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Dialogue national : Trois enseignements pour un échec

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    Les prolongations jusqu’au 14 décembre courant, accordées par le quartet aux partis politiques pour se mettre d’accord sur une personne qui guidera le pays aux prochaines élections ne changeront rien au fait que le dialogue national a échoué. Le drame c’est qu’il a échoué avant même d’avoir commencé, tant les réunions qui ont eu lieu jusque-là s’apparentaient à des négociations partisanes et à un partage de butin plutôt qu’à un dialogue national.

    Toutefois, cet échec est riche en enseignements et étale les caractéristiques de notre paysage politique, un tableau peu reluisant qui a pourtant le mérite d’être clair.

    La première caractéristique équitablement partagée entre les partis politiques tunisiens est l’immoralité. Nul n’y échappe. Le déficit éthique de la scène politique tunisienne a été décrié depuis longtemps par les observateurs de cette scène. Les accords signés qui s’avèrent du pipeau, les déclarations qui sont reniées aussitôt, le double discours, le dénigrement des adversaires et l’invective sont autant de pratiques qui ont souillé le paysage politique et contribué à un désaveu populaire palpable de la classe politique.

    Le dialogue national n’a fait qu’exacerber cette tendance donc. Même si la démarche adoptée est discutable, consistant pour les partis politiques de présenter leurs candidats au poste de futur chef de gouvernement, les défendre et essayer de les imposer si possible, elle a eu le mérite de dévoiler l’immoralité de notre classe politique. Voilà des gens qui étaient chez eux, à qui on a sollicité la collaboration et l’aide, et qui se trouvent, par la suite, malmenés, dénigrés, attaqués jusqu’à dans leurs intimités, calomniés et hués.

    Les raisons ne manquent pas. Tantôt c’est la santé défaillante qui est mise en avant pour éliminer le candidat du camp adverse, tantôt c’est son inexpérience des affaires de l’Etat, son jeune âge ou le simple fait d’être le candidat de l’autre. Ce qui s’est passé avec la candidature de l’ancien ministre des Finances Jaloul Ayed est éloquent et honteux à la fois. On se demande, en effet, pourquoi ceux qui détiennent des informations sur l’implication de Ayed dans la corruption, se sont tus tout ce temps ? Pourquoi ils n’ont pas cherché à éliminer ce candidat dès le départ et ont attendu pour utiliser ce dossier, le sprint final, la dernière ligne droite pour utiliser ce dossier comme un joker ou un atout ultime ?

    La deuxième caractéristique de nos partis politiques est l’immaturité. Aussitôt l’échec du dialogue annoncé, les dirigeants de tous les partis confondus se sont attelés à convaincre l’opinion publique que leurs formations ont tout fait pour réussir le dialogue, le faire aboutir, et que la responsabilité de l’échec incombe aux autres.

    En clair nous ne sommes plus dans le politique, mais carrément dans le puéril. En effet cette logique de « ce n’est pas moi, c’est lui » sied aux gamins et non à des partis politiques et des « leaders » censés être responsables de leurs actes, mais aussi du présent et du devenir de leurs concitoyens.
    On s’attendait que les dirigeants politiques tunisiens sortent donc après l’échec de leurs négociations, pour nous proposer de nouvelles idées afin de contourner les difficultés rencontrées. Il aurait fallu qu’ils nous ouvrent de nouvelles perspectives, entretiennent l’espoir et le rêve.
    Il n’en fut rien et la classe politique tunisienne, sans distinction, a donné la preuve qu’elle est en deçà des attentes du peuple et des exigences de sa révolution.

    La troisième caractéristique découle de la précédente. Les partis politiques ont tous montré, en effet, une incapacité flagrante à gérer la crise. Mais leur plus grande incapacité se situe au niveau de l’impossibilité pour aucun d’entre eux de peser lourdement sur les rapports de force existants de telle manière à les changer définitivement en leur faveur.

    Aussi bien Ennahdha que les partis de l’opposition se trouvent aujourd’hui dans une position de déficit de sympathie et sont incapables de mobiliser la rue qui échappe affreusement aux uns et aux autres.

    C’est pourquoi, non seulement les partis tunisiens sont condamnés à s’entendre, à rechercher sans cesse un cadre de négociation, en attendant bien entendu de se comporter comme de véritables partis politiques. Mais pour cela, il faudrait attendre l’émergence d’une nouvelle classe politique.

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