Nos relations avec la Turquie n’ont pas cessé d’évoluer depuis la révolution, notamment après l’arrivée d’Ennahdha au pouvoir. D’ailleurs, dans une volonté intensifier la coopération entre les deux pays, Rached Ghannouchi, leader d’Ennahdha, s’est rendu en Turquie à maintes reprises et le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, est également venu en Tunisie. A cet effet, un forum d’affaires tuniso-turc a été organisé en juin 2013. D’autre part, et pour intensifier encore plus les relations et les échanges culturels entre les deux pays, l’enseignement de la langue turque au secondaire a été décidé par la Troïka et vient d’être officialisé au JORT le 14 mars 2014. Mais, qu’en est-il vraiment de nos relations avec la Turquie ?
Entre 2010 et 2012, les importations tunisiennes en provenance de la Turquie ont évolué de 904,676 MD à 1.204,731 MD alors que les exportations vers le même pays ont baissé passant de 306,639 MD à 200,637 MD, selon les chiffres publiés par l’INS et arrêtés au 31/12/2012. Ainsi, en 2010, nos importations, en provenance de ce pays, étaient trois fois inférieures à nos exportations. En 2012, elles ont été six fois moins importantes. Le déficit commercial a presque doublé, passant de -598,037 MD à -1.004,094 MD. Ainsi, le mémorandum d’entente entre les deux pays portant sur "une coopération dans le domaine des zones de libre-échange", conclu en janvier 2012, a nettement profité à la Turquie, sachant que depuis la révolution la Tunisie rencontre d’énormes problèmes financiers et qu’elle doit maitriser ses dépenses et notamment ses importations. D’ailleurs, fin avril 2014, la Banque centrale de Tunisie a annoncé un nouveau recul du niveau des avoirs nets en devises qui sont revenus à l’équivalent de 97 jours d’importation contre 102 jours à la même date en 2013.
Alors qu’importons-nous de la Turquie ?
En visualisant le détail des opérations, on note que l’importation de certains produits a littéralement explosé, notamment, les sucreries, le chocolat, le parfum, les savons, la friperie et les jouets, ce qui représente des millions de dinars.
Ainsi, alors qu’en 2010, on n’importait pas de viandes, en 2012 on en a importé pour une valeur de 3,767 MD. Il en est de même pour le lait, le beurre, le fromage, les œufs et le miel qui passent de 0 à 0,487 MD, pour cette même période. Pour les poissons, crustacés et mollusques, les importations sont passées de 0,052 MD à 5,516 MD. Les importations en sucreries, cacao et ses préparations ont plus que doublé passant de 2,907 MD à 6,284 MD. Celles des huiles essentielles, parfumerie, savons et produits d’entretien sont passées de 3,945 MD à 6,369 MD. Pour leur part, les importations en caoutchouc et matières plastiques passent de 27,991 MD à 53,939 MD alors que les bois, ses ouvrages, les meubles, etc. évoluent de 2,647 MD à 5,572 MD. Coté vêtements, étoffes et chaussures, les importations de la Tunisie ont progressé de 193,925 MD à 256,331 MD, dont 8,987 MD en autres articles confectionnés et friperie (contre 2,075 MD). Les importations de jouets, jeux et articles de sports sont passés de 0,269 MD à 4.463 MD.
On notera, dans ce même contexte, les hausses des importations en aluminium et ouvrages 7,957 MD (contre 3,022 MD), en engrais 20,879 MD (contre 0,939 MD) et en boissons alcoolisées et vinaigre 0,14 MD (contre 0,021 MD).
Certaines entreprises turques auraient, également, bénéficié de marchés publics, de gré à gré, vu qu’il n’y a aucune transparence concernant les appels d’offres engagés. Parmi les exemples, on peut citer celui de la SNTRI avec une cinquantaine de bus et minibus commandée à une entreprise turque sous le règne de Abdelkrim Harouni, ancien ministre du Transport, moyennant un investissement de 14,559 MD et qui sera livrée entre 2013 et 2014.
Concernant les investissements étrangers turcs en Tunisie, la participation turque demeure modeste : des investissements faibles et négligeables par rapport à ces investissements de part le monde, selon l’aveu même de la FIPA qui recense jusqu’à la fin 2013, 257,97 MD (le plus important étant la TAV avec 249,9 MD et 530 emplois). On notera, aussi, qu’un projet à Ennahli en partenariat avec le groupe turc Ostim a été annoncé, mais que rien de concret n’a été réalisé pour le moment.
En outre, la Turquie a mis en place une ligne de crédit d’une valeur de 400 millions de dollars remboursable sur une période allant jusqu’à 10 ans avec des taux d’intérêt d’environ 1,5% et un don de 100 millions de dollars.
Bien que des évolutions ont été enregistrées dans nos relations avec la Turquie, cette coopération reste en deçà des aspirations tunisiennes, notamment en cette période difficile.










