Le président provisoire de la République Tunisienne, Moncef Marzouki, a prononcé, hier samedi 11 février 2012 à Nouakchott, un discours où il a analysé les circonstances ayant abouti à ‘cette deuxième indépendance de la Tunisie, celle du peuple’. Il a notamment expliqué qu’il ne s’agit pas d’une révolution des jeunes, uniquement ; mais que ‘ce processus a commencé depuis 1956, avec les luttes des yousséfistes. Il s’est prolongé pendant les années 60 avec les perspectivistes, pendant les années 70 et 80, avec le mouvement démocratique et les syndicalistes, avant que les islamistes ne prennent la relève pendant les deux dernières décennies’.
En parlant du gouvernement de transition, celui qui a conduit la Tunisie vers les premières élections démocratiques de son histoire, et qui ont mené au pouvoir l’actuelle Troïka gouvernante, dont il fait partie, Moncef Marzouki a ouvertement accusé Béji Caïd Essebsi d’apostasie parce qu’il a critiqué le pouvoir en place. « Il s’est tu pendant une éternité et il a prononcé une apostasie » a-t-il expressément dit, en parlant du Premier ministre du gouvernement de transition.
Evaluation étrange de la part d’un président, même provisoire, à l’encontre du gouvernement ayant veillé aux élections de la Constituante, qui a élu Moncef Marzouki à la présidence de la République. Tout ce processus unique et historique a été ignoré et les propos de Béji Caïd Essebsi, ont été qualifiés de blasphématoires, parce que l’ancien Premier ministre a lancé une initiative politique, qui ne va pas, semble-t-il, dans le même dessein préconisé par l’actuel pouvoir.
Par ailleurs, ce qui attire l’attention, c’est que ce discours a été prononcé en Mauritanie. Un pays qui n’est vraiment pas le temple de la Démocratie. Son actuel président, Mohamed Ould Abdelaziz, n’a-t-il pas déposé par un putsch militaire le premier président démocratiquement élu en Mauritanie, Sidi Ould Cheikh Abdallah ?
C’était le 6 août 2008 et Moncef Marzouki avait alors violemment condamné ce putsch parce qu’il était présent comme observateur international aux élections de mars 2007 en Mauritanie, qu’il a qualifiées d’historiques.
Les élections suivantes du 18 juillet 2009, qui ont confirmé le général putschiste, Mohamed Ould Abdelaziz, comme président, n’ont rien d’élections démocratiques, selon la communauté internationale.
Donc, ne serait-ce que par cette différence de fond entre les élections du 23 octobre 2011, en Tunisie, préparées avec l’apport évident de Béji Caïd Essebsi, et celles orchestrées en Mauritanie, en juillet 2009, que l’on ne peut que rendre hommage à si El Béji. Encore faut-il être démocrate pour comprendre ces nuances.
Lorsqu’on est plutôt attaché aux chaises, ce qui compte le plus, c’est de diaboliser les adversaires politiques (blasphème), juste parce qu’ils ont osé critiquer.
Si les hautes sphères du pouvoir se prononcent de cette manière, ceci confirme que le processus de transition démocratique en Tunisie passe par un mauvais quart d’heure.










