Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Les salafistes font vivre à la Tunisie une journée triste à en mourir

On craignait le pire pour la Tunisie et les Tunisiens, en ce dimanche du 19 mai 2013, mais on espérait, également, que la raison finirait par prévaloir chez ces salafistes ultras du groupe des Ansar Al Chariâa dans le sens où ils devaient se conformer aux lois en vigueur dans le pays. En vain…
Ils n’ont ni présenté une demande d’autorisation pour la tenue de leur congrès annuel, ni consenti à annoncer son annulation. Résultat : un dimanche noir, des incidents sanglants, des morts, des blessés et une situation de chaos dans plusieurs régions et zones du pays, notamment à Tunis, à Kairouan et à Ben Guerdane. Chronique d’une tragédie annoncée !…

On les attendait à Kairouan. Et toutes les dispositions ont été prises pour les empêcher de tenir ce fameux congrès avec des renforts sécuritaires jamais vues puisque plus de 11 mille agents étaient mobilisés dans Kairouan et ses alentours pour obstruer toutes les issues de la ville.

Mais c’était compter sans la détermination des salafistes qui tenaient à marquer cette journée d’une pierre noire. La tragédie a commencé à la Cité Ettadhamen, fief de Sahbi Atig, où on a cru qu’ils allaient tenir leur congrès. Mais c’était juste pour attirer les forces de l’ordre qui ont, effectivement, couru sur les lieux, ce qui a donné lieu à de premières escarmouches, provisoirement sans suite.
Direction, Cité El Intilaka avant de revenir à la Cité Ettadhamen en milieu d’après-midi. Entre-temps, de graves incidents ont été enregistrés à Kairouan où des affrontements ont eu lieu entre forces de l’ordre et des citoyens d’après les correspondants sur place de la radio Sabra Fm. La tension était à son comble dans la capitale des Aghlabides.

On a fait mention de rassemblements salafistes à Ben Guerdane aussi. Avant que la situation ne se corse dans les deux grandes cités populaires Ettadhamen et El Intilaka où le bilan en pertes humaines est catastrophique. Bilan officiel selon Mohamed Ali Aroui, porte-parole officiel du ministère de l’Intérieur : 15 blessés parmi les forces de l’ordre dont trois graves. L’un d’eux est dans le coma et son état est jugé très préoccupant. Décès et blessés parmi les salafistes aussi.
Ce bilan risque de s’avérer plus lourd puisque les affrontements se poursuivent encore à la tombée de la nuit sans oublier le climat chaotique et les versions contradictoires alimentées par la multiplication des sources et la propagation des rumeurs.

En tout état de cause et quelle que soit l’issue des drames de ce dimanche, la situation sécuritaire et politique, a pris une nouvelle tournure avec de nouvelles donnes qui s’imposent à tous. A entendre les déclarations de certains salafistes et celles du porte-parole officiel de Hizb Ettahrir, Ridha Belhaj, on pourrait s’attendre à de nouvelles confrontations autrement plus dangereuses.
Ansar Al Chariâa et le Parti Ettahrir considèrent que le pouvoir a fait monter les surenchères en exagérant la situation pour pouvoir justifier ses interventions musclées. Ils vont même jusqu’à évoquer la théorie de complot pour en découdre d’une manière répressive avec eux, car l’octroi d’une autorisation à ce congrès aurait permis, selon eux, à son déroulement dans des conditions normales sans tension, comme cela s’est fait par le passé, et on aurait pu éviter le pire.
Dans le même ordre d’idées, Sadok Arfaoui, conseiller du ministre des Affaires religieuses assure, que même si la demande d’autorisation aurait été souhaitable, il aurait préféré que le ministère de l’Intérieur fasse la concession de permettre la tenue dudit congrès !
Idem pour Abderraouf Ayadi qui considère la gestion de ce dossier par le département de l’Intérieur comme étant mauvaise et préjudiciable pour la sécurité et la stabilité de la Tunisie.

Du côté du ministère de l’Intérieur, on affirme que les temps de laxisme sont révolus et qu’il faut faire respecter la loi par tous, afin de préserver l’autorité et le prestige de l’Etat à un moment où le pays s’apprêt à des échéances politiques cruciales avec l’organisation des prochaines élections impliquant une longue période de campagne électorale.

Or, justement, c’est ce laxisme observé du temps où Ali Laârayedh tenait les rênes au département de l’Intérieur qui est mis en cause, selon les analystes et les spécialistes de la question islamiste. Tout le monde se rappelles les gestions catastrophiques des incidents graves à l’ambassade américaine, la nuit dramatique à Sijoumi où le siège d’un tribunal a été forcé et incendié sans oublier l’Emirat « proclamé » à Sejnane, les multiples confrontations enregistrées à Jendouba et à Douar Hicher ainsi que les nombreuses découvertes de caches d’armes dont un redoutable arsenal d’armes comprenant même des roquettes RPG.
Mais à chaque fois, Ali Laârayedh minimisait les faits. Et ce qui est plus grave, c’est qu’après quelques temps, on n’entend plus parler desdits incidents et on ne nous dit rien sur les personnes arrêtées et sur leur appartenance. Il semble que même ces personnes arrêtées lors de l’attaque de l’ambassade US aient été relâchées peu après en toute discrétion.

Il faut dire qu’Ali Laârayedh était encouragé par les propos de son « maître » Rached Ghannouchi qui considère les salafistes comme étant des gens qui lui rappellent sa jeunesse et annoncent l’avènement d’une nouvelle culture. N’est-ce pas le leader d’Ennahdha, parti au pouvoir qui demandait à des jeunes salafistes de patienter, d’opter pour la politique des étapes car ni l’armée ni les forces de sécurités ne sont « garanties » et de se contenter, pour le moment, sur la prédication dans les mosquées et de militer au sein des associations ?!
N’est-ce pas le parti Ennahdha au pouvoir, suivi par le CPR, qui défendent, jusqu’au jour d’aujourd’hui bec et ongles, les tristes Ligues de protection de la révolution, devenues les champions en matière de violences contre les partis politiques et l’UGTT ?!

C’est dire que tout le mal viendrait du passage de M. Laârayedh au ministère de l’Intérieur où plusieurs scandales et autres pratiques ont été signalés dont notamment des nominations et des promotions douteuses sans parler d’histoires de « sécurité parallèle » et de comportements bizarres, ce qui a poussé l’actuel ministre de l’Intérieur à procéder à des mutations et autres limogeages dans les services de sécurité à l’aéroport international de Carthage et au sein de l’administration centrale.
Mais en cas de mauvaise gestion du dernier dossier des salafistes d’Ansar Al Chariâa, qui va-t-on blâmer ? Uniquement le ministre de l’Intérieur qui servirait, alors, de bouc émissaire ? Ou bien le gouvernement en entier et, en premier lieu, son chef Ali Laârayedh ?

Mais au fait, « où est le gouvernement ? » … Est-il logique et raisonnable de laisser le ministre de l’Intérieur livré à lui-même en cette conjoncture difficile et décisive pour le pays ? Est-il logique que le chef du gouvernement et de nombreux ministres ainsi que le chef d’état major des trois armées se permettent de s’absenter et de se rendre chez le « maître » qatari.
On aimerait bien que M. Laârayedh dise, avec la transparence la plus totale, les raisons qui l’ont poussé à accorder la priorité à ce voyage plutôt que de rester dans le pays en ces moments déterminants pour l’avenir du pays. Le peuple veut savoir s’il y a vraiment une raison majeure à ne pas faire reporter ce séjour. On a vu des chefs d’Etat qui vont jusqu’à interrompre un voyage à cause d’une situation interne préoccupante. Et c’était bien le cas en Tunisie.

Quant aux conséquences de cette journée sur le climat social et, surtout, sur l’avenir économique, touristique et celui des affaires dans le pays, on préfère ne pas y penser. Un véritable coup de massue !…

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *