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Le bon chef du gouvernement existe, mais on n’en veut pas !

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    Par Nizar BAHLOUL

    C’était prévisible, le calendrier initial relatif au dialogue national n’allait pas être respecté. Quand vous avez Ennahdha en face et le CPR dans les coulisses, vous ne pouvez pas choisir un chef du gouvernement en l’espace d’une semaine. Vous ne pouvez pas argumenter par le bon sens et l’intérêt supérieur du pays pour imposer les choix adéquats à la situation. Vous dialoguez pour choisir parmi ceux qu’on vous propose, sans même savoir comment les noms de ceux-là ont été présélectionnés. Et sans vous rendre compte, vous vous trouvez en train de surenchérir entre le mauvais et le moins mauvais. Dans le cas d’espèce, on est en train de choisir entre Ahmed Mestiri et Mohamed Ennaceur. Le premier est né en 1925 (88 ans) et le second en 1934 (79 ans). Deux éminentes personnalités qui ont énormément donné au pays par le passé, mais le scepticisme reste de mise sur ce qu’ils peuvent donner au présent. Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Oui, assurément, c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes. Mais dans le cas d’espèce, il est difficile de nous convaincre que ce sont MM. Ennaceur et Mestiri qui sont les meilleurs sur la place pour occuper le poste du chef du gouvernement en cette période critique.

    Il y a suffisamment de « jeunes » compétences capables de mener la Tunisie aux prochaines élections, en garantissant leur transparence. Des noms de quinquagénaires ont été cités lors des présélections et ces noms ont la possibilité de donner d’excellents signaux aux partenaires internationaux, sans qui rien ne pourra se faire en Tunisie. Ces mêmes noms ont la possibilité de rassurer les Tunisiens quant à leur avenir et quant à la poursuite du processus démocratique. Ces noms ont la possibilité de sauver la liberté d’expression et de garantir l’indépendance totale de la justice lors de cette période transitoire, et d’ici les élections.
    De qui s’agit-il ? Il y a au moins cinq noms qui sautent aux yeux, à savoir Mustapha Kamel Nabli, Chawki Tabib, Lotfi Ben Jeddou, Wided Bouchamaoui et Radhi Meddeb. Il y en a beaucoup plus, sans aucun doute, et il suffit d’aller les chercher.
    Et c’est là tout le problème ! Ces quinquagénaires sont tellement bons, ils répondent à tous les critères que doit remplir le chef du gouvernement d’un pays en transition que la troïka actuellement au pouvoir n’en veut pas. La raison ? Ils risquent (justement) de faire leur travail comme il se doit.
    Ils connaissent tellement les rouages qu’ils sont capables de freiner tout l’argent sale provenant de l’étranger et qui finance les partis. Ils connaissent les rouages de la justice et sont capables de faire cesser tout le manège qui y sied. Avec de pareilles compétences, et durant cette période de transition d’ici les élections, on ne verra pas de l’argent provenant du Qatar (ou d’ailleurs) et on ne verra pas de dossiers d’anciens ministres dormir dans les tiroirs. Avec de pareilles compétences, les LPR, Rafik Abdessalem, Sihem Badi, Samia Abbou et tous ceux qui échappent actuellement à la justice, auront à rendre des comptes.
    Avec ces compétences, on aura la garantie réelle que l’administration sera assainie des nominations partisanes et on sera assurés quant au bon déroulement des prochaines élections.
    Hommes politiques, hommes d’affaires et partis seront traités à pied d’égalité devant la loi, car il y a un homme fort (ou une femme forte) à la tête de l’exécutif. Un homme (ou une femme) capable de travailler 15 heures par jour et d’assainir tout le climat politique et social dans le pays.

    Or, durant cette période de la troïka, on a vu un certain nombre de ministres et de députés trainer des casseroles. Avec un chef du gouvernement faible ou avec des capacités moindres, les inféodés à la troïka dans la justice et l’administration continueront tranquillement leurs missions en attendant que leurs bienfaiteurs reviennent au pouvoir pour cinq ans. Ils feront d’ailleurs tout pour qu’ils reviennent. On entend déjà quelques uns se préparer pour le retour, avant même qu’ils ne soient partis.
    Si l’opposition était unie, et si elle se préoccupait de l’intérêt supérieur de la nation plutôt que de ses propres intérêts à court et moyen terme, elle aurait pu se mettre d’accord autour d’un seul et unique nom et l’imposer au dialogue. Si la personne en question est choisie en fonction de critères objectifs et de bon sens, le quartette (UGTT, UTICA, LTDH et Ordre des avocats) l’aurait soutenue immédiatement.
    Or, il se trouve que les partis de l’opposition étaient eux-mêmes divisés et chacun y allait avec sa liste de trois noms, sélectionnés sur la base de critères qui ne sont objectifs qu’aux yeux des membres d’un parti.
    Avant d’entrer au dialogue national, l’opposition (toute l’opposition) devait organiser un dialogue parallèle et fermé pour se mettre d’accord sur les critères, puis sur le choix.
    Or il se trouve que chacun ne joue que pour son propre camp et préfère les intérêts de son parti à ceux de la Tunisie.
    Face à cette division, il n’est plus étonnant que la troïka impose ses choix et réussisse à bloquer la situation. Et c’est tout à fait légitime. Si vous voulez le pouvoir, unissez-vous et venez l’arracher, je ne vais pas quitter mon fauteuil et vous l’offrir !
    Que cache et que veut la troïka à travers ce blocage ? S’assurer l’immunité et ne pas quitter le pouvoir. Pour réussir cet objectif, elle va amener peu à peu les participants au dialogue à son idée première, celle d’octobre 2011, gouvernement d’union nationale. Qu’on se partage le gâteau !

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