Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Que cache le silence de la Troïka concernant les élections ?

Hamadi Jebali a annoncé en mars dernier que les prochaines échéances électorales sont prévues au plus tard en juin 2013 avant de préciser que cette échéance se situerait aux alentours du 20 mars 2013. Mustapha Ben Jaâfar a abondé dans le même sens en présentant sa « feuille de route » à la Constituante.
Finalement, Moncef Marzouki a affirmé, dernièrement, à Paris, l’intérêt qu’il y a à tenir ces élections le plus tôt possible. Pourtant, la Troïka est restée au niveau de la parole et aucune mesure pratique n’est venue confirmer cette orientation. Que cache donc ce silence ?

Il est à rappeler tout d’abord que, pour Kamel Jendoubi, le président de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) qui a chapeauté le scrutin du 23 octobre 2011, les prochaines élections nécessiteront près d’une année de préparation, quel que soit le système politique et le mode électoral choisis.
"La situation n’est plus ce qu’elle était en novembre ou décembre derniers lorsque les structures de l’ISIE étaient encore en place. Il s’agit donc de commencer par installer l’administration électorale centrale et ses sections régionales et locales. Il faudrait ensuite travailler à finaliser l’inscription de près de quatre millions d’électeurs potentiels afin que l’administration électorale dispose de son propre fichier et puisse gérer les élections à partir des données propres à elles. Il faudrait enfin remettre à niveau les ressources humaines disponibles afin que les prochaines élections soient meilleures que celles du 23 octobre 2011", a-t-il expliqué.
Il a ajouté: "il est vrai que nous sommes parvenus à organiser les premières élections indépendantes en Tunisie en 22 semaines, mais pour être au sommet de la performance, dix mois, voire une année est nécessaire pour que le calendrier respecte les normes internationales".
Une telle feuille de route signifie que les élections ne pourraient se tenir qu’à partir de juin ou juillet 2013 si l’on entame le calendrier avec la rentrée de septembre et si l’on veut respecter les normes d’indépendance et de transparence dont parle Kamel Jendoubi. Mais qu’a fait la Troïka en matière de préparation des échéances électorales ?

S’il est vrai que le chef du gouvernement provisoire, Hamadi Jebali, avait annoncé depuis mars dernier, et n’a cessé de répéter, jusqu’à aujourd’hui 25 juillet 2012, que les élections auront lieu en mars 2013, rien d’officiel n’a été entrepris en ce sens. Loin de là, même la commission technique, annoncée en juin pour accélérer l’édification de l’instance électorale indépendante, suite à une rencontre de Hamadi Jebali avec Hassine Abbassi (UGTT), Chawki Tabib (ordre des avocats) et Abdessattar Ben Moussa (LTDH), ne s’est pas réunie.
Pourtant, pas plus tard que fin mai, en marge du 5ème forum sino-arabe qui s’est tenu à Hammamet, Hamadi Jebali a répondu à la question de l’AFP sur la date des élections : "en mars, bien sûr! Vers le 20 ou le 21, en tout cas au début des vacances scolaires. C’est la date fixée pour le moment". "Il y a une volonté claire de la Troïka d’accélérer la rédaction de la Constitution", avait-t-il assuré.

Le président de l’Assemblée Mustapha Ben Jaâfar a, lui aussi, répété à plusieurs reprises ces dernières semaines que la rédaction de la Constitution serait achevée le 23 octobre 2012, soit un an après l’élection des députés, comme prévu.
Tout ceci n’a donc pas dépassé le stade de la parole. Aucun texte officiel n’est venu pour concrétiser les promesses de la Troïka concernant l’opération électorale. Même le projet de décret-loi sur l’instance électorale, promis par Jebali depuis fin mars devant l’Assemblée, n’a pas été encore approuvé.
Un projet de décret a été certes transmis en juin de la présidence du gouvernement au bureau de l’Assemblée constituante. Mais, il n’a même pas été encore débattu au niveau de la commission spécialisée.

Par ailleurs, ce qui a amplifié davantage la polémique sur cette question, ce sont les propos tenus il y a quelques jours par Hamadi Jebali à la délégation du Forum social mondial, annonçant que "les élections seront tenues à une date ultérieure à la fin du mois de mars 2013".
Ces hésitations ont laissé perplexe la classe politique. Et en réaction à cette situation, la majorité des partis politiques et des organisations de la société civile n’a cessé de réclamer la fixation d’un échéancier pour les prochaines joutes électorales.

Pionnier de ces contestataires, le fondateur de Nida’ Tounes, Béji Caïed Essebsi, a demandé, depuis sa première déclaration officielle du 26 janvier 2012, l’annonce d’une feuille de route politique. Depuis, il ne cesse de rappeler qu’il n’a rien vu de concret concernant la tenue des élections et qu’il fallait fixer une date et la corriger ensuite s’il le faut en fonction de l’évolution de la situation, comme ce fut le cas pour les dernières élections, prévues le 24 juillet 2011 et reportées au 23 octobre 2011.
L’initiative de l’UGTT a réitéré ces mêmes requêtes, tout comme la LTDH, l’Ordre des avocats, ainsi que plusieurs partis politiques et diverses composantes de la société civile.
Suite à l’indifférence de la Troïka par rapport à ces requêtes, des doutes commencent à atteindre le monde politique tunisien quant à la possibilité pratique de tenir les prochaines échéances électorales en mars 2013, comme n’ont cessé de le répéter les dirigeants de la Troïka.
Le parti Ennahdha et ses alliés ne voient apparemment pas la question sous le même angle. Ce qui compte, en premier lieu pour eux, c’est de remporter les prochaines échéances électorales, comme l’a recommandé le dernier congrès d’Ennahdha. Tout laisse entendre qu’ils vont orchestrer le processus selon leur convenance.

Pour le moment, on n’a vu de ce scénario que le report des élections. Avec leur majorité à l’Assemblée nationale constituante, l’instance électorale pourrait être indépendante aux normes de la Troïka, la loi électorale pourrait également être modelée selon leur convenance. La date des élections pourrait coïncider avec le mois de septembre 2013, juste après le Ramadan et ses prêches ultra-politisés pour les besoins de la cause.
En un mot, l’avenir s’annonce dur pour l’opposition. La Troïka fera tout pour éterniser sa mainmise à la tête de l’Etat.

Mounir Ben Mahmoud

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers