Depuis son investiture par l’Assemblée nationale constituante, en fin décembre 2011, Le chef du gouvernement, Hamadi Jebali, n’a cessé de répéter qu’il va dire la vérité au peuple. Pourtant, cette promesse n’a pas été vraiment tenue, entraînant un grave déficit de crédibilité du gouvernement auprès des masses populaires auxquelles il a promis monts et merveilles. Pis, la crédibilité de l’Etat a été sérieusement entamée par ce flottement. Comment Jebali s’est-il fait autant de tort ?
Lors de l’une de ses premières sorties à l’Assemblée nationale constituante en février dernier, Hamadi Jebali a promis de dire la vérité au peuple lors de la présentation du budget complémentaire pour que tout le monde soit conscient des possibilités du gouvernement et pour que « l’on bâtisse, ensemble et dans la transparence, cette nouvelle Tunisie ».
Nombreux étaient ceux qui avaient cru le chef du gouvernement et attendu qu’il expose un tableau de bord détaillé des moyens limités de la Tunisie et demande à la population de serrer la ceinture pour traverser cette période transitoire difficile, car nul ne peut prétendre le contraire. Or, les faits n’ont dénoté aucun désir de transparence.
Lors de leurs tournées dans les régions pour annoncer les budgets de développement alloués, les ministres ont mélangé, d’une manière consciente, les projets prévus pour 2012 et 2013, sans le préciser, dans un désir de calmer la tension sociale. Ils ont évité de parler des délais de déblocage des fonds attribués à ces projets présumés de développement.
Comble du malheur, la majorité de ces projets n’ont pas été encore entamés, faute de disponibilité des ressources budgétaires. La trésorerie publique a compté sur des fonds qu’elle ne parvient pas encore à récupérer comme les 1200 millions de dinars provenant des ventes des biens mal-acquis ou les 400 millions de dinars des contributions volontaires des citoyens.
Mais la question ne se limite pas à cette manipulation des promesses de développement qui a un objectif électoraliste, la réaction du gouvernement aux manifestations populaires a dévoilé un déficit énorme en matière de communication, décrédibilisant sérieusement les autorités aux yeux des citoyens et des corporations professionnelles.
En effet, les faits ont montré que le gouvernement plie sous la pression de la rue, sans tirer les conclusions nécessaires, entamant sérieusement la crédibilité de la justice aux yeux des citoyens. Ceci ne veut nullement dire que les arrestations et les condamnations sont préférables aux solutions négociées. Mais, qu’a fait le gouvernement pour ne pas récidiver ?
Les affaires de Thyna et de l’hôpital régional Hédi Chaker à Sfax, les multiples affaires de Sidi Bouzid, Menzel Bouzayène, Redayef, Métlaoui, Kasserine, Sbeitla, etc. ont montré qu’il suffit que la rue fasse pression pour que les autorités libèrent les personnes détenues, après avoir affirmé les avoir arrêtées en flagrant délit et insisté sur le fait que la justice est indépendante.
Difficile de croire à cette indépendance de la justice dans de telles affaires… La présidente de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), Kalthoum Kennou, a attiré l’attention sur cette question lorsque les négociations sur l’affaire des détenus syndicalistes de l’hôpital de Sfax a abouti à un accord sur leur libération, comme si la justice n’était pas concernée.
Par ailleurs, la dernière décision de suspendre la retenue de trois jours de grève des salaires des instituteurs s’ajoute à cette maladresse dans la communication des autorités. Il s’agissait de sensibiliser les agents de l’Etat sur le fait que les périodes de débrayages sont désormais impayées, vu que la phase de la révolution a transmis le flambeau à la phase de construction du nouvel Etat.
Hamadi Jebali aurait dû faire une forte sortie médiatique pour dire que les multiples grèves en 2011 de la CPG ont coûté plus de 800 millions de dinars de pertes sèches à l’Etat, que celle de Tunisie Telecom a coûté des dizaines de millions de dinars, que celle des agents municipaux a coûté tant, etc. Il aurait également dû présenter l’état des lieux sur le plan économique, avant d’annoncer des mesures d’exception à l’échelle économique et de déclarer que, dorénavant, toute grève ne donne plus droit à un paiement non dû.
En matière de chiffres, les institutions du gouvernement de Hamadi Jebali n’ont pas du tout brillé. Loin de là, elles n’ont cessé de multiplier les maladresses. La dernière en date porte sur les récents résultats publiés par l’Institut national des statistiques (INS) sur le taux de chômage en Tunisie.
‘Comment se fait-il que le taux de chômage a baissé de 18,3 % en 2011 à 17,6 % en 2012 alors que, selon les critères avancés par l’INS, il est impératif de réaliser un taux de croissance de 6 % pour maintenir le taux de chômage, alors que la Tunisie n’en a réalisé que 3,3 % ?’, s’indigne Sami Remadi, président de l’Association tunisienne de la transparence financière, criant au flagrant délit de manipulation.
Ceci, sans oublier la persistance du double langage entretenu entre les différents responsables d’Ennahdha, qu’ils soient membres du gouvernement de la Troïka ou en dehors. Le dernier exemple, frappant et se situant au sommet du mouvement islamiste, est celui concernant les propos de Rached Ghannouchi et de Hamadi, tenus à 24 heures d’intervalles aux micros de deux radios de la place.
Le premier qualifie Nidaa Tounès de plus dangereux que les salafistes, alors que le second assure qu’il s’agit d’un parti politique légal et autorisé et qu’il faut traiter avec lui en tant que tel.
En matière de communication défaillante, on notera l\’extraordinaire et totale absence de l\’ambassadeur de Tunisie en France (et ceux des autres pays également) lors de l\’affaire de l\’ambassade américaine ou de la fille violée. Pourquoi aucun d\’eux n\’a réagi pour intervenir dans la presse française ou les agences de presse internationales ? Les journalistes français ont bien essayé de contacter les services de l\’ambassade à Paris, mais ils n\’ont rien obtenu comme réponse !
Finalement, il s’avère clairement que le gouvernement de Hamadi Jebali pêche par beaucoup d’amateurisme en matière de communication et qu’il est en train de payer son manque de transparence.










