En termes de maladresses, de ratages et même de scandales liés aux membres du gouvernement tunisien, qu’ils soient ministres, secrétaires d’Etat ou conseillers, les exemples sont vraiment nombreux. Les bavures ont été l’œuvre d’un bon nombre de titulaires de départements.
Cela va du ministère de l’Intérieur avec ce qui s’est passé à Siliana et l’attaque de l’ambassade américaine, à celui des Affaires étrangères avec le scandale de Sheraton Gate, en passant par l’affaire de vente du lot de terrain impliquant le ministre des Sports… et, enfin, l’affaire des petites filles voilées, suivie de celle de la petite fille violée auxquelles la ministre de la Femme et de l’Enfance a si mal réagi qu’une grande frange de la population l’a vivement prise à partie.
Même les élus de l’ANC s’y sont mis de la partie en signant, en grand nombre, une motion de censure contre cette même ministre.
En dépit de toutes ces casseroles qu’ils traînent, ces ministres, critiqués, pointés du doigt, pour incompétence, ou erreurs graves, n’ont pas daigné ou même songé à démissionner comme cela aurait dû être le cas sous d’autres cieux où les gouvernements et les ministres sont conséquents avec leurs postes et assument leurs responsabilités.
Prenons le cas de la France où plusieurs démissions de ministres ont été enregistrées suite à des scandales ou des mises en cause judiciaires, démissions recensées par l’AFP, dont nous avons relevé quelques exemples. La démission la plus célèbre pour les Tunisiens reste celle de la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie annoncée le 27 février 2011, motivée par "ses maladresses qu’elle avait accumulées à propos de ses vacances fin 2010 en Tunisie, alors que la révolte y avait commencé".
La dernière démission en date remonte pas plus tard qu’au 19 mars courant. Il s’agit de celle du ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac, soupçonné d’avoir détenu un compte dans une banque suisse, démission déposée suite à l’ouverture d’une information judiciaire sur des faits présumés de blanchiment et de fraude fiscale.
Autres exemples, la démission en date du 29 mai 2011 du secrétaire d’Etat à la Fonction publique Georges Tron, visé par une enquête judiciaire après des accusations d’agressions sexuelles. En outre, le 4 juillet 2010, Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, et Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la Région Capitale, démissionnent du gouvernement de François Fillon. Le premier a été épinglé par la presse pour avoir utilisé un jet privé coûteux pour se rendre dans les Caraïbes, le deuxième s’est vu reprocher des achats de coûteux cigares réglés sur fonds publics… Sans oublier la fameuse démission du ministre Bernard Tapie, qui remonte déjà au 23 mai 1992. Il était, rappelons-le, inculpé dans l’affaire Toshiba-France, un litige privé et commercial qui s’est pourtant soldé par un non-lieu.
En Tunisie, la situation en est à des années-lumière et les personnes qui obtiennent des postes prestigieux dans l’Etat semblent avoir du mal à s’en séparer, même sous la pression d’une opinion publique mécontente et révoltée.
Là encore, les exemples ne manquent pas. L’ancien ministre de l’Intérieur Ali Laârayedh a vécu plus d’une épreuve, lors de son mandat à la tête de ce ministère. A commencer par la répression musclée des manifestants pacifistes lors de la commémoration du 9 avril jusqu’à l’attaque de l’ambassade américaine par les manifestants salafistes, le 14 septembre 2012, en passant par le scandale du recours aux tirs à la chevrotine à Siliana.
A chaque fois, l’opinion publique était remontée contre le ministre e réclamait vivement sa démission. Sauf que M. Laârayedh, sous prétexte de courage, d’endurance et de responsabilité, s’est abstenu de quitter le navire parce qu’il voulait, justement, "faire sortir son ministère de sa crise". Ironie du sort, ce même ministre, s’est vu promu pour devenir le chef du gouvernement et tenir de ce fait les rênes du pouvoir !
L’exemple de l’ancien ministre des Affaires étrangères est également fort significatif. Rappelons qu’en dépit du scandale connu sous le nom de "Sheraton Gate", impliquant Rafik Abdessalem dans une affaire de nuitées passées dans l’hôtel aux frais du contribuable et une autre d’un don chinois d’un million de dollars, le chef de la diplomatie a fait la sourde oreille aux innombrables appels lancés par les opposants politiques et certains représentants de la société civile, l’invitant à présenter sa démission.
M. Abdessalem était formel, l’accusation contre lui était montée de toutes pièces et il avait affirmé : "tous les documents qui ont été publiés visent uniquement à salir l’image du gouvernement à travers ma personne dans le cadre d’une guerre annoncée contre les ministres ainsi que les symboles de l’Etat".
Ensuite, en décembre 2012, est survenu le scandale lié au ministre des Sports, Tarak Dhiab, qui s’apprêtait à acheter un terrain à Gammarth, dans la banlieue nord de Tunis, à 33,600 dinars le mètre carré, pour la construction d’un complexe sportif et touristique. Le prix dérisoire a suscité une grande polémique et des suspicions de malversations autour de cette transaction. Ceci n’empêche que le ministre n’est absolument pas parti, bien au contraire, il a été confirmé dans son poste avec la nouvelle composition gouvernementale d’Ali Laârayedh.
A relever également les différentes polémiques autour de Lotfi Zitoun, ancien conseiller auprès du chef du gouvernement, qui bien qu’ayant démissionné en date du 1er février 2013, a tout de même, à maintes reprises, été invité à partir du gouvernement, mais s’est agrippé à son poste.
Lotfi Zitoun s’est contredit par rapport à sa possession de la chaîne de télé Zitouna. Il a démenti tout lien, en dépit des preuves accablantes dévoilées au grand jour. En outre, ce ministre-conseiller chargé de la communication, n’avait pas déclaré tous ses biens possédés à l’étranger, notamment le média en question. Rappelons également qu’au moment de l’affaire Sami Fehri, Lotfi Zitoun l’avait accusé d’être derrière l’arrêt des guignols d’Ettounsia. En affirmant que des "médias neutres" ne doivent, en aucun cas, permettre aux "symboles de la corruption" de s’exprimer, il s’était alors immiscé et dans le travail des journalistes et dans celui de la justice dans le sens où il avait qualifié de "criminelle" une personne qui n’a pas encore été jugée.
L’opinion publique s’était indignée face à son comportement, et pourtant, M. Zitoun est resté en poste et n’est parti que suite à "la crise interne" qui a sévi eu sein d’Ennahdha.
Enfin, l’exemple le plus récent des erreurs des membres du gouvernement est bien celui de Sihem Badi, ministre de la Femme, qui s’est empressée de commenter un événement très grave avant même d’en connaître les détails et a même osé défendre un établissement dans lequel une innocente fillette de trois ans a été sauvagement violée.
Il est utile de rappeler que déjà Mme Badi a été extrêmement molle face à un phénomène non négligeable, à savoir le port du voile par des fillettes d’à peine 3 et 4 ans. Au lieu d’assumer sa responsabilité dans la protection de l’enfance, elle est allée jusqu’à banaliser également la visite faite par un prédicateur étranger à certains jardins d’enfants. Mme Badi, bien qu’essayant de se rattraper en s’excusant auprès de la famille de la petite victime de viol, n’a pas pu contenir la colère de l’opinion publique.
Et bien qu’ayant une valeur totalement symbolique, la campagne de jets de chaussures et la manifestation devant son ministère initiée par la société civile en constituent un geste très éloquent.
Ainsi, une grande question reste posée : ces politiciens, qui ont accédé au pouvoir mais qui ont multiplié les erreurs et autres bavures, sauront-ils connaître le chemin vers la sortie tout seuls? Auront-ils l’intelligence et, surtout, la dignité de se retirer, ou bien attendent-ils qu’ils soient contraints à « dégager » ?!










