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Clientélisme et politique : Une Soumaya peut en cacher une autre

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    Par Sofiène Ben Hamida

    L’escroquerie aux visas dont des pèlerins tunisiens ont été victimes cette année a été riche en enseignements qui vont au-delà de la polémique, des accusations ou des invectives auxquelles se sont adonnés, sans aucune retenue à cette occasion, des personnes qu’on croyait dotées de plus de sagesse et de retenue. Elle confirme que la religion reste un marché juteux pour les commerçants honnêtes ou véreux, que le clan mafieux des Trabelsi au temps de l’ancien régime avait mis la main sur ce marché et monopolisé de force le business du pèlerinage pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la piété et que ce clan des Trabelsi a été rapidement remplacé, après la révolution, par des gens très proches du parti Ennahdha au pouvoir.

    Cette affaire d’escroquerie montre, d’un autre côté, qu’il est toujours préférable d’éviter l’amalgame, le mélange des genres et que la politique s’accommode mal avec les affaires, surtout quand elles sont louches. Les politiques doivent comprendre que leur poste ne leur permet pas d’accorder des facilités ou des largesses à leurs proches et aux membres de leurs familles. Ces derniers doivent savoir, de leur côté, qu’ils sont appelés à être exempts de tous soupçons, et que de toute façon, ils seront toujours à l’œil des médias et de l’opinion publique, précisément à cause de leurs liens de parenté avec des hommes ou des femmes politiques.
    Il semblerait, malheureusement, que nos hommes et femmes politiques sont encore très loin de cette exigence de droiture et d’intégrité et qu’au contraire, ils continuent à croire que leurs proches méritent leurs largesses avant les autres citoyens qu’ils ont la mission de servir.

    Sinon comment comprendre l’apparition du nom de Soumaya Jebali, la fille de Hamadi Jebali, ancien chef du gouvernement et actuel secrétaire général du parti Ennahdha au pouvoir, dans cette sombre affaire d’escroquerie aux visas dont des dizaines de pèlerins tunisiens ont été victimes cette année. Bien sûr que le papa Jebali a vite fait de voler au secours de sa fille. Bien sûr aussi que son avocat, cheikh Abdelfattah Mourou, meilleur avocat qu’homme politique il faut bien l’admettre, mette tous ses dons d’orateur pour nous convaincre que la petite Soumaya n’est pour rien dans cette affaire d’escroquerie. Selon lui, sa cliente a bien fondé avec des associés, en 2011, après la révolution, une agence de voyages, celle-là même qui est dans le viseur de la justice aujourd’hui dans cette affaire d’escroquerie aux visas, mais qu’elle avait cédé ses parts au début de cette année moyennant la coquette somme de soixante mile dinars. Cette démonstration devrait nous convaincre que Soumaya Jebali est une femme d’affaires exceptionnelle capable de créer une entreprise qui génère des dividendes à hauteur de soixante mille dinars pour un seul des associés de cette entreprise en moins de deux ans. Elle n’explique toutefois pas pourquoi elle a attendu, pour exercer ses incroyables talents, que le parti de son papa devienne, après la révolution, le parti dominant dans le pays.

    L’autre Soumaya, fille du président d’Ennahdha Rached Ghannouchi avait, elle aussi, défrayé la chronique il ya quelque temps par ses déclarations intempestives d’abord, mais aussi par son lien supposé avec l’importation, l’année dernière, de quantités de lait de la Turquie et des moutons de la Roumanie. Ces deux opérations avaient été un fiasco total, sur le plan commercial, et génératrices de moqueries et de boutades dans la rue. Personne, du coup, n’a cherché à creuser dans ces deux affaires.
    Mais la Soumaya Ghannouchi reste liée à une autre affaire, beaucoup plus grave, qui implique son mari Rafik, ancien ministre des Affaires étrangères, dans un gros dossier de malversations mis à jour après l’éclatement de l’affaire Sheratongate. Cette affaire montre que la famille, l’argent et la politique peuvent être les ingrédients d’un cocktail explosif et dévastateur, sous réserve d’une justice indépendante et équitable bien entendu.
    Ghannouchi aurait pu faire l’économie de beaucoup de critiques à son adresse, s’il n’avait pas tenu à placer son gendre au sein du gouvernement Jebali. Béji Caïd Essebsi risque fort d’être la cible des critiques les plus acerbes pour vouloir à tout prix placer son fils Hafedh à la tête des structures de Nidaa Tounes. Pour rappel, Bourguiba junior n’a pas réussi une grande carrière politique pour la simple raison qu’il était le fils de Bourguiba. Pourtant, il était, de loin, plus méritant que Hafedh et Rafik réunis.

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