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La révolution n’y est pour rien !

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    Par Marouen Achouri

    Le Tunisien est passé maître dans l’art de se défausser de ses responsabilités. Ce n’est jamais de sa faute, c’est toujours celle des autres, des circonstances, de la chance et autres. Depuis quatre ans, et pour continuer dans cette caractéristique si peu flatteuse, le Tunisien a trouvé un excellent bouc émissaire : la révolution !
    Des grèves ? C’est la faute de la révolution. Des manifestations pour tout et rien ? De la faute de la révolution. Des routes en mauvais état, des ordures qui s’accumulent dans les rues, des discours politiques qui ne plaisent pas, des meurtres, le terrorisme…Maudite révolution !

    Pourtant, à bien y regarder, la révolution n’y est pour rien. Nous sommes comme ça et ça nous fait mal de le voir aussi clairement. Donc, on cherche un responsable, quelque chose qui nous permettra de dormir tranquille et de nous dire : Ce n’est pas de notre faute, nous on est bien, on est parfaits. Bien évidemment, quand on demande à quelqu’un de dresser un bilan de quatre ans depuis la révolution, le constat est alarmant. La révolution n’a apporté que le chaos, la difficulté et la peur.
    Par contre, la révolution aura permis à certains de se découvrir un courage à toute épreuve. Un courage qui leur permet de critiquer à tout va, sans être conscients que c’est justement cette révolution qui leur permet de s’exprimer.

    On n’a pas encore procédé à notre propre autocritique depuis la révolution. On a passé quatre ans à tergiverser, à s’entredéchirer aussi bien au niveau politique que social. A aucun moment nous ne nous sommes concentrés sur la nécessité d’exorciser un certain passé. En guise d’exemple, on ne sait toujours pas, avec précision, ce qui s’est réellement passé le 14 janvier 2011. Est-ce le fait de la lâcheté ou y a-t-il d’autres motifs derrière cela ? Etait-ce une obligation ou une négligence ?

    Pour l’instant, on continue à mettre nos travers et nos défauts sur le dos de la révolution. On l’accuse de tous les torts et de tous les maux et on ne veut pas se regarder franchement dans un miroir. D’ailleurs, certains déclarent allégrement que cette révolution n’aurait pas dû avoir lieu, qu’elle a apporté plus de tort qu’autre chose.

    Le paroxysme de cette situation concerne les martyrs et les blessés de la révolution. Les verdicts dans les affaires de ces meurtres ont été, pour le moins, insuffisants. Ensuite, le traitement que leur ont réservé les différents gouvernements est simplement honteux. Mais tout ça n’est qu’une conséquence du traitement social de cette affaire. Les martyrs et les blessés sont des voleurs, des brigands, des parias qui ont profité du chaos pour dévaliser les boutiques. C’est vrai qu’il y en a eu, mais il n’y avait pas que ça. Mais dans notre courage collectif on préfère se dire que c’était tous des coupables plutôt que de se dire qu’il serait injuste que de vrais martyrs se fassent traiter de voleurs. Evidemment, c’est plus simple et ça permet de dormir tranquille la nuit.

    La révolution a eu un mérite incontestable, celui d’avoir levé le voile sur notre hypocrisie et sur notre manque de courage vis-à-vis de nos problèmes et de nos travers. Seulement, certains d’entre nous auraient préféré garder ce voile pour ne pas voir. D’autres sont même allés plus loin en rendant la révolution responsable de ses travers.

    Avec la révolution, des centaines de personnes ont exprimé leur mal-être, leur malaise, leur colère. Ils l’ont fait de manière si bruyante, si gênante, que certains veulent même leur interdire le droit de crier. Ces cris dérangent leur sommeil et perturbent leur petit confort.

    Cette révolution aura permis à tous de s’exprimer, même si parfois cela se fait de manière maladroite. Cette révolution est une chance dans le sens où elle pourrait nous permettre d’exorciser nos peurs les plus profondes et de nous confronter à nos plus vils défauts. Encore faut-il vouloir les voir. Encore faut-il en avoir le courage nécessaire.

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