Marouen Achouri
L’Egypte est une grande nation. De par son histoire, son apport à l’humanité et son importance passée, présente et future. Ces réalités mises à part, l’Egypte est aussi un pays où les droits de la femme et le respect qui lui est dû sont souvent piétinés. Dernier fait divers en date, le viol collectif d’une jeune femme de 19 ans à la place Tahrir en célébration de la victoire d’Al Sissi aux élections.
Plusieurs "hommes" ou plutôt mâles se sont déchainés sur une jeune fille à la place Tahrir en l’agressant sexuellement. Pratique désormais courante au pays des pharaons. Pendant la révolution, une journaliste avait été violée de la même manière. Enfouies au milieu de milliers de personnes, les jeunes filles ciblées n’avaient aucune chance de s’en sortir.
Dans la majorité des cas, l’horreur d’un crime n’est dépassée que par sa justification. Certains médias égyptiens ont révélé que l’un des accusés avait déclaré : "J’ai vu de la chair donc j’ai pris mon dû". Rien que ça! Ce type de discours dépasse l’entendement et montre de façon crue et affligeante à quel point la notion de respect de la femme est inexistante dans ce type d’esprit tordu.
Précision importante, le crime a été filmé, ce qui a permis aux autorités de mettre la main rapidement sur les violeurs. Dans une cohue totale, on voit le corps meurtri de la jeune fille, totalement nue, entourée de centaines de mâles en furie. Les policiers qui sont intervenus à coups de tirs de balles en l’air, ont eu tout le mal du monde à extirper cette jeune fille de la meute qui l’entourait.
Cette affaire a évidemment suscité un tollé en Egypte. Fort heureusement, tous les Egyptiens ne sont pas comme les énergumènes qui ont commis ce crime. Pourtant, une journaliste commentant cette affaire à la télévision a dit que les auteurs de ce crime étaient "juste contents". On ne peut que lui souhaiter beaucoup de bonheur si être "content" conduit à ce type de comportement. Traiter ces gens là d’animaux serait une insulte au règne animal. Aucune autre espèce que celle de l’humain n’est capable de commettre de telles atrocités.
Le président fraichement élu, Abdelfattah Al Sissi, est allé voir la jeune fille agressée à l’hôpital accompagné de ses sbires et d’un bouquet de fleurs. Il aura au moins eu la délicatesse de lui présenter des excuses.
Ceci étant dit, il ne faudrait pas tomber dans le larmoyant et se laisser aller à donner des leçons, les Tunisiens étant passés maitres en la matière. Il est vrai qu’en Tunisie, on ne risque pas de voir un viol collectif de la sorte (croisons les doigts!). Mais ceci n’empêche pas que la femme soit systématiquement agressée dans notre pays.
Demandez aux femmes et aux jeunes filles qui vous entourent, laquelle ne s’est jamais faite siffler dans la rue? Laquelle n’a jamais été traitée de pute gratuitement? Combien se sont faites tripoter dans le métro ou dans le bus? Il est incontestable que notre société aussi pâtit de ce phénomène. Quand on soulève ce genre de problématique, on brandit illico le fameux Code du Statut personnel. On l’utilise pour dire que contrairement à d’autres pays, nous avons l’arsenal juridique nécessaire pour protéger les femmes et leurs droits. Ils sont inconscients que ce n’est qu’une honte de plus ! On devrait avoir honte que nos femmes soient traitées de la sorte malgré l’existence du CSP qui, soit dit en passant, aurait besoin d’un bon lifting.
Aussi affligeant et aussi révoltant que peut être ce qui s’est passé en Egypte, on devrait d’abord nettoyer devant notre porte. Avant de nous poser en champions arabes de la protection des droits des femmes, on devrait se demander pourquoi ces dernières ne peuvent pas se promener tranquillement dans nos rues. En nous indignant devant ce viol immonde, on devrait se rappeler que chez nous, ce sont des flics qui l’ont fait.
La situation des femmes est l’un des indicateurs qui révèlent à quel point une société est civilisée et mûre. A l’aune de ce critère, on peut dire, sans risque de se tromper, que nous sommes très loin du minimum, Egyptiens et Tunisiens que nous sommes.










