A voir le dispositif de sécurité déployé aujourd’hui, vendredi 21 septembre, dans la ville de Tunis et dans les autres villes pour éviter les éventuels dérapages qui pourraient avoir lieu suite à la publication des caricatures par Charlie Hebdo, il est légitime de se demander pourquoi un pareil dispositif n’avait pas été mis sur pieds une semaine plus tôt. Des vies humaines auraient pu être sauvées et l’image de la Tunisie n’aurait pas été aussi ternie par ces actes barbares à l’Ambassade et à l’école américaine.
L’interrogation est d’autant plus légitime que tout le monde s’attendait à une manifestation violente, si l’on tient en considération l’effet d’entraînement causé par un rassemblement en masse et l’objet de la manifestation en rapport avec le sacré, ce ferait craindre tous les dérapages.
La moindre des choses était de prévoir divers plans qui seraient déployés successivement au fil du déroulement des événements. Or, rien de tel n’a été observé. Pire encore, l’école américaine a attendu trois heures pour avoir arriver les premiers secours, laissant le temps qu’il faut à un saccage systématique.
Les faits et les photos du désastre vécu par ce site du savoir font éviter aux observateurs tout commentaire. Le directeur de l’école, et nous avec lui, ne savons comment répondre aux interrogations posées par les uns et les autres sur les causes de ce manque d’anticipation et d’imagination.
Le ministre a certes été auditionné par les membres de l’Assemblée nationale constituante. Ils ont critiqué les prestations des services du ministère lors de ces incidents les qualifiant d’incompétents. Plusieurs ont demandé la démission du ministre, ce qui est très logique et fort compréhensible dans une démocratie suite à une faute grave. Normalement, il aurait même dû présenter sa démission, de lui-même, parce qu’il a gaffé. Mais nous ne sommes pas encore là.
Ce qu’il y a de nouveau, c’est que les critiques sont même venues du camp nahdhaoui. En effet, Ferjani Doghmane, président de la commission des finances à l’Assemblée Constituante, a pris ses gants et exprimé sa déception. « Avec plus de précautions, normalement, on n’aurait pas dû arriver à ce point là. Dans tous les pays du monde, ceux qui se respectent, les responsables qui se respectent doivent réfléchir. Donc, il faut qu’il y ait une commission pour faire déterminer quels sont les tenants et les aboutissants de l’affaire et de conclure ce qu’il faut faire».
Le lourd bilan, avec cinq décès et plus de 70 blessés, peut justifier une telle attitude de la part du parti au pouvoir. Mais, tel n’est pas le fond de la problématique. De l’avis de tous, il est évident que quelque chose n’a pas marché dans la préparation du plan de protection de l’Ambassade des Etats-Unis.
Il se peut bien que les forces de sécurité ne se soient pas attendues à une telle violence de la part des manifestants habitués à se limiter à scander des slogans inoffensifs et brûler le drapeau des Etats-Unis ainsi que celui d’Israël. Mais c’est une erreur monumentale par les temps qui courent. On ne saurait imaginer pareille situation dans une ambassade américaine, censée être l’un des lieux les mieux protégés. Mais c’est une autre histoire. La bonne question, c’est : comment n’a-t-on pas prévu un tel scénario même si sa probabilité ne dépassait pas les 5 pour mille ?
Seconde hypothèse, les services spécialisés se sont préparés à une pareille éventualité. Mais, c’est dans l’application que ce plan avait foiré. Là-encore, normalement, il devait y avoir un plan B, voire un plan C. Il s’agit des premières consignes en matière de sécurité. Or, on n’a rien vu de tel.
Pire encore, Ali Laârayedh, le ministre qui a démontré un degré rudimentaire de savoir-faire, se limite à reconnaître l’erreur et à nous présenter des tableaux comparatifs entre 2011 et 2012 en matière sécuritaire sans entrer dans des explications effectives du tort subi par le pays. Il est à noter, toutefois, que cette comparaison n’a pas sa raison d’être, car hormis le mois de janvier de 2011, la situation sécuritaire était, de l’avis même du commun des citoyens, sous le gouvernement de BCE, meilleure que celle vécue sous le gouvernement de la Troïka.
Du moins, il n’y a jamais eu un bilan aussi lourd que celui enregistré rien que lors de ce triste vendredi du 14 septembre !
Et cette histoire ridicule des objets pris par Lazhar Akremi lors de son passage au ministère. Il s’agit d’une manœuvre de diversion de quatrième degré. Au fait, puisqu’il s’agit d’un délit, qu’attendait Ali Laârayedh pour poursuivre Lazhar Akremi ? Il est donc aussi impliqué que lui puisqu’il n’a pas ordonné de le poursuivre. C’est carrément à côté de la plaque de la part d’un ministre qui se respecte.
Ali Laârayedh a apparemment dit tout sauf l’essentiel. Il est juste venu pour la forme afin de dire que le ministre de l’Intérieur a été auditionné par l’Assemblée. Mais, pour les questions de fond, il n’a rien dit, se prévalant sans le dire de l’obligation de réserve. Pourtant, le peuple tunisien a besoin de savoir ce qui s’est réellement tramé le 14 septembre.
En plus, les dérapages sécuritaires se sont multipliés avec ce décès sous la torture, ce viol d’une jeune fille par des éléments appartenant aux forces de l’ordre, ainsi que plusieurs autres dépassements signalés dans les régions. Les plaintes pour tortures se compteraient par dizaines.
Le bilan d’Ali Laârayedh, par rapport à la mission pour laquelle il a été nommé, est clairement négatif.










