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Prostitution, ou l’autre combat des Tunisiennes

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    Par Inès Oueslati

    Le choix de ce sujet m’a été inspiré par un de nos commentateurs qui, alors qu’il s’agissait de jihad ennikah, et nous taxant d’anti-islamistes, m’a mise au défi de consacrer de l’intérêt à la prostitution, faisant ainsi un parallèle entre les deux phénomènes.

    Après avoir évoqué Jihad Ennikah en Syrie, sujet depuis abordé sous toutes ses formes par bon nombre de médias, j’ai voulu m’intéresser à une pratique tout aussi équivoque : la prostitution ; un phénomène qui n’a pas investi les rues d’un pays ami, mais les nôtres. Un phénomène qu’illustrent tous les jours des jeunes filles fardées à outrance se dandinant dans les rues de Tunis.
    Alors que beaucoup se félicitent de la situation de la femme tunisienne et de ses acquis, que beaucoup félicitent son engagement et son talent, certaines de nos rues sont jalonnées dès la fin de la journée par des femmes que le besoin, dans bien des cas, a acculées vers le plus vieux des métiers du monde.
    Un métier éprouvant et rabaissant que des jeunes filles exercent, pour la plupart, sans en aviser ni parents ni entourages. Assimilé à de la débauche, ce métier est perçu par d’autres, tout simplement, comme une manière de gagner son pain.

    En Tunisie, comme dans beaucoup d’autres pays, la prostitution se rattache à des problématiques plus complexes, d’ordre économique, notamment.
    Le besoin est, incontestablement, un des premiers facteurs amenant des jeunes filles à offrir leur corps en échange d’une somme d’argent négociée à l’avance, tarifée conventionnellement. Le deuxième en est l’habitude quant à cette pratique, une habitude banalisante comme celle qui ne nous fait presque plus remarquer les jeunes filles en attente de clients dans plusieurs quartiers de la capitale.

    Le gouvernement représenté par son ministère gérant les affaires des Femmes ne semble pas accorder de l’importance à ce phénomène touchant particulièrement de jeunes Tunisiennes.
    Pas de mesure de réintégration pour ces filles qui se sont mises en marge de la misère, pas un moyen de les protéger des dérives qui les touchent souvent.
    Un laisser aller qui, au nom de la liberté, laisse faire ; une pratique devenue courante dans des domaines multiples.

    Des filles à la fleur de l’âge paient le prix de cette insouciance au moyen de leurs vies. Victimes de clients criminels, nombreuses d’entre elles ont été retrouvées mortes, jetées d’étages élevés d’immeubles cossus de nos villes. Plus d’un cas de ce type ont été enregistrés à Tunis et à Sousse impliquant des citoyens d’un pays voisin.
    En Tunisie, et cela n’est pas propre à notre pays, la prostitution touche plusieurs catégories (y compris les étudiantes) et revêt plusieurs aspects. En effet, hormis le fait d’offrir son corps contre une somme d’argent négociée à l’avance, il est des filles qui s’adonnent à cette pratique moyennant des présents, des sorties et d’autres cadeaux accessoires offrant un rythme de vie meilleur.
    La prostitution est un phénomène qui en engendre d’autres, à moyen et court termes, comme la propagation de certaines maladies, telles que l’hépatite et le sida et les nombreuses naissances sous x. Des laissés pour compte par milliers : livrées à des maladies que même l’Etat n’a plus le moyen de prendre en charge (hépatite C qui sévit dans notre pays) et mettant au monde des enfants dont beaucoup seront mis à l’écart dans cette société en apparence moderne et dont l’islamisation latente effraie, mais est tout de même en marche.

    La Tunisienne n’est pas le reflet fidèle de l’image idéalisée que l’opposition offre d’elle. Elle n’est pas le portrait dressé par les islamistes et les conservateurs au pouvoir de celle qui ne fait qu’acquiescer. Elle n’est pas que militante, artiste, engagée, enjouée. Elle est aussi blasée, désabusée, abusée.
    Il est plausible de faire une assimilation entre celles qui de nos femmes ont fait le choix de se couvrir entièrement et celle qui a opté pour un topless. L’une et l’autre action sont des réactions polarisantes à une société « bipolaire » où tant de contradictions cohabitent dans la pratique et dans l’attachement peu pratique aux préceptes « ancestralement » gardés.
    Il est plausible de faire une assimilation entre celles qui partent pratiquer le jihad par le sexe, sorte de combat pour une meilleure vie après la mort et celles qui combattent par le même moyen et au quotidien pour avoir une vie meilleure. Les unes et les autres offrent leurs corps à des inconnus : les premières avec une intention d’ordre spirituel et les deuxièmes pour des raisons plus prosaïques, mais parfois vitales.
    Notre société exporte de jeunes Tunisiennes en Syrie dans le cadre d’un certain don de soi, mais exporte aussi des Tunisiennes tout aussi jeunes à Dubaï et au Liban pour un don de soi tout autre.

    Elles retourneront toutes, si le retour leur est possible, abusées, désabusées… Beaucoup d’entre elles retourneront engrossées. La ministre de la Femme a prévu de les prendre en charge, de les réintégrer et de les encadrer. Une attention fort louable, mais dont ne bénéficieront pas toutes les Tunisiennes ayant offert leurs corps pour mieux vivre ou pour mieux mourir.

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