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Tunisie – Samir Dilou : Avec la publication du livre noir, cette affaire a été perdue ! (Vidéo)

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    Une table ronde présidée par Samir Dilou, ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle, s’est tenue, ce samedi 7 décembre 2013, sur "Le rôle des archives et de la découverte de la vérité dans la justice transitionnelle ".

    Le ministre avoue que cet événement a été organisé à la suite de la publication du "Livre noir" par la présidence de la République, qui a été invitée mais qui a décliné cette invitation. Ainsi, il explique que la question est de savoir "comment construire une unité en se basant sur les différences des uns et des autres ?", "comment tourner la page du passé sans vengeance ni oubli ?", et surtout "comment se poser les bonnes questions pour avoir les bonnes réponses ?"
    M. Dilou souligne que le retard de la justice transitionnelle n’est pas un argument ou un prétexte pour que chaque institution de l’Etat fasse sa propre justice car le devoir de chacun est de protéger la vérité.
    Les experts, pour leur part, ont été unanimes sur ce sujet : les archives sont une propriété publique protégée par la loi avec des interdictions de diffusion et de consultation allant de 30 à 100 ans, sauf pour des exceptions prévues par la loi. Les documents les plus protégés sont ceux relatifs aux données personnelles notamment les états civils et les dossiers médicaux. Ils soulignent que ces archives doivent être étudiées dans leur contexte et en globalité et que les informations contenues ne représentent pas toute la vérité mais une partie, seulement, qui doit être complétée, notamment, par des témoignages et la version des personnes impliquées qui peuvent apporter d’autres éléments et preuves.
    Pour eux, le livre noir n’est pas un livre documentaire mais un règlement de comptes, soulignant que la direction des archives nationales n’a pas été consultée.

    Samir Dilou a souligné que cette conférence n’a pas été organisée pour défendre ceux qui ont été cités dans le livre, réagissant au plaidoyer d’un journaliste, de la chaîne de télévision Al-Moutawasset, qui ne comprenait pas pourquoi on parle de transgression de la loi et de protection de données personnelles, en traitant ceux qui sont dans la liste de personnes corrompues et devant être dénoncées expliquant que, dans ce cadre, «cette atteinte est la bienvenue !».
    M. Dilou a noté que le livre noir est marqué par des problèmes dans son contenu et, à l’inverse de ce que soutiennent plusieurs personnes, les faits qu’il relate ne sont pas précis. D’ailleurs, certains qui ont voulu le défendre l’ont enfoncé, car le livre n’a pas été écrit par des archivistes comme l’a prétendu un député, et si c’est le cas «ce serait une catastrophe» dans la mesure où les archivistes n’ont pas à décider. Donc, il est évident pour lui qu’une décision politique est derrière l’édition de ce livre.
    «Le plus grand tort de ce livre est qu’il est entaché d’une faute méthodologique », estime le ministre, notant que ce livre constitue un fait accompli inacceptable, car si chaque partie publiait son propre livre, le citoyen serait perdu et ne saurait plus qui croire. Pour lui, il faut mettre en place une instance qui sera choisie par l’ANC et composée par des victimes, des représentants de la société civile, des magistrats à la retraite, des représentants de diverses spécialités légales, etc.
    «Une arme qui n’est pas utilisée au bon moment et à bon escient sera comme un coup d’épée dans l’eau», conclut Samir Dilou ajoutant qu’«avec la publication de cette liste, cette affaire a été perdue car on n’a pas respecté la procédure et la loi».

    Autre point à noter, prenant part à cette conférence, la vice-présidente de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), Mehrezia Laâbidi, a souligné que le livre noir est un acte politique par excellence et que la présidence de la République savait pertinemment qu’elle transgressait la loi et a choisi de le faire et assumera la responsabilité de ces actes. Pour elle, la présidence a choisi de satisfaire la demande d’une partie du peuple qui veut connaitre la vérité. Mme Laâbidi  souligne que cette affaire a du bon car elle a permis de porter l’attention des médias et de l’opinion publique sur l’importance de l’adoption de la loi sur la justice transitionnelle.

    Imen Nouira

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