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Des musulmans ou de Valls, qui devrait avoir le plus honte ?

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    Par Sami MAHBOULI*

    Le dernier discours de Manuel Valls à l’Assemblée nationale a beaucoup plu à certains; pour preuve, la « standing ovation » auquel il a eu droit et les torrents de louanges qui l’ont suivis. Pourtant, tout n’y fut pas du meilleur goût et, en particulier, cette phrase éminemment critiquable : « Je ne veux plus que des musulmans aient honte ».

    Autrement dit, si je comprends bien le Premier ministre français, après la tuerie de ces derniers jours, les musulmans sont honteux ou, du moins, devraient l’être. Il faudrait que Valls m’explique pourquoi les millions de musulmans de France et, accessoirement, le milliard et demi du reste du monde devraient ressentir la moindre honte face à cet échec sécuritaire hexagonal et à la faillite de la politique d’intégration du gouvernement français.

    Ce n’est tout même pas la faute de ses compatriotes de confession musulmane si la police de Monsieur Valls a été incapable de barrer la route à trois individus suspectés depuis belle lurette de menées terroristes. Ce n’est toujours pas de leur faute si cette même police n’a pas tenu compte des alertes fournies par les autorités américaines au sujet de ces individus et notamment l’interdiction qui leur a été faite d’emprunter des avions en direction des Etats-Unis. Ce n’est pas encore de leur faute si un journal comme Charlie Hebdo, menacé depuis des années par des extrémistes, ne bénéficiait pas d’une protection policière sérieuse. Ce n’est pas parce qu’une poignée de fous détournent l’Islam à des fins criminelles, que les millions de musulmans de France doivent se sentir coupables.

    Plus généralement, faut-il imputer aux musulmans de France, la faillite des politiques d’intégration menées en France depuis les années 60 ? Si un trop grand nombre de Français issus de l’immigration se sentent marginalisés et deviennent, parfois, des proies faciles pour des recruteurs au Jihad, la responsabilité en incombe, essentiellement, aux incapables qui se sont succédé à la tête des ministères concernés par ce dossier. Quoi qu’en pense Manuel Valls, la France paye, aujourd’hui, la facture sanglante de décennies d’incurie et d’incompétence en matière d’intégration des populations d’origine maghrébine. Et c’est les musulmans de France qui devraient en avoir honte ?

    Il est facile de se défausser sur des millions de citoyens pacifiques et laborieux qui, depuis des décennies, s’efforcent de s’intégrer à une nation qui peine à les accepter. Il est scandaleux de faire croire qu’ils ont aujourd’hui des raisons d’avoir honte alors que ceux qui devraient aujourd’hui rougir sont cette armée de Gribouille en charge des affaires de l’Etat français qui n’ont su ni prévoir ni prévenir le carnage auquel nous avons assisté. Vous me direz que dans un pays où un pseudo-intellectuel comme « Adolf » Zemmour peut, sans encourir le moindre reproche, envisager la déportation de masse des citoyens français de confession musulmane plus rien ne peut nous surprendre.

    Vous-même, Monsieur Valls, quand un français d’origine espagnole commet un crime ou un acte terroriste en France, vous ne craignez pas que la honte rejaillisse sur la communauté espagnole à laquelle vous appartenez. Quand les terroristes basques commettent leurs crimes en France, personne de sensé ne songe à accabler les Français d’origine espagnole. Ce qui vaut pour les Espagnols vaut également pour les Musulmans, qui soit dit en passant, ont bien plus versé leur sang pour la France que tous les Espagnols réunis. Alors, Monsieur Valls, que vos parents s’entretuaient durant la Guerre d’Espagne, des dizaines de milliers de Musulmans mourraient pour la France à Verdun ou à Dien Phen Phu. Admettez, cher « Manuelito », que l’héroïsme de ces morts pour la France est de nature à immuniser leurs descendants de tout sentiment de honte particulier.

    S’il y a bien quelque chose de honteux dans ce qui a suivi cet effroyable massacre de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, c’est l’accueil et la pompe réservés à un criminel de Guerre comme Benyamin Netanyahou. Au nom de quoi, un crime qui n’a visé aucun citoyen israélien deviendrait-il le prétexte pour offrir à un assassin d’enfants le moyen de se racheter une bonne conduite et de parader dans les rues de Paris entouré des sommités de ce monde ? J’aimerais tant que Manuel Valls nous explique les raisons de cette chaleur à l’égard d’un commis boucher ayant à son actif des milliers d’innocentes victimes.

    A-t-il oublié, qu’il y a quelque mois, plusieurs centaines d’enfants palestiniens ont expérimenté sa barbarie ? Il faut dire que la position du gouvernement Valls lors du dernier massacre perpétré par Netanyahou à Gaza fut un modèle de couardise diplomatique voire de justification d’un crime de guerre. De même que l’on n’invite pas Marc Dutroux à participer à une marche contre la pédophilie, on ne convie pas un criminel de guerre à une manifestation contre le terrorisme. Aussi, Monsieur Valls, avant d’utiliser le terme de honte à tort et à travers et de l’envoyer à la figure des Musulmans de France, prenez la peine de relire un manuel d’histoire française contemporaine et, surtout, choisissez mieux dorénavant vos hôtes officiels pour battre le pavé un jour de deuil national.

    * Sami Mahbouli est avocat et éditorialiste

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