurs autres questions seront zappées, telle celle se rapportant aux honoraires des commissaires aux comptes ou du retard concernant le déroulement des AG. On ne corrigera pas non plus le propos exagéré concernant le prix de l’action achetée à 32 dinars en 2005, alors que, selon les données en notre possession, le cours de cette action n’a pas dépassé les 17 dinars durant les huit dernières années.
A vrai dire, et avant même d’aborder la séance des questions réponses, David et Néji ont dressé un bilan réel de la situation, admettant volontiers qu’il ne satisfait aucune des parties, et exposé leur plan d’action à l’avenir. Quasi identique à celui présenté par le directeur général, lors de la rencontre avec les intermédiaires boursiers (cliquer ici pour lire notre article à ce sujet), ce plan devait rassurer théoriquement, puisque c’est un plan pondu par la nouvelle équipe dirigeante, après de longs mois de réflexion et d’analyses, en coordination avec plusieurs autres entités.
Après la séance de questions-réponses, on est entré dans le détail de plusieurs points et avec une certaine subjectivité. « Faites-nous confiance, accordez-nous du temps, il faut donner le temps au temps, nous vous promettons ceci, nous nous engageons sur cela », a répété inlassablement le duo. Le duo montre une certaine complicité et beaucoup de symbiose. « J’attends beaucoup de Kamel Néji qui a bien fait ses preuves en matière de recouvrement », dira Bernard David. « Bernard David est un homme de parole », essaiera de rassurer ultérieurement Kamel Néji. « Paroles, paroles », commentera un actionnaire sur un air de la célèbre chanson interprétée par Dalida et Delon.
Dans les coulisses, après l’AG, Kamel Néji fera preuve d’une très grande diplomatie et ira voir, pendant leur déjeuner, beaucoup d’actionnaires pour les entendre, leur rappeler le challenge, l’avenir radieux et le beau temps à venir après l’orage passé. Interrogé sur le plan d’action, il rappellera qu’il n’en est pas l’unique responsable et que c’est le fruit du travail de plusieurs personnes qui n’appartiennent pas uniquement à l’UIB. Entendez par là des cadres de la Banque Centrale, du ministère de tutelle et des hommes politiques. Il choisira ses mots pour n’en sélectionner que ceux qui rassurent le plus sur la détermination et la volonté de toute l’équipe dirigeante de passer l’orage. Des propos de diplomate ? Peut-être.
Et si Kamel Néji était le psychologue réclamé, venu au secours, pour tirer la banque de sa terrible léthargie ? Probable. Il en a, en tout cas, la carrure.
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Faut-il un psychologue pour réveiller l’UIB ?

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