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L’Etat doit s’occuper de ses affaires

Par Nizar BAHLOUL

Les 11 et 12 décembre, l’Institut arabe des chefs d’entreprise a réuni, pour son rendez-vous annuel, la fine fleur du monde des affaires. Tunisiens, Marocains, Algériens, Libyens, Français, Italiens… (Une bonne vingtaine de nationalités) étaient réunis pour ce thème fort polémique : l’Etat et l’entreprise.
La relation entre l’Etat et l’entreprise a toujours été du style, « Je t’aime, moi non plus ». Dans l’entame de son intervention, Jean-Louis Guigou, délégué général de l’Institut de Prospective Économique du monde méditerranéen dira : « Que l’Etat s’occupe de ses affaires, de ses ministères, de son administration, avant d’aller voir ce qui se passe dans le secteur privé ». M. Guigou explique : « Le marché c’est le court terme, l’Etat doit être le garant de la vision à long terme, de la vision sur 20-30 ans. »
En cette période de crise (ou de lendemains de crise), le sujet est on ne peut plus d’actualité avec deux questions qui s’opposent : faut-il un Etat fort et interventionniste ou faut-il plutôt laisser la loi du marché imposer ses règles ? L’Histoire et l’expérience des pays communistes ont montré les fâcheuses conséquences du premier modèle. La crise qu’on connaît depuis plus d’un an a montré les effets du second.

Dans son intervention, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre tunisien, a exposé le modèle de la Tunisie : « l’intervention de l’Etat s’est toujours fondée sur une série de constantes, au premier rang desquelles figurent le renforcement de l’efficience économique, la consolidation de la corrélation entre les dimensions économique et sociale, la stimulation de l’initiative privée, dans le cadre du partage des rôles entre l’Etat et l’entrepris et la préservation des équilibres financiers, tout en prenant les ajustements qui s’imposent. »
La Tunisie, comme le rappellera le Premier ministre, a donc choisi « l’équation efficiente, fondée sur la répartition des rôles entre l’Etat et l’entreprise, de manière à permettre à l’Etat de se consacrer à sa fonction essentielle et à ouvrir de larges perspectives devant l’entreprise. » En utilisant des termes moins directs, plus diplomatiques et politiquement corrects, le Premier ministre rejoint la philosophie de Guigou : l’Etat doit s’occuper de ses affaires, pour que les affaires puissent marcher.

Reste que ce discours, de bon sens, fait parfois face à une réalité de terrain plus complexe qui impose de mettre entre parenthèses ces propos.
C’est le cas spécifique de la Tunisie qui cherche à satisfaire tout le monde. A ce qu’il n’y ait pas d’extrême richesse aux dépends d’une extrême pauvreté. Et des exemples, il y en a.
Par des mesures alambiquées, un concessionnaire automobile ne peut pas importer le nombre de véhicules qu’il désire, même si les acheteurs font la queue. Il s’agit de préserver nos devises pour ce qui est plus important.
Un groupe de grande distribution ne peut pas ouvrir un hypermarché dans des régions qui en sont dépourvues, bien que la demande existe. Il s’agit de préserver le commerce de quartier
Un journaliste ou animateur ne peut pas créer sa propre radio ou son journal, bien qu’il y ait des compétences. La question relève d’on ne sait quelle raison.
Un restaurateur, dans une zone urbaine, ne peut pas servir d’alcool bien qu’une très large clientèle en demande. La question relève de l’ordre public.
Un supermarché n’a pas le droit de vendre cette même boisson, bien que son voisin (d’une autre enseigne) en ait le droit. Le cas de Monoprix et Champion à Cité Ennasr est un bon exemple. La question relève de l’ordre religieux.
Un promoteur ne peut pas faire appel à une enseigne étrangère en franchise, comme il le souhaiterait. Le salon et les conférences qui se sont déroulées la semaine dernière ont très bien traité de ce sujet. Il s’agit, paraît-il, de ne pas cannibaliser les marques locales.

Les bons adeptes du libéralisme pur et dur trouveront mille exemples pour critiquer la politique protectionniste et interventionniste de l’Etat. Les bons adeptes du conservatisme et de l’interventionnisme trouveront mille exemples pour critiquer la politique libérale de la Tunisie.
Au regard de nos réalités culturelle, économique, sociale et sociétale, nous avons choisi le juste milieu. Il s’agit de préserver une certaine harmonie et un consensus non avoué. Mais ce juste milieu, avec des règles qui ne sont pas toujours tout à fait claires, pourra-t-il durer ? L’équilibre, pour préserver cette harmonie, est difficile, il a ses conséquences et le taux de chômage en Tunisie nous le rappelle sans cesse.
Chekib Nouira, président de l’IACE, a eu le courage de lancer ce débat, véritable « pavé dans la mare », en invitant les principaux intervenants à ses Journées de l’Entreprise. Si les ministres concernés ont répondu présent à l’invitation (à l’exception de Nouri Jouini), les principaux acteurs du privé étaient absents (les grands groupes et les grandes entreprises). Certains universitaires ont intervenu via une vidéo enregistrée (même pas vidéo conférence !).
Un débat est pourtant nécessaire pour définir la politique à adopter en ces lendemains de crise. Ce débat a été amorcé à Sousse, grâce à l’IACE, mais il ne doit pas s’arrêter à Sousse. Des relais sont nécessaires, car on ne peut être que convaincu par les propos de Jean-Louis Guigou et Mohamed Ghannouchi : « L’Etat doit se consacrer à sa fonction essentielle et ouvrir de larges perspectives devant l’entreprise ». Il reste maintenant à savoir quand et, surtout, comment.

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