Neuf mois et demi après le scrutin du 23 octobre 2011, on s’aperçoit, plus que jamais, qu’il y a eu maldonne entre l’avant et l’après élections, les premières reconnues à l’unanimité comme étant démocratiques et transparentes.
Ceci vient d’être confirmé lors de l’interview accordée, samedi soir 4 août 2012, par le chef du gouvernement, Hamad Jebali, aux trois chaînes de télévision, Al Wataniya 1, Nessma TV et Hannibal TV, faisant ressortir l’existence d’une crise de confiance entre le pouvoir de la Troïka et le peuple tunisien.
Cette crise de confiance est née dès l’après 23 octobre 2011 et l’émergence de cette volonté manifeste de partager le gâteau entre les trois formations coalisées et les querelles intestines en ayant découlé, ce qui avait nécessité un délai de deux mois pour la formation de l’équipe gouvernementale.
La maldonne, que certaines parties qualifient, carrément de tromperie, consistait à définir la nature, les fonctions et les prérogatives de l’Assemblée nationale constituante (ANC). S’agissait-il d’une instance chargée d’asseoir les nouvelles institutions du pays après les décennies de dictature ou bien d’un véritable parlement destiné à gouverner le pays dans le plein sens du terme ?
On se rappelle que lors des deux premier mois ayant suivi la révolution du 14 janvier 2011, il y a eu les fameux sit-in de Kasbah 1 et Kasbah 2, que d’aucuns croyaient comme étant l’œuvre des tendances de gauche et autres groupes démocrates et modernistes.
C’était, en effet, le cas, mais seulement en partie car les vrais instigateurs de ces mouvements étaient les islamistes qui ne voulaient pas paraître en première ligne pour ne pas faire peur aux forces démocrates. Ils agissaient quand même par associations interposées dont notamment l’Ordre des avocats qui a vu son Bâtonnier, Abderrazak Kilani, récompensé par un poste ministériel.
A l’époque, le Parti Ennahdha continuait d’adopter un profil bas avec des apparitions timides de ses dirigeants à travers les médias.
Tout le monde était persuadé que la Constituante allait s’occuper de l’élaboration de la Constitution, de décider de la nature du régime politique à venir et du mode électoral, alors qu’un gouvernement de compétences et de technocrates allait voir le jour pour gérer les affaires courantes sous le contrôle et l’œil vigilant de l’ANC.
Il n’en fut rien. Au contraire, le gouvernement, issu des marchandages entre les trois formations alliées, agit comme s’il était là pour toujours procédant à des nominations tous azimuts. Tout y passe. Les gouverneurs, les délégués, les PDG de beaucoup d’entreprises publiques, tous les commissaires régionaux de développement agricole, etc Sans oublier les nombreuses nominations faites en catimini à la tête de nombreuses municipalités, Imadas, etc.
Le leitmotiv qui revient, sans cesse, dans la bouche des représentants d’Ennahdha est que le gouvernement actuel est celui de la Révolution, est le gouvernement légitime du peuple.
Ceci a été réaffirmé et réitéré par M. Jebali lors de l’interview du samedi 4 août 2012 en assurant qu’il est logique et légitime que tout le monde se plie à la volonté de la majorité à l’ANC.
Il s’est étonné, d’ailleurs, du fait qu’on acceptait les décisions et les recommandations émanant de l’ancienne Instance supérieure pour la protection de la révolution alors qu’on a tendance à en priver la Constituante.
Or, ce qu’oublie Hamadi Jebali est que ladite Instance n’était pas dominée outrageusement par les Islamistes, qu’il n’y avait pas de jeux d’alliances et d’intérêts et, surtout, que la plupart des mesures se prenaient par consensus avec pour objectif commun : l’instauration de la démocratie et l’organisation d’élections transparentes.
Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui puisque les décisions sont prises par la « dictature » du vote dans le sens où le résultat est connu d’avance et que la scène politique est déséquilibrée. Une triste illustration en a été faite lors de la discussion des fameux décrets républicains concernant le limogeage de Mustapha Kamel Nabli de la tête de la Banque centrale de Tunisie et la nomination d’un nouveau gouverneur.
Pourtant, en dépit de l’illégalité et des vices de forme flagrants de ces deux décrets, le vote est passé. Autrement dit, le vote pouvait faire passer les plus graves aberrations contraires à la loi au sein d’une Constituante censée faire asseoir les fondements d’un Etat de droit et des institutions !
D’ailleurs, sans s’en rendre compte, peut-être, M. Jebali a dévoilé que même, lors des réunions du Conseil des ministres, il a imposé le mode du vote pour la prise des décisions. Autrement dit, là aussi, c’est l’arbitraire du vote qui l’emporte sur le consensus. Autant alors ne plus parler de consensus, un terme hypocritement utilisé pour tromper la galerie.
Pour revenir au contenu de l’interview, Hamad Jebali semble ne pas avoir compris que la mission des médias n’est pas de mettre en exergue les trains qui arrivent à l’heure, mais d’attirer l’attention sur les défaillances et les aspects négatifs dans l’esprit de rectifier le tir.
Ainsi, en évoquant le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives économiques en Tunisie, le chef du gouvernement n’a pas hésité à tancer Iheb Chaouch, le journaliste d’Al Wataniya 1 en lui disant clairement qu’il ne sait pas lire en français, comme s’il était bien placé pour donner des leçons en la matière, avant de brandir deux ou trois feuillets en arabe sans préciser s’il s’agit d’un texte original du Fonds en arabe ou bien d’une traduction faite par les soins des services du gouvernement.
En lisant des extraits décousus, le chef du gouvernement est parvenu, comme par magie, à faire comprendre que le FMI était convaincu que notre pays se trouve sur la bonne voie et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ce qui a valu un tel satisfécit de la part de la plus haute instance financière mondiale. En clair, le journaliste s’est arrêté sur ce qui ne marche pas, alors que le chef du gouvernement voulait s’arrêter uniquement sur ce qui marche.
Sans revenir sur les détails du contenu de l’interview, (cliquer ici pour lire notre article sur le sujet) , M. Jebali a accusé certaines « parties » de vouloir faire du mal au gouvernement et au pays, citant, notamment le cas des derniers événements au CHU Hédi Chaker de Sfax.
Prié de mentionner nommément cette partie « qui dirige et finance » ces agissements, Hamadi Jebali a indiqué préférer taire le nom de cette personne. Et là, un grave problème se pose dans la mesure où ce n’est pas la première fois que des membres du gouvernement dont notamment le démissionnaire Mohamed Abbou, sans oublier ceux de l’ANC, parlent de certaines « parties qui manigancent, complotent et commettent des irrégularités contre le pouvoir et contre les biens publics ».
Or, la logique et la déontologie veulent que, non seulement, l’on rende publique l’identité de ces parties, mais de les traduire devant la justice, s’il y a transgression de la loi. En faisant taire de telles irrégularités et en laissant agir leurs auteurs en toute impunité, cela ne revient-il pas à en devenir, indirectement, complice ?!
A l’issue de l’interview, qui n’apporte aucun élément nouveau par rapport à ce qu’on sait déjà et ne dit rien quant au prochain remaniement ministériel, les Tunisiens sortent avec l’impression que le chef du gouvernement, exprimant sa satisfaction du bilan de son staff, demeure très loin des réalités du pays, affirmant que les réalisations sont nombreuses et positives, que la croissance dépassera les prévisions les plus optimistes et qu’Ennahdha et ses alliés sont dévoués corps et âmes au pays et aux citoyens de tous bords.
Alors, qu’attendons-nous pour dire en chœur : Amen !










