Salah Oueslati*
Que reste t-il de Monsieur Moncef Marzouki, champion des droits de l’Homme, pourfendeur de la dictature et chantre des libertés individuelles et de la démocratie ? Un homme devenu l’ombre de lui-même, enivré par le pouvoir qu’il a tant honni, éloigné d’un peuple qu’il a tant chéri.
Monsieur le Président, votre silence coupable face aux appels aux meurtres d’opposants politiques par des d’imams extrémistes, votre connivence avec des prédicateurs moyenâgeux reçus en grande pompe par votre collaborateur dans les salons d’honneur de l’aéroport de Tunis-Carthage, votre complicité passive face aux exactions commises par des pseudo-ligues de protection de la révolution, reçues avec tous les honneurs au palais présidentiel, votre autisme face à la montée de la haine, de l’intolérance et du fanatisme dans le pays et à la dislocation de l’unité nationale, sont autant de fautes que l’histoire ne vous pardonnera jamais. Des fautes commises à l’égard d’un peuple qui vous a confié la plus noble des missions, celle de le conduire à bon port dans une période tumultueuse, mais ô combien prometteuse, de son histoire !
J’ai fait un rêve Monsieur le Président que l’initiative du Premier ministre Hamadi Jebali de former un gouvernement apolitique est sincère. J’ai fait un rêve qu’il existe bel bien au sein du parti islamiste une aile attachée aux objectifs de la révolution et prête à jouer le jeu de l’alternance et de la démocratie.
J’ai envie de croire qu’en prenant le risque d’une telle initiative, malgré l’hostilité farouche de son propre parti, le Premier ministre a fait preuve d’un courage exceptionnel, il a montré qu’il était capable d’agir en patriote prêt à sacrifier ses ambitions politiques pour l’intérêt supérieur de son pays, bref qu’il est capable d’agir en homme d’Etat digne de ce nom. J’an envie de croire qu’il n y a aucune raison de mettre en doute la sincérité de Premier ministre lorsqu’il affirme qu’il a consulté sa conscience en prenant une telle décision. Il n’est un secret pour personne que le chef du gouvernement est minoritaire, voire isolé, au sein de son propre camp, sous la menace d’une aile radicale prête à tout, y compris l’élimination physique des ses adversaires, pour s’accrocher au pouvoir.
Monsieur Marzouki, vous avez raté votre entrée dans l’histoire comme premier président de la Tunisie postrévolutionnaire, ne ratez pas l’ultime occasion qui se présente à vous pour devenir l’homme d’Etat qui a sauvé son pays du chaos à un moment où le destin de tout son peuple est en jeu. Oubliez vos ambitions personnelles, n’écoutez que votre conscience et apportez votre soutien à l’initiative de votre Premier ministre pour former un gouvernement, appelons le « d’union nationale», « apolitique », de « technocrates » ou autres, capable d’accélérer l’adoption d’une constitution digne de ceux qui sont morts pour la liberté de ce peuple, d’organiser des élections libres et transparentes et de mettre un terme dans les plus brefs délais à une période de transition qui n’a que trop duré. Si l’initiative du Premier ministre n’est hélas qu’une autre manœuvre pour gagner du temps, quittez la Troïka, vous n’en sortirez que plus grandi.
C’est le rêve d’un citoyen naïf qui veut croire que les hommes, s’ils sont capables du pires, sont aussi et parfois capables du meilleur.
*Universitaire










