114 élus du peuple à l’Assemblée nationale constituante ont signé une pétition en faveur d’Ahmed Mestiri comme futur chef du gouvernement. Tahar Hmila, élu sur la liste électorale du CPR, et désormais indépendant, a déclaré, gonflé de confiance, que le quartet doit se soumettre à la volonté de la majorité des députés à l’ANC.
Alors au diable le rôle d’initiateur et la mission de parrainage du dialogue national ! Le quartet n’est que médiateur entre les partis au pouvoir et ceux de l’opposition. Les 114 élus s’échinent à faire foi de leur pouvoir, à la légitimité controversée, en astreignant le quartet à accéder à leur requête : nommer Ahmed Mestiri au poste de chef du gouvernement. Encore un bras de fer à l’horizon !
Les députés signataires de la pétition ont bien l’air d’essayer de dire au quartet qu’il ne pèse rien. Combien même il s’enlise, depuis plusieurs semaines, à mordre la poussière pour attraper, enfin, un consensus entre les mains et en finir avec les tractations politiques qui font tourner le compteur des dégâts de tous bords. Et à l’opposition, puérile comme elle nous en a toujours habitués, de jouer au jeu du « non c’est toi qui en es responsable » avec les partis de la Troïka au pouvoir, plus particulièrement Ennahdha. Tahar Hmila, orant au nom des 114 signataires, était on ne peut plus clair, lorsqu’il s’est exprimé à ce propos sur les ondes de radio Shems FM, mardi 10 décembre. Le député indépendant n’a pas hésité à, quasiment, avilir le rôle de pondérateur du quartet, le réduisant ainsi à un simple intermédiaire entre deux adversaires.
Pourtant, Wided Bouchamaoui, présidente de l’UTICA un des parrains et initiateurs du dialogue national, avait rejeté, la veille, de manière irréfragable, la théorie selon laquelle le quartet abrègerait ses efforts à du simple arbitrage entre les partis au pouvoir et ceux de l’opposition. Houcine Abassi, secrétaire général de l’UGTT, l’autre parrain et initiateur, par ses airs et ses paroles revêches à bien des moments, a franchement sorti le grand jeu : la centrale syndicale est, excellemment, la locomotive du dialogue national mais aussi le dieu qui bénira le candidat consensuel à la primature. C’était bien le patron de l’UGTT qui a crié sa lassitude et son ras le bol, il y une semaine, en disant vouloir déclarer le trépas officiel du dialogue national. Un dialogue qui, de toute manière, était à l’agonie comme maintenu en vie par des artifices.
Et alors, l’on voit clairement, que l’UTICA et l’UGTT ont joué le premier rôle dans la scène du dialogue national, ils en tirent même les ficelles de par le pouvoir qui leur a été conféré. Comment les 114 députés, tout confiants, entendent-ils imposer leur choix aux deux centrales syndicale et patronale ? L’argumentaire du « nous sommes les représentants du peuple et donc les représentants de sa volonté » aura-t-il les effets escomptés à ce titre ? D’ailleurs, le fait que les 114 élus soient une représentation du seul pouvoir qu’ils disent « légitime » leur accorde-t-il le veto pour désigner le nom de la personne qui accèdera au siège du chef du gouvernement ?
Tahar Hmila a expliqué que le quartet n’aura d’autre choix que celui d’avaliser le nom d’Ahmed Mestiri et de le présenter par la suite au président de la République afin qu’il approuve la nomination du candidat à la primature. Quant à l’Assemblée nationale constituante, la question sera d’ordre formel et protocolaire, au regard de la pétition en faveur de Mestiri. Néanmoins, il y a un hic. Cette majorité composée de 114 députés, dont la majorité est formée par les élus d’Ennahdha, parti majoritaire à l’ANC, risque de s’effriter. Si une belle frange des 114 décide de retirer sa signature de la pétition, il va falloir refaire les calculs. Pas l’ombre d’un aléa ne plane, trop confiants et présomptueux les 114 pour rebrousser chemin, diriez-vous ? Plausible ! Toutefois, les élus d’Ennahdha ont déjà eu un précédent en la matière, ils ont eu à adopter une position commune et majoritaire concernant les amendements du règlement intérieur pour finir par se rétracter ensuite. Les règles du jeu d’Ennahdha sont ostensiblement définies : s’il y va de l’intérêt du parti, alors pas de recul devant une action quelconque pour en assurer la concrétisation. En d’autres mots, au moment où Ennahdha s’apercevra que son intérêt se place ailleurs que dans les lignes de cette pétition, il n’atermoiera pas pour l’honneur de l’engagement.
Samedi 14 décembre, date butoir de l’annonce de l’échec ou du succès officiel du dialogue national. Dans un cas comme dans l’autre, la Tunisie aura encore et encore perdu du temps, un temps fou à se déchirer pour des sièges au pouvoir. Nombreux sont ceux qui affichent un optimisme quasi insolent quant à un dénouement heureux pour ce samedi. Cependant, lorsque l’on sait que les 114 n’envisagent aucunement l’éventualité de voir candidater un autre nom que celui d’Ahmed Mestiri, et qu’ils entendent l’imposer de force ou de loi sinon Ali Laârayedh se maintiendra à son poste, devrait-on s’inquiéter d’une nouvelle suspension ?
Quoi qu’il en advienne, l’ANC devra se pencher exclusivement sur l’achèvement de la Constitution, soit le processus constitutionnel uniquement et laisser le processus gouvernemental au soin du quartette et des partis politiques. N’y a-t-il pas suffisamment de monde autour qui peine déjà à s’accorder sur un consensus pour que les 114 s’en mêlent et sèment à nouveau la pagaille ?










