Le paysage politique semble se décanter en Tunisie. Et au fil des jours, les divers partis optant, désormais, pour les regroupements, voire les fusions.
Il faut dire que les résultats des élections du 23 octobre 2011 ont fait ressortir des signaux éloquents quant à l’existence d’un seul «gros parti» et d’une mosaïque de partis, qualifiés de plus ou moins petits.
On peut continuer à épiloguer longtemps sur la lecture de ces résultats, sur l’existence de plus de la moitié de la population tunisienne qui n’a pas voté, sur l’éparpillement des voix dont près d’un million et demi ont été exprimés pour rien. Un constat s’impose : si on aspire à une alternative pacifique pour le pouvoir, il est impératif d’oublier les «egos», de se regrouper et de constituer une vaste coalition viable et fiable.
Et Béji Caïd Essebsi a eu le mérite de comprendre cette réalité qu’il a traduite à travers sa fameuse déclaration du 26 janvier 2012 appelant, justement et clairement, à l’émergence d’une pareille alternative pour créer un réel contrepoids au pouvoir en place. Et depuis, l’ancien chef du gouvernement transitoire se trouve dans le collimateur des trois partis de la Troïka, plus particulièrement celui d’Ennahdha.
Au lendemain des élections du 23 octobre, il était encensé par les leaders des trois partis «victorieux», aujourd’hui, il est dénigré, accusé et même menacé de mort, comme l’a fait, tout récemment en public, un des employés prédicateurs du ministère des Affaires religieuses. Sans oublier que le ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, l’a traité d’homme «dont l’âge virtuel est terminé».
Ainsi la cible des partis au pouvoir a changé. Au début, ils s’attaquaient aux «partis perdants avec des 0,00%» et les accusaient de tous les maux, même de complot. Depuis quelque temps, aucune critique n’est adressée à ces partis, mais c’est BCE qui est en train d’encaisser…
Ce qui est incompréhensible, c’est cet acharnement du principal parti au pouvoir, dont certains membres, font partie de l’équipe gouvernementale, contre tous ceux qui tentent de s’organiser et de constituer une force politique assez forte.
C’est à croire que la Troïka veut, faute de collaboration active, un silence de ses détracteurs sous prétexte qu’il faut laisser le gouvernement travailler. «Ce gouvernement du peuple, ce gouvernement légitime, ce gouvernement issu de la volonté du peuple…».
Or, s’il est certain que les élections ont été libres et démocratiques, il n’en demeure pas moins que dans l’esprit de tous les Tunisiens, le scrutin devait déboucher sur une Assemblée constituante chargée principalement de rédiger la Constitution et de contrôler le gouvernement. Un gouvernement censé être composé de compétences nationales reconnues et de technocrates aptes à gérer les affaires courantes du pays en ces temps difficiles sur les plans sécuritaire, social et économique.
Or, on ne le répètera jamais assez, les «vainqueurs» des élections ont détourné cet esprit initial et ont immédiatement entamé des tractations pour se partager le «gâteau». Plus encore, ce partage s’est fait sur des critères bizarres et illogiques et contraires aux exigences de l’étape actuelle qui nécessite, d’abord et surtout, d’apporter des réponses adéquates aux attentes du peuple, en l’occurrence: l’emploi, l’amélioration du pouvoir d’achat, la sécurité.
En effet, cinq mois après les élections et plus de trois mois après la formation du gouvernement, on assiste à du surplace, aux tiraillements, aux querelles, aux accusations contre les médias, mais point de réalisations palpables. Encore moins des indices prometteurs : une Loi de finances complémentaire qui se fait attendre alors que le premier trimestre 2012 est presque achevé, des chiffres vagues sur la lutte contre le chômage, une flambée continue des prix et une rédaction du texte de la constitution toujours au point mort.
Par contre, on assiste à des dérapages sécuritaires, des violences dont les auteurs sont, souvent, des salafistes, des jihadistes… Bref, des islamistes. Sans que le pouvoir en place ou le parti principal au pouvoir ne prenne des positions claires et tranchées.
On assiste aussi à des pratiques trop dangereuses de la part du gouvernement qui semble suivre le proverbe qui dit : «Les chiens aboient et la caravane passe». Ainsi au moment où les voix s’élèvent pour dénoncer des décisions contraires au bon sens dans le sens où le gouvernement n’est pas là pour «verrouiller» le pays et changer, de fond en comble, l’administration en procédant à des nominations accélérées dans les postes clés des gouverneurs, des délégués, des directeurs généraux, etc…
On a l’impression et la conviction que le pouvoir en place ne pense pas aux attentes du peuple et à la réalisation des objectifs de la révolution, mais plutôt à assurer les «ingrédients» pour un éventuel mandat officiel des cinq probables futures années.
Autre bizarrerie de ce gouvernement. Il est composé, dans sa majorité, de militants qui ont eu, certes, le grand mérite de s’être opposés à la dictature et d’avoir sacrifié, des années durant de leur vie à l’ombre des geôles. Mais cela ne veut nullement dire qu’ils sont compétents et aptes à diriger un pays, de surcroît, dans une phase délicate, complexe et n’admettant pas les faux pas. Brahim Gassas, plein de bon sens, d’ailleurs, l’a compris et l’a relevé sur un plateau télévisé.
Sur un autre plateau télévisé, Samir El Wafi n’a pas eu froid aux yeux pour dire à Ali Laârayedh qu’il est difficile d’imaginer quelqu’un, après avoir passé 15 ans et plus en prison, voire dans un isoloir, pouvoir diriger un département ministériel qui compte des dizaines de milliers d’employés. Ce à quoi le ministre de l’Intérieur n’a pas trouvé mieux que cette réponse fataliste : «grâce à Dieu, il a pu dépasser cette situation et réussir».
L’heure est grave. D’autant plus qu’on apprend que deux nouveaux gouverneurs et près de 40 délégués viennent d’être nommés en ce jour même du jeudi 29 mars 2012 ! C’est ce qu’on appelle faire la sourde oreille et privilégier la fuite en avant pour réaliser, coûte que coûte, ses desseins contre vents et marées et contre les objectifs même de la révolution faite par aucun parti, mais par des jeunes revendiquant la dignité, la liberté et les meilleures conditions de vie.
Crédit image : www.debatunisie.com










