Par Synda TAJINE
« Les Arabes, tous de la merde » me lance une vieille dame en me bousculant dans le métro parisien lors d\’un séjour dans la capitale française. « N’y faites pas attention, c’est une folle », me rassure ma voisine. Et pourtant, les Français ne sont pas tous fous…
Dans cette ville historique où une culture à profusion est accessible à chaque coin de rue, à chaque bout de trottoir et où le simple fait de traverser la rue lorsque le petit bonhomme est rouge fait de vous un hors la loi, la Tunisie est suivie de très près. Dans les stations de bus, devant les œuvres d’art étrusque du musée du Louvre ou en vous servant une fumeuse raclette savoyarde, on me pose la même question : « Alors ? La Tunisie ? ». Du vendeur de livres anciens, au chauffeur de taxi marocain, ou encore, au serveur du bistrot très parisien du Vème, la question reste la même : « Comment va ce pays ? ».
La Tunisie est en première page des journaux français, au-dessous des photos glorieuses de Valérie Trierweiler, en ex-première dame essayant de tirer sa révérence avec grâce. La Constitution finalisée, un nouveau gouvernement nommé, tout est beau en Tunisie en ce moment, peut-on presque laisser échapper. Tant que la Constitution n’est pas (explicitement) basée sur la Chariâa, que l’Islam n’est pas source de droit, que l’égalité entre l’homme et la femme est constitutionnalisée et que les islamistes sont « out » (du gouvernement), il fait beau en Tunisie…le soleil en prime. Force est de reconnaitre que sous la pluie parisienne, avec les 3 degrés de janvier, les Français ont quelque peu la vision embrumée.
Alors que la Tunisie avait célébré hier, vendredi 7 février, l’adoption officielle de sa Constitution, les grands titres des journaux se sont empressés d’afficher : « L’espoir renaît en Tunisie », ou pire encore, « Le miracle tunisien ». « La Loi Fondamentale institue l’Islam comme religion officielle de l’Etat mais garantit la liberté de croyance et promeut l’égalité entre les sexes », peut-on lire dans l’édition datée d’aujourd’hui du journal « Le Monde ».
Dans son discours, ponctué par des envolées lyriques rendant hommage à la démocratie naissante en Tunisie, François Hollande, seul chef d’Etat européen à avoir pris part aux festivités, affirme : « La Tunisie est l\’espoir du monde arabe ». Et pourtant, ceci ne l’a pas empêché d’annuler sa conférence de presse conjointe avec la présidence tunisienne pour se rendre à un spectacle d’improvisation théâtrale à Paris. Mauvaise organisation de la présidence tunisienne diront certains, priorités d’une présidence qui « a mieux à faire », n’hésiteront pas à penser d’autres.
François Hollande n’hésitera pas à noter dans ce discours que « L’Islam est compatible avec la démocratie », en insistant sur le consensus réalisé en Tunisie et en omettant presque que les discours mêlant religieux et politique ne sont plus à l’honneur en France depuis plus d’un siècle.
Mais aucune comparaison n’a lieu d’être entre les deux pays. La Tunisie, « oui, ce peuple on peut l’appeler une nation », nous gratifie Jean Daniel dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. « C’est vrai que les négociations ont été inutilement longues, et parfois artificielles. C’est vrai qu’à tout moment on a redouté qu’elles n’échouent. Mais, à notre tour, ne soyons pas ridiculement exigeants », lit-on encore dans ce même éditorial.
Et pourtant, les Tunisiens ont le droit d’être exigeants, d’espérer une réelle démocratie, fidèle aux principes universels. Une démocratie qui ressemble à celle des « grandes nations ».
En Tunisie, « berceau du Printemps Arabe », comme on s’amuse à la qualifier, le sort n’est pas encore scellé. Une armada de mesures attend le gouvernement Jomâa, fraichement élu et accueilli dans l’espoir. La révision des nominations partisanes, l’organisation d’élections libres, la lutte contre la violence et le terrorisme, la relance de l’économie, et bien d’autres encore. La Constitution tunisienne, dans son pays, est loin de faire l’unanimité et plein d’articles sont sujets à controverse.
Alors que la société civile et certaines formations politiques dites « démocrates » luttent pour que la Constitution tunisienne obéisse aux standards internationaux et soit le plus fidèle possible aux lois et principes universels, la Tunisie mène son petit bout de chemin et essaye de suivre la même voie (parsemée d’embûches) que les plus grandes nations…malgré le retard…










