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Le meilleur du pire de l’année 2013

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    Le moins que l’on puisse dire concernant l’année finissante est qu’elle a été mouvementée. Elle laissera à certains le souvenir amer d’une année de bouleversements et de tristesse, à d’autres le souvenir délicieux de comptes bancaires bien garnis. 2013 est une année charnière pour les bouleversements qu’elle a enfantés sur la scène tunisienne. Dans cet article, un florilège subjectif d’événements et de personnalités qui auront marqué de leur sceau cette année qu’on n’est, malheureusement, pas prêt de voir finir.

    – Le mot de l’année :
    Beaucoup de choses auront été dites durant cette année 2013 et pas des plus intelligentes. L’ultimatum posé par Maya Jeribi au gouvernement Laârayedh un certain 27 juillet restera dans les annales du courage politique tunisien. Elle avait donné au gouvernement 48 heures pour prendre des mesures. Evidemment, le gouvernement n’a rien fait. Le lapsus du président de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, Abdessattar Ben Moussa, à l’ouverture des travaux du dialogue national en disant «l’âne national » occupe une belle place dans les mémoires, au lieu de dire Hiwar (dialogue en arabe), il avait dit Himar (âne en arabe). Toutefois, la palme revient au champion toutes catégories. Parlant de l’éventuelle libération de Jabeur Mejri, Moncef Marzouki avait dit : « Il est maintenu en prison pour sa propre sécurité…j’attends la bonne fenêtre de lancement ». Imbattable…

    – Le geste de l’année :
    Incontestablement, le geste de l’année est le signe de « Rabâa Adawiya ». Un geste de la main où on montre 4 doigts. C’est un signe inventé par les islamistes pour manifester leur soutien aux victimes de la tuerie de la place « Rabâa Adawiya » en Egypte. Jusque là tout va bien. Ce signe a été, par la suite, importé en Tunisie, et mélangé à toutes les sauces. C’est devenu progressivement un signe de ralliement, un signe de reconnaissance entre les membres d’une secte. On notera qu’aucune photo de Rached Ghannouchi faisant ce signe n’existe.

    – L’association de l’année :
    La concurrence a été rude pour désigner l’association de l’année. La naissance de plusieurs associations et la pression qu’a pu exercer la société civile dans le microcosme tunisien sont l’une des rares bonnes nouvelles de cette année. L’association créée par Yassine Ayari sous la dénomination « Sawaed » a fait une entrée remarquée sur la scène, mais pas pour les bonnes raisons. L’association de l’année 2013 est « Al Bawsala » pour son travail en faveur de la transparence dans les travaux de l’ANC. Ce sacre est mérité pour la patience des personnes qui suivent les travaux de nos élus, il leur en a fallu.

    – La révélation de l’année :
    La révélation de l’année 2013 nous vient du secteur médiatique. Le 17 décembre 2013 a vu la naissance d’une nouvelle chaîne de télévision dénommée Telvza TV. La particularité de cette chaîne est d’avoir un montage financier innovant car ce sont les journalistes qui sont actionnaires de l’entreprise en compagnie de certains hommes d’affaires et de participations privées. Toutefois, la révélation de l’année est le site satirique Lerpesse.com. Un travail tellement bien fait qu’il a fallu un certain temps à certains médias pour réaliser la vocation moqueuse de ce journal. Une bouffée d’oxygène dans un paysage conformiste.

    – La mauvaise nouvelle de l’année :

    Dieu sait qu’on en a eu des mauvaises nouvelles cette année. Paradoxalement, le choix de la plus mauvaise nouvelle de l’année 2013 s’est imposé de lui-même. Le meurtre de Chokri Belaïd le 6 février 2013 est la nouvelle qui a laissé la Tunisie abasourdie et choquée. Le meurtre de cet opposant politique a ouvert la voie à un second meurtre, celui de Mohamed Brahmi le 25 juillet de la même – funeste- année. Chokri Belaïd, son franc-parler, sa proximité avec la classe populaire et son éloquence manquent terriblement à la scène politique tunisienne.

    – Le ministre de l’année :
    En voilà un titre disputé ! Entre un Rafik Abdessalem qui parlait de « cadavres en état de mort » dans le JT de la Wataniya et un Abdellatif Abid qui mène une croisade contre le Harlem Shake à coups d’interviews dans des cafés, le choix n’a pas été facile. Pourtant, les ministres issus du CPR ont cette touche qui les fait surpasser tous leurs collègues. Slim Ben Hemidène qui s’informe sur Facebook, Abdelwahab Maâter qui a dit que les élus européens considéraient encore la Tunisie comme une colonie, sont des concurrents sérieux. Toutefois, ils sont largement battus par Sihem Badi ! Sa poésie, sa finesse et son fameux « je ne me marierais pas avec mon violeur » resteront dans toutes les mémoires.

    – La femme de l’année :
    Cette année aura vu plusieurs femmes rendues veuves par les bras du terrorisme. Une pensée émue est particulièrement adressée aux femmes, aux mères et aux sœurs des soldats qui ont donné leur vie dans cette guerre contre le terrorisme au mont Chaâmbi et ailleurs. Une pensée également à Basma Khalfaoui, veuve de Chokri Belaïd, et à Mbarka Brahmi, veuve de Mohamed Brahmi. D’authentiques héroïnes. Pour apporter une touche d’optimisme, la femme de l’année 2013 est Wided Bouchamaoui, présidente de l’UTICA. Elégante, forte et égale à elle-même en toutes circonstances, elle aura participé au lancement et à l’aboutissement du dialogue national censé sortir le pays de la crise. Maîtrisant parfaitement le discours et versant dans l’action plutôt que dans les palabres, elle aurait de grandes leçons à donner à nos politiciens, surtout aux opposants d’entre eux.

    – L’homme de l’année :

    L’homme de l’année 2013 ne peut être un politique vu la situation catastrophique de la Tunisie de ce côté-là. Dans la morosité ambiante, le seul domaine qui a connu une croissance en Tunisie en cette année 2013 est celui du terrorisme. L’homme de l’année 2013 est le jeune garçon qui s’est fait exploser sur une plage de Sousse exécutant cruellement des parasols et des chaises longues. Plus sérieusement, ce terroriste en herbe aura eu le mérite de nous mettre devant nous-mêmes. Le fait qu’un jeune d’une vingtaine d’années s’engage dans un tel acte est symptôme de la faillite culturelle, éducationnelle et sociale de notre pays. L’important n’est pas de savoir s’il a fait des victimes ou si on l’a fait sauter à son insu, l’important est de savoir pourquoi ce garçon était-il si désespéré.

    Marouen Achouri

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