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L’Etat, un ami qui vous veut du bien !

Par Nizar BAHLOUL

L’Etat nous aime, l’Etat nous protège, l’Etat ne nous veut que du bien. L’année 2010 s’annonce sous de bons auspices. Des auspices protecteurs et à tous les niveaux.
Au vu de ce qui est passé et de ce qui va passer devant les deux chambres parlementaires, nous allons nous sentir rassurés, tellement nous serons protégés par des lois aussi restrictives, pardon protectionnistes, les unes que les autres. Jugez-en.

Commençons par celle qui touche les fumeurs, c’est-à-dire tout le monde. Dans quelques semaines, il sera désormais interdit de fumer dans les lieux publics : cafés, restaurants, gares et aéroports.
Selon la loi numéro 9-2010, datée du 15 février courant, approuvée par le Président de la République et à exécuter comme loi de l’Etat, la Tunisie adhère à la convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac, adoptée à Genève le 21 mai 2003.
A la lumière de cette loi, qui en verra d’autres, il en sera fini des petites libertés qu’on prend quotidiennement en buvant son café, en sirotant son thé ou en dégustant son soda. Il ne sera plus possible d’accompagner ses breuvages par une cigarette, une chicha ou un cigare.
Les cafetiers, petits et grands, pleurnicheront, mais il en va de la santé de tous. Quand bien même ce « tous » est composé de fumeurs avertis, l’Etat sera intransigeant avec leur santé. Il les guidera au paradis avec des chaînes, comme on dit.
Mais quand bien même ce « tous » ne voudrait pas aller au paradis, l’Etat voudrait que la Tunisie ressemble à un paradis. Comme Genève par exemple où l’on a adopté cette convention. Pourvu que la ressemblance avec Genève ne s’arrête pas à des histoires de fumée.

Le décret n° 2010-262 du ministère du Transport, daté du 15 février 2010 (lui aussi) est venu fixer la liste des contraventions aux dispositions du code de la route et à ses textes d’application.
Un décret fort restrictif qui limitera les libertés prises par nos automobilistes. Pardon, un décret fort protecteur qui protègera les automobilistes des libertés qu’ils prennent avec leur volant et leur pédale d’accélérateur.
Le radar automatique sera, désormais, opérationnel et les agents de la circulation se feront une joie de nous rappeler les dispositions de la nouvelle loi. Moyennant des PV, bien entendu.

Le décret n° 2010-261 du ministère de l’Intérieur, daté du 15 février 2010 (encore !), est venu déterminer les conditions et de la procédure d’autorisation de la publicité dans le domaine public routier et dans les propriétés immobilières y attenantes, appartenant aux personnes.
A lire le très long contenu de ce décret, et en pensant au paysage urbanistico-publicitaire de nos villes, je vois un véritable chamboulement qui va toucher l’ensemble des agences d’affichage urbain.
Ce décret va protéger les honnêtes gens que nous sommes de l’invasion de ces panneaux publicitaires géants et gênants qui se sont emparés de nos trottoirs et bas-côtés.

La Chambre des conseillers a adopté, mardi 16 février (pour changer !), lors d’une séance plénière, un projet de loi relatif à la réglementation de la profession d’agent de publicité commerciale. On retire le cahier des charges, qui devait être généralisé partout, et on revient au système de l’autorisation administrative qui devait être l’exception. Allez comprendre ce retour de dix ans en arrière.
Le ministre a affirmé que l’application de la nouvelle loi ne touchera pas aux intérêts des sociétés et des agents de la publicité commerciale déjà établis. Autrement dit, cette loi les protègera. Elle les protègera des nouveaux venus (qu’on appellera intrus) qui les concurrencent avec leurs bas prix.

Après avoir énoncé toutes ces nouvelles mesures que l’Etat a bien voulu prendre pour nous protéger, il faudrait bien trouver quelque chose à dénoncer pour que je puisse mériter mon salaire et mon titre de chroniqueur hebdomadaire.
Pour ce qui est de la cigarette, et en adepte des voyages à l’étranger, je ne peux pas critiquer cette volonté ferme de faire ressembler la Tunisie à tous les pays européens où l’on respire, à l’air libre, un air propre.
Mais qu’en sera-t-il de la santé des milliers de fumeurs amenés à fumer dehors par des températures glaciales ? Une double peine ! Non seulement, ils risquent toutes les saloperies du tabac, mais ils s’exposent désormais à tous les dangers de l’exposition du froid. Et qu’en sera-t-il des cafetiers qui risquent de voir fondre comme neige leur chiffre d’affaires ?

Pour ce qui est du code de la route, et en adepte du volant sur les routes européennes, je ne peux pas critiquer cette volonté de faire disparaître les chauffards de nos routes. C’est rassurant de rouler sur une route où l’on ne vous double pas par la droite ou sur le bas-côté pour passer devant vous au feu et c’est confortable de rouler sans entendre des klaxons à tout va.
Mais qu’en sera-t-il de l’application de cette réglementation quand le conducteur se trouve seul face à l’agent de la circulation ? Qu’en est-il pour le radar automatique qui ne pourra rien faire aux automobilistes libyens ou ceux à bord d’une voiture de location, d’un corps diplomatique ou de l’administration (dont certaines sont plus favorisées que d’autres)?

Reste la question de la pub. J’ai beau tourner le sujet sous toutes ses formes, je n’arrive pas à trouver un point positif à cette nouvelle loi qui, curieusement, n’a pas été officiellement dénoncée par les publicitaires eux-mêmes. Cette loi protège les anciens, mais qu’en est-il des nouveaux ? Qu’en sera-t-il du marché de la libre concurrence où seuls la qualité et le prix font la différence entre les prestataires ? Maintenant qu’on est revenus en arrière, ne va-t-on pas laisser la loi du marché dictée par quelques uns dont on connaît bien les noms ?

A ces interrogations, vous ne trouverez pas de réponses, car on vous oppose une seule : l’Etat nous aime, nous protège et ne nous veut que du bien. Il y a même une cerise sur l’explication : si ces mesures ont été prises un 15 février, c’est qu’on ne pouvait pas les prendre le 14 février (Jour de la fête de l’amour) qui a coïncidé cette année avec un dimanche. Ca s’explique !

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