Par Nizar BAHLOUL
Gafsa, Siliana, Gabès, les manifestations populaires de colère ont été nombreuses la semaine dernière en Tunisie. C’est le peuple qui crie son ras-le-bol et, comme d’habitude, le gouvernement crie à la manipulation politique des partis et des syndicats.
Durant ces manifestations, on a incendié quelques locaux d’Ennahdha. Un des dignitaires et cadres du parti islamiste, Larbi Guesmi de son nom, était outré que l’on brûle leurs locaux et a diffusé une vidéo dans laquelle il crache toute sa haine (cliquer ici pour voir). Une vidéo qui aurait dû le mener droit devant le juge, dans un pays normal. Mais la Tunisie n’est plus un pays normal. Passons !
Sur le fond, ce Larbi Guesmi a raison. Les manifestations de colère et l’opposition politique ne doivent pas s’illustrer par des incendies des locaux du parti au pouvoir. Il faudrait éviter cette fâcheuse habitude. D’ailleurs, qui c’est qui nous l’a ramenée cette habitude d’incendier les locaux des partis ? Si mes souvenirs sont bons, la première fois c’était en 1991 à Bab Souika et il y avait mort d’homme. Le bureau incendié était celui du parti au pouvoir à l’époque et le responsable de l’incendie et de la mort d’homme était Ennahdha.
Le parti islamiste a enfanté un « partillon » du nom du CPR qui a appris, lui aussi, à attaquer les locaux des partis. Souvenez-vous, c’était il y a un an lorsqu’on a attaqué le local de Nidaa Tounes à Tataouine. Là aussi, il y avait mort d’homme. Lotfi Nagdh est tabassé jusqu’à la mort et a laissé derrière lui six petits orphelins.
Donc, Larbi Guesmi (le dignitaire d’Ennahdha) a raison d’avertir quant aux dangers des attaques des locaux de partis. Il s’y connaît bien en la matière. Cela étant, il exagère un peu avec cette vidéo très agressive et incitant à la haine. Après tout, comme l’a si bien dit son chef Rached Ghannouchi le 9 avril 2012, « il n’y a pas mort d’homme ! ».
L’agressivité de Larbi Guesmi interpelle. Ce type était en exil à l’étranger. Il a bénéficié de l’amnistie et il est rentré tranquillement au pays. Il n’a rendu de compte à personne, il est rentré et il a été catapulté membre du conseil de la choura d’Ennahdha. Si ça se trouve, il a été recruté dans l’administration publique, comme des milliers d’autres amnistiés. Avec cette vidéo, on découvre son vrai visage. Ce type occupe un poste de responsabilité dans le parti au pouvoir et on ne connaît rien de son historique. Aucun de ses anciens dossiers n’a filtré, on sait juste qu’il était « victime » de Ben Ali. Circulez, il n’y a rien d’autre à voir puisqu’on vous dit qu’il était en exil et qu’il était victime !
Les « victimes » de Ben Ali se comptent par milliers, il y a même ceux qui sont au sommet du pouvoir, mais on ne sait véritablement rien sur eux. Pourquoi sont-ils victimes ? Pourquoi ont-ils été emprisonnés ? Pourquoi ont-ils fui à l’étranger ? Que leur reprochait Ben Ali ?
Parmi ces victimes, il y a Meherzia Laâbidi, vice-présidente de l’Assemblée nationale constituante. Avant la révolution, la dame se présentait comme Française d’origine tunisienne et faisait tranquillement son business en France. Comme beaucoup d’immigrés (notamment parmi ceux qui veulent échapper au fisc), elle investissait son épargne en Tunisie. Elle achetait alors des terres en Tunisie (cliquer ici pour voir le lien à ce sujet) à des prix dérisoires. En quoi Meherzia Laâbidi était-elle victime de Ben Ali, à part l’atteinte à sa liberté d’expression, dont nous autres journalistes (aujourd’hui catalogués de mauves et de médias de la honte) souffrions nettement davantage qu’elle.
Il y a Noureddine Bhiri, ancien ministre de la Justice et actuel « co-président » du gouvernement qui n’a jamais subi un jour de prison. En quoi était-il victime M. Bhiri ?
Certains sont passés par la case prison d’une manière injuste et c’est indéniable. C’est le cas de Samir Dilou ou Mehdi Ben Gharbia, par exemple.
Mais d’autres ont passé des années de prison et ce n’était nullement injuste. Abdelkrim Harouni, par exemple, a demandé pardon après l’amnistie.
S’il y a des gens qui n’ont jamais été inquiétés et qu’il y a d’autres qui ont été condamnés, nonobstant les cas d’injustice et d’erreurs judiciaires, c’est qu’il y a forcément une raison. Et cette raison se trouve dans les dossiers de ces prisonniers ou exilés. Où sont-ils ces dossiers ?
Ne parlons pas des dossiers des anciens RCDistes, comme Azed Badi ou des anciens membres de la police politique, comme Samir Ben Amor, qui se sont métamorphosés en révolutionnaires.
Il y a beaucoup d’exemples qui suscitent l’interrogation et l’indignation. Comme ce Larbi Guesmi, il y a beaucoup de cas qui se présentent comme victimes, alors qu’ils ne l’ont jamais été. Si Ben Ali les poursuivait, c’est qu’il y a bien une raison et cette raison ne réside pas uniquement en la pourchasse aveugle des islamistes, autrement Bhiri et Laâbidi seraient passés par la case prison.
Pourquoi les Larbi Guesmi, Imed Daïmi, Sihem Badi, Slim Ben Hmidène, Manar Skandrani, Mohamed Ben Salem et des dizaines d’autres ont-ils pris le chemin de l’exil ? Pourquoi ne pouvaient-ils pas rentrer et investir en Tunisie, comme le faisait Meherzia Laâbidi ?
Ces gens ont des casseroles et ils tentent de les faire oublier en usant d’un verbiage révolutionnaire, parfois violent, souvent intimidant. Ils se « victimisent » et se mettent dans le même sac que les véritables victimes de Ben Ali, alors qu’ils ne sont pas aussi victimes que ça !
Par tous les moyens, ils veulent empêcher la concorde nationale. Par tous les moyens, ils cherchent la diversion pour nous faire désigner un ennemi unique à haïr ensemble.
Sihem Badi a dit la semaine dernière qu’elle ne se marierait jamais avec son violeur (cliquer ici pour lire l’article). Je serai tenté de lui dire qui a violé l’autre ? Ouvrons les véritables dossiers et faisons de véritables analyses pour voir qui a vraiment violé l’autre !
Faute de pouvoir ouvrir ces dossiers, et jusqu’à preuve du contraire, je pourrai éventuellement vous dire, madame, que la véritable raison de votre exil (vous, Larbi Guesmi and co) est que vous avez fait mal à la Tunisie hier, avant votre fuite, et aujourd’hui après votre amnistie. Je vous renvoie vers Bab Souika pour le viol d’hier et vous renvoie vers Tataouine et la famille Nagdh pour le viol d’aujourd’hui.
La conséquence du viol opéré par Badi and co est payée cash. L’agence Moody’s l’a donnée avec la dégradation de notre note souveraine à Ba3 (cliquer ici pour lire l’article). Mais sachez que les Tunisiens ne vous diront jamais ba3 (dans le sens mayna) et ils n’abandonneront jamais leur pays entre les mains de personnes qui n’ont pas rendu compte de leurs éventuels méfaits devant la justice et qui se cachent derrière l’amnistie et le « révolutionnisme » primaire !
N.B. : Cette chronique a été rédigée avant que Marzouki ne publie son livre noir. Je ne saurai être plus explicite qu’Ayoub Massoûdi, Sofiène Ben Hamida et Olfa Youssef, mais j’y reviendrai certainement après avoir achevé la lecture de ce pamphlet infâmant qui fait un pied-de-nez aux b.a.-ba de la justice et des Droits de l’Homme. Que nos lecteurs sachent cependant que ce livre ne bénéficie d’aucun crédit, bien qu’il n’ait cité ni Business News ni aucun membre de son équipe.










