Par Nizar BAHLOUL
Il s’appelle Mazen Abdel Jawad. Agé de 32 ans, le bonhomme a été invité par la chaîne télévisée LBC pour parler de ses conquêtes féminines.
Mais, il se trouve que Mazen est Saoudien et lorsqu’on est Saoudien, on ne parle pas de conquêtes féminines. Encore moins sur antenne. C’est un péché.
Mazen est passé devant le juge et a écopé de 1000 coups de fouet et de 5 ans de prison. Pour ses simples petites histoires d’ados.
En quelle année sommes-nous déjà ?
Au large de la Somalie, des thoniers français pêchent tranquillement. La Somalie se trouve en Afrique et la France en Europe. Que font des thoniers français au large des côtes africaines? Ils pêchent.
Des pêcheurs somaliens n’ont pas apprécié que des pêcheurs français viennent pêcher au large des côtes somaliennes et ont décidé de les attaquer. Forcément. Eux aussi, ils auraient été mal accueillis s’ils allaient pêcher au large de la côte d’Azur ou de la côte d’Armor.
Des militaires français sont passés par là. Que fait l’armée française au large des côtes africaines ? En tout cas, ils n’ont pas apprécié que de pauvres pêcheurs somaliens viennent déranger les pêcheurs français.
Les soldats français ont tiré à l’arme lourde sur les pêcheurs somaliens. Une fusillade s’en est suivie et a duré une bonne demi-heure. Les pauvres Somaliens ont été mis hors d’état de nuire. Les thoniers français peuvent continuer à pêcher paisiblement dans les eaux africaines. Nous ne sommes pourtant plus en 1950 aux époques coloniales. En quelle année sommes-nous déjà ?
C’était là, ma version de ce fait divers qui s’est déroulé à la fin de la semaine dernière.
Dans celle donnée par la presse française, on a parlé de pirates somaliens (on aurait pu écrire terroristes) chassés par une courageuse armée française. Personne ne s’est interrogé sur le fait de savoir si ces pirates sont bien des pirates et si ces thoniers ne sont pas des pilleurs de richesses halieutiques africaines.
Aucun journaliste ne s’est dit ce que l’on aurait fait si des pêcheurs somaliens venaient se balader en Méditerranée au Sud de la France. Pourquoi tolèrerait-on aux uns ce qu’on interdit aux autres ? Dans le même genre, on remarque bien le silence observé autour du nucléaire israélien et tout le bruit qu’on fait autour du nucléaire iranien. Mais puisque c’est LA France qui parle…
Elle s’appelle Samira et elle se présente comme critique de cinéma. LA critique de cinéma qui vous donne des leçons à tout bout de champ. Machiavéliques et cyniques adorent sa plume acerbe. Hier, elle s’est donnée à cœur joie en épinglant Nessma TV et un animateur de Mosaïque FM. Deux médias 100% privés qui, en théorie, sont libres de diffuser ce qu’ils veulent quand ils veulent, tant que c’est conforme aux lois du pays.
L’animateur en question, Amine de son nom, a rabroué une auditrice au bout du fil, prof d’anglais de son état, qui a fait étalage de son ignorance sur antenne. Du classique dans le genre. Amine ne fait pas mieux qu’Arthur, Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel ou l’inégalable Baffie sur les radios et les télévisions françaises.
Mais pour les autres, c’est permis, voire applaudi. Pour les nôtres, c’est interdit. Et Samira de se lancer dans ses sempiternelles leçons, qualifiant Amine de pseudo-animateur et d’apprenti-animateur, trouvant ses manières inciviles et rustres, s’interrogeant s’il y a contrôle pour relever cette « bourde monumentale » et cet irrespect de la déontologie.
La bourde et l’irrespect de la déontologie, dont elle parle, consistent justement dans le fait d’attaquer les créateurs de tous genres (qu’ils soient réalisateurs, comédiens, animateurs ou journalistes) sans leur donner l’occasion de se défendre, de s’expliquer.
En quelle année vit-elle déjà ? La consœur, qui s’est toujours fait un malin plaisir de donner des leçons, écoute-t-elle les radios internationales où l’humour (ou le cynisme) d’Amine est une pratique des plus courantes ? Sait-elle que la galanterie qu’elle évoque n’a pas lieu d’être dans une époque et dans un pays où l’on prône l’égalité entre hommes et femmes ? Mais puisque c’est LA critique qui parle…
Pêche en eaux troubles

Mis à jour le: 12 octobre, 00:00
12 octobre 2009, 00h00
4min Temps de lecture
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









