Par Nizar BAHLOUL
Une semaine noire ou presque dans les bourses. En Tunisie, et c’est pire ailleurs, on ne fait que compter les baisses enregistrées et les pertes accumulées. « La valeur de mon portefeuille a fondu comme neige au soleil », nous dira (avec une légère pointe d’exagération) un boursicoteur tunisien. Au fait, il n’a perdu « que » 20.000 dinars durant cette semaine.
Cela dit, il est bon de noter qu’à quelque chose, malheur est bon. La Bourse de Tunis ne pèse que très peu dans l’économie tunisienne. La conséquence de la baisse, quelle que soit sa gravité, ne saurait donc nous ébranler. Faut-il se réjouir que notre Bourse soit si minuscule qu’il n’y a pas d’impact violent sur l’économie nationale en cas de krach ? Faut-il aussi se réjouir que les baisses des titres ne sauraient dépasser, en une journée, les 6% grâce à une volonté protectionniste ? Mais, passons ! En ces temps où les adeptes du libéralisme total et de la main levée de l’Etat jouent aux autruches, il est encore très tôt de se prononcer sur le sujet. Toujours est-il que la Tunisie subit cette crise d’une manière moins grave que les autres. L’Etat est là et bien là et le demeurera pour un temps encore. Il le faut, dira le célèbre écrivain et chroniqueur Foued Zaouche (cliquer ici pour lire sa dernière chronique sur le sujet).
Cela dit, avouons qu’il y a dans cette crise des conséquences qui peuvent être positives sur les communs des mortels que nous sommes, notamment parmi les bonnes gens qui subissent la crise depuis des lustres.
La baisse du baril de pétrole d’abord. Il est au dessous de 80 dollars. Personne n’a semblé vraiment le remarquer et ça n’a pas fait la une des vingt heures. Autant les mauvaises nouvelles se propagent comme une trainée de poudre (en Tunisie et ailleurs), autant les bonnes sont tues.
Autre conséquence positive, la baisse des taux d’intérêt (décidée en Europe et on espère que ce soit le cas en Tunisie). Cette baisse des taux d’intérêt a pour avantage de relancer la consommation et, éventuellement, la croissance.
Enfin, on ne manquera pas de noter la baisse de l’euro qui a fait flamber les prix de plusieurs des achats qui nous viennent d’Europe.
L’euro est à 1,75 aujourd’hui, contre 1,86 il y a à peine deux-trois mois. Et la tendance est encore à la baisse.
Concrètement, une voiture qui était vendue à 18.600 dinars il y a deux mois pourrait être proposée à 17.500 dinars aujourd’hui. C’est quand même une bonne nouvelle dont on ne peut que s’en réjouir. Espérons, juste, que nos concessionnaires et nos commerçants nous feront profiter de ces baisses, comme ils nous ont fait subir les hausses.
Les plus pessimistes diront qu’au vu des prévisions de ralentissement de la croissance mondiale, il n’y a aucun pays qui pourrait être à l’abri des retombées négatives de cette crise. L’analyse tient debout, mais ce serait sans compter la capacité de réactivité de la Tunisie. Nos différents programmes de réformes visant à renforcer la croissance et à améliorer la compétitivité de l’économie tiennent déjà compte de ces éléments. Vendus en Europe, plusieurs de nos produits présentent un excellent rapport qualité-prix et peuvent, désormais, et encore plus qu’avant, attirer l’attention des consommateurs français, italiens, allemands ou espagnols qui feront, crise oblige, encore plus qu’avant, attention à leurs tickets de caisse et à leurs factures.
Enfin, on ne manquera pas de noter que la crise va pousser plusieurs industriels européens et américains à chercher à réduire leurs coûts et à réfléchir sérieusement à une délocalisation. Le malheur des uns fait systématiquement le bonheur des autres. Il est difficile d’échapper au dicton.
La Tunisie est sur les rangs pour leur offrir les atouts dont ils ont besoin pour booster leur business : coûts de production moins élevés (salaires, énergie, terrains, taxes et impôts, etc), de multiples incitations et encouragements pour les IDE, des syndicats plus consensuels et compréhensifs, etc.
Autant d’éléments qui font que la Tunisie pourrait, grâce à une réactivité adéquate, faire tourner cette crise en sa faveur et profiter ainsi de ce grand bouleversement. Aucun économiste ne le niera : les meilleurs investissements et les business les plus juteux se font, justement, en temps de crise.
La crise des uns fait le business des autres

Mis à jour le: 13 octobre, 00:00
13 octobre 2008, 00h00
4min Temps de lecture
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









