Les moments que l’on passe aux Journées de l’entreprise sont succulents et de haute facture. A défaut de pouvoir dire que c’est un pléonasme, on pourra dire que c’est une évidence. La grand-messe annuelle organisée par l’Institut Arabe des Chefs d’entreprise n’a pas dérogé à son habitude – bien qu’on aurait souhaité un peu de changement dans la forme – de convier des intervenants de grand calibre pour débattre de sujets de la plus haute importance touchant le quotidien et l’avenir des entreprises tunisiennes. La thématique de cette année, en apparence « très bateau », a permis d’exposer les multiples défis auxquels fait face l’entreprise tunisienne de 2010.
Mohamed Ghannouchi, Premier ministre, les a résumés en quatre défis majeurs. Et son intervention, indéniablement, a été l’une des meilleures de ces Journées. Sans langue de bois et ne cherchant pas à maquiller les réalités ou cacher les défauts. Elle pourrait même servir de guide pour tout manager cherchant à hisser son entreprise aux meilleurs niveaux. Voici l’essentiel de l’intervention du Premier ministre tunisien.
Le Premier ministre constate que la productivité des entreprises tunisiennes est faible. Elle est inférieure de 25% par rapport aux entreprises industrielles européennes et de 50% par rapport aux entreprises de services. Résultat attendu dans un pays qui applique la séance unique trois mois par an, en sus des multiples jours fériés religieux, nationaux et internationaux.
La productivité n’est d’ailleurs pas l’unique défaut des entreprises tunisiennes. Elles en cumulent BEAUCOUP par ailleurs. Le taux d’encadrement dans le privé n’est que de 10% (contre 34% dans le public), nos entreprises ne vont pas voir le marché boursier pour se financer, lui préférant les banques ou l’appel aux actionnaires, elles sont familiales (l’accès au poste de pouvoir ne se fait donc pas au mérite), elles sont petites, elles ne font pas suffisamment de promotion pour écouler leurs produits, etc.
Quand ces données sont présentées par le Premier ministre, elles sonnent comme un avertissement pour les managers cherchant à améliorer leur productivité et réduire leurs prix face à une concurrence mondialisée de plus en plus rude.
Selon Mohamed Ghannouchi, l’entreprise tunisienne doit relever quatre défis : la concurrence, la conquête des marchés extérieurs, la gouvernance et la créativité.
CONCURRENCE
S’agissant de concurrence, le Premier ministre a indiqué que les entreprises tunisiennes se doivent de miser sur les normes internationales et notamment en matière écologique. Pour mieux affronter cette concurrence, l’entreprise tunisienne se doit également de se spécialiser et d’arrêter de tout faire, car elle ne peut tout faire.
Enfin, Il lui est impératif d’améliorer sa productivité dont l’incidence est immédiate dans l’amélioration des performances de la société et du pays. Cette amélioration de la productivité peut ainsi faire hausser le taux de croissance de notre pays de 50%, selon l’estimation du gouvernement.
CONQUETE DES MARCHES
Pour conquérir les marchés extérieurs, indispensables pour sa survie, l’entreprise tunisienne se doit de pénétrer les circuits de distribution internationaux. Bon à savoir : 40% du taux de croissance de la Tunisie dépend de l’export.
Le Premier ministre ne va pas par quatre chemins pour dire qu’on ne sait pas distribuer nos produits, qu’on doit faire plus de promotion, plus de publicité.
D’autres parts, Exporter et conquérir des marchés ne signifie pas systématiquement aller vers l’Europe, Mohamed Ghannouchi recommande aux entreprises de miser sur l’africanité de la Tunisie. Il invite les banques à s’implanter en Afrique afin d’accompagner ces entreprises. Il recommande aussi de renforcer le transport aérien vers ces pays afin de faciliter les échanges.
GOUVERNANCE
« Nos entreprises sont faibles, manquent d’encadrement, ne sont pas cotées et sont familiales », déclare le Premier ministre en abordant le troisième défi rappelant que nous sommes désormais dans un monde sans frontières.
Il se trouve que depuis Carthage, et cela fait trois millénaires qu’on le constate, la Tunisie stagne chaque fois qu’elle ferme ses frontières.
Dans ce monde ouvert, l’entreprise tunisienne se doit d’avoir une bonne gouvernance. Elle doit donc, de fait, être transparente (donc consolider sa comptabilité), créer des holdings, assurer sa pérennité en garantissant sa succession et mettre à niveau ses ressources humaines.
CREATIVITE
Le dernier défi de l’entreprise, cité par Mohamed Ghannouchi, a été abordé par un constat. Chaque fois que l’entreprise crée un nouveau produit, elle trouve des acheteurs qui acquièrent ce produit au prix fixé par l’entreprise. De fait, il faut miser sur la recherche et le développement et cela est le plus grand défi, non pas pour l’entreprise tunisienne seulement, mais pour toute la Tunisie.
Le Premier ministre citera, à ce propos, le secteur de la santé comme celui où il y a un grand potentiel, selon une étude récente.
Si l’entreprise a d’énormes défis à relever, cela ne peut se faire sans que l’Etat n’intervienne à son niveau pour l’aider et faire ce qu’il doit faire. Sur ce point, Mohamed Ghannouchi déclare qu’il n’y a plus de problème législatif. Plusieurs mécanismes ont ainsi été créés pour encourager la passation de pouvoir et assurer la succession au sein des entreprises. Des mesures incitatives et fiscales ont été mises en place pour encourager les entreprises à aller en bourse. Or sur les 6000 entreprises que compte la Tunisie, il n’y a que 56 qui sont allées vers la bourse dont 22 appartiennent au secteur bancaire et financier.
L’Etat se doit également d’améliorer son infrastructure et il se trouve que la Tunisie est aujourd’hui un chantier à ciel ouvert. En outre, Le climat des affaires a été amélioré et les plus grandes agences internationales de notation l’attestent.
Le premier ministre citera également la décision de créer "la Cité de Tunis de la technologie" et la mise en place de programmes en vue de la généralisation des pôles et des centres technologiques dans toutes les régions du pays.
En conclusion, Mohamed Ghannouchi indique que le contexte actuel exige de relever ces défis et que cela est une responsabilité collective qui engage aussi bien l’Etat que l’entreprise. Sur le même pied d’égalité.
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Crédit Photos : Anis Mili










