Porsche a présenté en septembre dernier sa toute nouvelle Porsche Panamera de la seconde génération. Il n’y a pas qu’un restylage, il y a un moteur hybride qui vient s’implanter et bousculer toutes les (bonnes) idées jusque-là reçues sur la marque. Une Porsche silencieuse ? Après le 4×4 et la berline, la marque ose une nouvelle fois provoquer ses aficionados. Voici nos impressions après les essais réalisés sur les routes (bien authentiques, elles) de l’Ile de Ré au Nord de la France.

Dans ces beaux coins de l’Ile de Ré qui ont su garder leur authenticité et ce joli bruit des vagues de l’Atlantique, une Porsche vient bousculer le paysage. Les palettes de frein sont en vert fluo visibles de loin. Le même vert entourant le mot Panamera à l’arrière du véhicule. Ceux qui s’attendent à un vrombissement et au joli son classique du moteur d’une Porsche seront déchantés. La voiture bouge, certes, mais elle n’émet aucun son. On entendrait une mouche voler en plus du « bruit » des roues au contact avec la chaussée. C’est quoi cette chose hybride qui ressemble, visuellement, à une Porsche Panamera mais qui ne peut en être une, vu l’absence de sa principale caractéristique : son bruit de moteur ?

On nous dit que c’est une Porsche Panamera e-hybrid. Ces véhicules à la mode qu’on crée pour faire plaisir aux écolos et amoureux de la nature. C’est l’avenir parait-il. Il faut sauver la planète, il faut penser écolo. Ça fait chic au point que cela choque tout passionné qui se respecte. Peu importe les passionnés, la firme de Stuttgart pense d’abord à réduire ses émissions carbone et les lourdes taxes qui vont avec. Il y a, parait-il, une injonction européenne qui les pousse à cela. Ah ces fonctionnaires bruxellois qui ne comprennent rien au monde Porsche, à la passion automobile et n’ont jamais entendu parler de l’excitation générée par la mélodie d’une Porsche.
Ainsi donc, avec cette Panamera e-hybrid, on a droit à une Porsche qui ne fait pas de bruit et qui consomme 3,3 litres aux cent, contre 8,7 chez les S/4S. Pour faire plaisir aux écolos de Bruxelles, précisons que son taux d’émission est de 71g CO2/km.

Cette longue introduction-déception d’un modèle inaugurant une nouvelle ère chez Porsche, ne nous empêchera pas de voir de près la nouvelle Panamera à l’arrêt. La deuxième génération de la Panamera se distingue avec un nouveau dessin des phares avant et de nouveaux phares full/led. On remarquera ces prises d’air élargies et un bas de caisse avec un rebond nettement visible à l’extérieur. A l’arrière, ce sont de nouveaux blocs optiques visibles de loin. On ne s’y tromperait pas, on constate de suite que l’on est face à la « restylée » et elle est nettement plus belle que la précédente avec ces optiques. La lunette et le becquet sont plus larges et la plaque d’immatriculation est plus basse, nous précise-t-on chez Porsche France, au cas où on ne l’aurait pas remarqué. En effet, c’est tellement discret !
En longueur, la nouvelle Panamera gagne 4 centimètres pour atteindre les 5,01 mètres, mais tout le reste demeure inchangé (Hauteur : 1,4 ; largeur : 1,93 m et empattement de 2,92 m). Il y a un allongement de 150 millimètres pour la version Executive plus longue, fortement demandée aux USA et en Asie.
On monte et on retrouve tout l’univers Porsche avec sa console centrale traversante, la position assise basse et les 4 vraies places indépendantes de la Panamera.
Confort et sportivité vont de pair comme d’habitude, tout comme la perception de la très haute qualité des matériaux. Il n’y a donc aucune déception possible de ce côté. Mais on s’attend au pire au moment de tourner la clé de cette hybride.

Le moteur tourne et, comme déjà indiqué (on ne le redira jamais assez) on n’entend rien. Il faut jeter un coup d’œil sur son tableau de bord pour constater qu’il tourne et émettre la célèbre phrase : « Et pourtant, elle tourne ! ». On appuie sur le champignon et on s’étonne : « Tiens ! ça roule ! » Ca roule en effet et on entend le son du gravier sous les roues. On dirait un vélo ! En cet instant, le moteur consomme zéro litre de carburant et émet zéro carbone. Applaudissez les écolos !

On avance, on roule et on appuie doucement sur l’accélérateur. Tout doucement. Quand on est dans une e-hybrid, il ne faut pas brusquer le moteur, sous peine de consommer du carburant.
Et ça monte, ça monte : 50-60-70-80-90-100-110-120. On est à 120 kilomètres heure et le moteur est toujours silencieux et la consommation toujours nulle. On peut aller jusqu’à 135 km/h en mode électrique et jusqu’à 165 kilomètres/heure en mode croisière. Nous avons vérifié la première donnée, mais la seconde est intenable. On craque bien avant.

Combien de kilomètres peut-on rouler en mode zéro consommation et à cette vitesse ? Théoriquement, jusqu’à 36 kilomètres, nous jure-t-on du côté de Porsche France. Concrètement, et d’après différents essais (les nôtres et ceux des confrères nous accompagnant à l’Ile de Ré), une vingtaine de kilomètres seulement sont possibles en conduite ordinaire. Les 36 kilomètres évoqués par les plaquettes commerciales ne seraient que dans un monde parfait et dans des conditions optimales.
Ce qui est palpitant dans cet essai d’une électrique, c’est le tableau de bord totalement modifié pour les besoins de la cause. Les écolos trouveront sans aucun doute leur bonheur. Adieu le tachymètre à aiguille, à son emplacement il y a un aperçu du fonctionnement du moteur électrique et des indicateurs sur sa sollicitation. Le nombre de kilomètres et le temps possibles pour rouler à zéro consommation, la consommation moyenne et un tas de données en vert : Etat de charge de la batterie, indicateur des flux énergétiques, etc. C’est clair, c’est évident, ça saute aux yeux, cette Porsche n’est pas une Porsche. Il y a trop de contradictions. Un passionné, un véritable amoureux de la marque va finir par craquer.
On craque et on appuie sur le champignon. Le besoin d’entendre le son du moteur et ses vibrations devient vital. Il y a 333 chevaux sous le capot auxquels s’ajoutent les 95 chevaux du moteur électrique. C’est indécent de ne pas les faire parler. Ça vrombit enfin. On passe du 0 à 100 en 5,5 secondes contre 4,8 pour le V6 bi-turbo des S/4S (données constructeur). Le bruit de la Porsche se fait enfin entendre et le frémissement se fait sentir. En passant du mode normal au mode sport, la sensation est plus accentuée. Mais en passant au mode sport+, c’est toute une symphonie qui vous met en extase (ou presque). Ouf ! On retrouve ses repères, on retrouve la Porsche. Rien à voir avec la 911, mais c’est une Porsche quand même. Depuis le temps qu’elle existe, on a fini par s’habituer à cette berline que l’on nomme Panamera.
Avec le temps, on devrait donc finir par s’habituer avec cette hybride et ses spécificités. Outre le bruit, il y a le fait qu’elle doit être chargée à la maison. Un peu comme si l’on chargeait son téléphone portable et sa tablette. De nouvelles habitudes s’installent. Tout un équipement est offert avec la Panamera e-hybrid et il faudrait un électricien pour venir l’installer chez vous. En attendant qu’il y ait des bornes et des stations service un peu partout. Ce sera plus pratique si vous avez une maison indépendante, quoique la borne de charge ne soit pas vraiment encombrante et qu’ il y ait des adaptateurs universels. Toujours est-il que la simplicité prime, on met sa voiture en charge avec une simple prise de courant, comme si l’on branchait son chargeur de téléphone.
Il faudrait 4 heures pour une charge complète à 10 ampères. 2h30 pour une charge rapide à 16 ampères. Cela ne consomme pas beaucoup d’électricité nous dit-on. C’est l’équivalent en France d’un euro. Finalement, tous ces sacrifices, tout ce concentré de technologies et un véhicule hors de prix (112.000 euros en France, plus de 400.000 dinars en Tunisie), le tout pour rouler 36 kilomètres (théoriques) avec un euro ! Il parait que ça fait le bonheur des écolos et des fonctionnaires de Bruxelles. Vous autres passionnés, poursuivez votre chemin, vous polluez l’atmosphère, cette e-hybrid n’est pas faite pour vous !










