Sihem Badi, ministre de la Femme et de l’Enfance, ciblée ces derniers temps par de vives critiques, pour négligence et incompétence, notamment suite au scandale du viol de la fillette de 3 ans dans un jardin d’enfants, et ayant fait l’objet même d’une motion de censure signée par plusieurs Constituants, sort enfin de son mutisme et consacre deux bonnes heures de son temps, pour s’adresser aux médias, les écouter, répondre à quelques unes de leurs questions et surtout présenter sa version des faits.
C’est ainsi que la cellule de communication au sein de la présidence du gouvernement lui a consacré le rendez-vous médiatique du 2 avril 2013.
Avec un retard d’à peine un petit quart d’heure, la ministre a fait son entrée, accompagnée d’une délégation de sept autres personnes, annonçant le coup d’envoi de la conférence. Mme Badi a commencé par rappeler que la question de l’Enfance est bien complexe impliquant non seulement son ministère, mais également plusieurs autres départements, dont celui des Affaires sociales, des Affaires religieuses, de la Santé et de l’Education … Elle a même évoqué une collaboration renforcée avec des organisations et associations nationales et internationales comme l’UNICEF.
Sihem Badi a donc assuré que la protection de l’Enfance nécessite tout un plan, tout un programme à moyen et long termes. Ce plan doit, selon elle, être global et doit obligatoirement être élaboré et réalisé par toutes les parties concernées.
Revenant aux actions de son ministère, Mme Badi a évoqué, comme exemple, le choix fait de six gouvernorats qui présentent des nécessités prioritaires et dans lesquelles le ministère a entrepris la prise en charge des frais d’encadrement et de gardiennage de plusieurs enfants nécessiteux.
Mme Badi a ensuite fait un récit des différentes réunions et conseils ministériels déjà tenus dans le cadre des concertations concernant l’Enfance préscolaire. Avec beaucoup de conviction et avec un débit linguistique bien élevé, Mme Badi a affirmé: "Nous nous sommes réunis en date du 5 novembre 2012 et nous avons pris la décision de créer deux commissions qui se réunissent à leur tour d’une manière bihebdomadaire afin d’étudier la situation. Ensuite, nous nous sommes réunis le 5 mars dernier et nous avons réussi à résoudre plusieurs problématiques.
Enfin le 1er avril, nous avons eu notre troisième et dernière réunion qui a été très fructueuse, très utile et nous avons arrêté certaines mesures qui permettent d’accélérer la résolution des problèmes liés à l’Enfance préscolaire". Bien que présentant son discours, sur un ton enthousiaste, la langue de bois utilisée par la ministre a primé et l’énumération de ses prestations a été, peu convaincante.
Ensuite, avec le même enthousiasme, Mme. Badi a affirmé être tout à fait consciente du besoin de formation et d’encadrement des professionnels qui s’occupent des enfants en bas âge. Elle a ainsi cité des exemples de mesures prises dans ce sens, avec l’organisation de stages et workshops qui présentent des formations en encadrement psychologique et éducatif des enfants.
La ministre de la Femme et de l’Enfance a, par la suite, évoqué le choix de son ministère d’uniformiser les programmes dans les jardins d’enfants, sur tout le territoire. Elle a également annoncé l’augmentation du nombre d’inspecteurs pédagogiques qui était loin d’être suffisant et le recrutement de quelque 300 nouveaux conseillers.
En matière de protection de l’Enfance, la ministre a annoncé l’existence de "tout un programme de prévention contre les agressions sexuelles". Elle a, dans ce contexte, présenté quelques données chiffrées, telles que la réception de 5900 alertes pour abus ou agressions, dont 500 alertes pour agressions sexuelles et ce, durant l’année 2012 et le 1er trimestre de 2013. Elle a également précisé que le ministère a enregistré durant cette même période 3 cas de viols commis au sein des jardins d’enfants et 4 autres cas dans les centres intégrés pour l’Enfance.
Ensuite est venu le moment tant redouté par la ministre, celui des questions des journalistes. En effet, vu les circonstances et la tension palpable chez l’opinion publique, les questions étaient plutôt virulentes. Des questions qui s’apparentent plus à des critiques et accusations que de questions auxquelles on attend des réponses.
Que comptez-vous faire face à cet appel à la démission et à cette motion de censure lancée par les Constituants? Quelles mesures face aux abus sexuels contre des mineurs? Que préconise de faire le ministère face à la propagation des jardins d’enfants "anarchiques"? Et le phénomène d’écoles coraniques? Quelle attitude face aux appels à la peine capitale pour les violeurs? Qu’est ce que le ministère a fait contre l’emploi des enfants? Contre la prolifération du phénomène de mendicité, notamment celui des enfants?
De telles questions ont été posées mais seulement quelques unes ont eu droit à une réponse de la part de Sihem Badi. Procédant au regroupement de séries de questions, avant de passer aux réponses, la ministre a pu éviter de répondre à certaines questions gênantes.
Mme. Badi n’a pas manqué d’affirmer que la responsabilité des écoles anarchiques, opérant dans le secteur sous l’égide de différentes associations, incombe à la présidence du gouvernement. "Puisque, seule cette présidence est habilitée à accorder ou non les visas, à autoriser ou non les activités sous-jacentes de ces associations, telles que les écoles coraniques, sont sous sa responsabilité", a-t-elle argué.
Mme Badi a, d’ailleurs, affirmé ne pas être en mesure de donner des statistiques exactes quant au nombre de ces écoles non conformes aux normes légales.
Evoquant la motion de censure envisagée contre elle, Mme Badi s’est plainte de n’avoir reçu de la part des élus de l’ANC, aucune correspondance, ni aucune demande d’entrevue, afin de s’expliquer sur la question. Elle s’est indignée : "Comment peut-on émettre une motion de censure contre quelqu’un sans l’avoir écouté et sans avoir l’autre son de cloches?! Je leur aurais fourni tout un dossier avec tous les détails!".
Pour ce qui est des enfants qui travaillent, bien avant l’âge légal du travail et les enfants qui passent leurs journées à mendier, Mme Badi a affirmé d’abord qu’il s’agit d’un dossier relevant des prérogatives du ministère des Affaires sociales. Ensuite, elle a ajouté qu’une enquête a été établie et que des efforts ont été fournis afin de remédier à ces abus, tout en affirmant que le phénomène reste relativement limité et que l’enquête a révélé un nombre réduit "d’enfants de la rue". "Si le nombre devient important, il serait urgent d’agir", a-t-elle soutenu.
Mais elle a, par ailleurs, omis de s’exprimer par exemple sur sa démission, sur la peine de mort, et s’est contentée de répondre partiellement aux autres questions. D’ailleurs, dès que le mot de la fin a été prononcé, Mme Badi s’est précipitée dans les couloirs du Premier ministère, à vive allure, à tel point que des cameramen et des interviewers, qui ont couru derrière elle, n’ont pas réussi à la rattraper.
Enfin, Mme Badi, tout en évitant de parler "des sujets qui fâchent", a conclu en disant qu’au sein de son ministère, "il ne s’agit pas de construire des ponts et chaussées, il s’agit de construire une société saine, ce qui revient à dire que notre rôle relève beaucoup plus d’humanisme que de professionnalisme!".
Dorra Megdiche Meziou










