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Tunisie – L’instance de Ben Achour, mal aimée mais … indispensable

Rached Ghannouchi a certes porté ce matin plusieurs accusations contre l’Instance supérieure de réalisation des objectifs de la révolution, tout comme l’a fait Nejib Chebbi hier sur les colonnes d’un des quotidiens de la place, ou encore, Moncef Marzouki dans un communiqué du Congrès Pour la République (CPR), il y a quatre jours.

Il y a toutefois un dénominateur commun à toutes ces critiques, même celles d’Ennahdha qui a boycotté les travaux de l’instance. Elles ne mettent pas en cause la structure de Ben Achour. Rached Ghannouchi a nié catégoriquement tout appel en ce sens. Il a plutôt nuancé en disant qu’Ennahdha ‘cherche à corriger son parcours pour qu’elle serve les intérêts pour lesquels elle a été créée, celles de la dignité pour lesquels les martyrs de la révolution ont sacrifié leur vie’.
Nejib Chebbi n’a pas, non plus, contesté l’existence de cette instance. Il a plutôt remis en question ses décisions, notamment, concernant l’inéligibilité des ex-RCDistes et le contrôle des finances des partis. Il a ainsi crié au scandale concernant l’exclusion ‘systématique’ des personnes ayant appartenu aux structures du RCD durant les 23 dernières années.
Chebbi a, également, considéré que ‘l’acharnement’ concernant le financement des partis ‘vise essentiellement le sien (PDP) et Ennahdha, pour bloquer leur progrès. Il s’est opposé au fait que la nouvelle législation puisse ‘refuser à la politique ce qu’elle tolère au sport en matière des financements’.

Pour ce qui est du CPR, il a plutôt insisté dans sa critique de l’instance sur l’impératif d’accélérer ‘le processus de délimitation des listes d’inéligibles et de couper avec les discussions de thèmes secondaires’, tels celui des financements des associations et des partis, pour ‘éviter un éventuel nouveau report’.
Ennahdha, le PDP et le CPR critiquent donc les agissements de l’instance supérieure de réalisation des objectifs de la révolution. Mais, ils ne mettent pas en question son existence. Pourquoi ne veulent-ils pas aller jusqu’au fond dans la rupture ?
La réponse se trouve entre les lignes des critiques opposées à l’Instance. Ces trois partis admettent implicitement que l’instance de Ben Achour constitue un élément du consensus qui gouverne durant la période transitoire en Tunisie. Lequel consensus a déjà produit la loi électorale et l’instance supérieure indépendante des élections, ce qui n’est pas peu dans la mesure que c’est une garantie de l’indépendance des élections.
Ces trois partis savent également que la chute de l’instance de Ben Achour équivaut à la mainmise du gouvernement provisoire sur tous les rouages de cette phase intérimaire, ce qui ne sert nullement les intérêts de ceux qui prônent la transition. L’instance, avec ses défauts, constitue un contre-pouvoir à préserver.

Les observateurs et les analystes penchent donc pour l’approche considérant que le trio des partis contestataires fait de la pression sur l’instance de Ben Achour, plutôt qu’autre chose. Ennahdha, le PDP et le CPR savent pertinemment que les autres composantes préfèrent une instance groupée mais, chacun d’eux veut obtenir plus de concessions pour son propre intérêt.
Le PDP fait pression et conteste le pouvoir de l’instance à légiférer sur les inéligibles, en raison de sa complaisance avec une bonne partie de l’ancienne base du RCD. Il est donc en devoir de renvoyer l’ascenseur par des positions anti-épuration. Il veut également préserver l’ancienne loi sur les finances des partis et rejette ce désir de contrôle approfondi.
Quand à Ennahdha, elle laisse faire l’instance concernant la liste des inéligibles pour ne pas contrarier sa base radicale, et parce qu’elle ne voit pas de véritable intérêt particulier à ménager les ex-RCDistes. Elle conteste plutôt la démarche en matière des finances parce qu’elle veut protéger ses acquis en la matière, disposant apparemment de bonnes sources de financement.
Le CPR joue plutôt le trouble-fête pour propulser autant que possible l’image de son leader Moncef Marzouki. L’assise populaire actuelle du CPR ne lui permet nullement de faire pression avec ses propres moyens. C’est la raison pour laquelle il colle aux basques d’Ennahdha et essaie de faire du tapage sur les mêmes thèmes.

Une telle situation fait dire aux observateurs que l’instance supérieure de réalisation des objectifs de la révolution n’est pas finie et qu’elle va continuer à émettre des projets de décrets-lois en rapport avec les élections, notamment, les quatre décrets de fixation de la nouvelle date des élections, de l’appel des électeurs et de la division des circonscriptions (en Tunisie et à l’étranger).

Il est clair que, de l’avis des grands partis, aussi bien ceux qui défendent les positions de l’instance ou ceux qui s’y opposent, la transition démocratique aurait encore besoin de cette structure pour continuer à jouer son rôle dans l’édifice transitoire en Tunisie. Wait and see.

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