Dans une longue interview accordée au journal « Le Maghreb », Mustapha Ben Jaâfar, leader d’Ettakatol et président de l’Assemblée nationale constituante a présenté sa vision par rapport aux questions d’actualité dans le pays, notamment la situation des médias, les visites des prédicateurs, la menace salafiste et terroriste et la place de la « Chariâa » dans la constitution
Evoquant la question des médias, de la liberté d’expression et de la presse, M. Ben Jaâfar a affirmé que le secteur nécessite une réforme globale, une nouvelle réglementation qui le régit, stipulant entre autres, l’abolition des peines corporelles envers les journalistes. Il a qualifié l’arrestation des trois journalistes d’Attaounissia comme étant un acte exagéré et précipité.
Au même titre, le président de la Constituante a affirmé la nécessité de créer une commission qui organise et réglemente le secteur de l’information. Il a déclaré que le journalisme actuel reste superficiel et nécessite un long travail afin d’accéder au professionnalisme. Il a saisi l’occasion pour appeler les médias à refléter une image positive du pays, afin de sauvegarder le tourisme, source importante de revenus et facteur principal pour la dynamisation de l’économie. «90% des régions sont stables et sécurisées, mais l’image que projettent les médias a tendance à amplifier les troubles, ce qui nuit à la réputation du pays». M. Ben Jaâfar appelle donc les journalistes, non pas à mentir, mais à «maquiller» et embellir la Tunisie aux yeux de l’étranger.
Répondant aux interrogations par rapport à la visite du prédicateur Wajdi Ghenim, M. Ben Jaâfar a exprimé sa désolation de voir des associations inviter ces prédicateurs dans le pays. Il a déclaré que cet invité a réussi à semer la zizanie, avec l’aide et l’appui d’autres parties, probablement des associations, du gouvernement ou encore des autorités publiques. Il a exprimé sa désapprobation et son refus de cette aide quelqu’en soit le protagoniste. Il a également affirmé que le gouvernement ne peut être accusé de complicité, mais plutôt de nonchalance ou de négligence, face à la propagande du discours du prédicateur. M. Ben Jaâfar a appelé le gouvernement à prendre des mesures afin de protéger « notre Islam, tolérant, conforme à notre obédience malékite». Il a, à ce propos affirmé que «le gouvernement se trouve dans un tourbillon, une équation difficile à équilibrer, celle de la sauvegarde de la stabilité et de la sécurité, d’un côté, et la garantie des libertés de l’autre ». Il a ajouté que le gouvernement a pris conscience qu’il faudra être désormais plus ferme et veiller au respect strict de la loi.
Concernant les travaux de la Constituante, Mustapha Ben Jaâfar a exprimé son refus clair que la «Chariâa» soit la référence et la base principale de la constitution. Il a argué par le fait que le principe d’interprétation dans l’Islam, donne naissance à diverses versions, nuances et explications, d’où la difficulté de s’en servir comme base de textes de lois. M. Ben Jaâfar a, également, précisé que la Constituante a bien avancé dans ses travaux, n’a pas perdu de temps et œuvrera afin d’honorer son engagement à ne pas dépasser la durée d’une année.










