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Gouvernement Habib Essid : Un casting trop compliqué

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    Par Sofiene Ben Hamida

    Deux  mois et demi nous séparent des élections législatives tenues le 26 octobre dernier et nous n’avons toujours pas de gouvernement. Le chef de gouvernement désigné, Habib Essid, multiplie toujours ses rencontres et ses consultations sans que les premiers signes d’un profil cohérent du prochain gouvernement ne soient divulgués. Au contraire, les déclarations des dirigeants de Nidaa ou encore des autres partis politiques ne font qu’entretenir le doute et attiser les craintes tant ces déclarations sont évasives ou contradictoires.

    En fait, le spectacle auquel nous assistons montre les carences de notre classe politique qui donne l’impression d’être surprise par chaque échéance électorale au point de se demander si les partis politiques sont dotés, ou pas, de réelles structures dirigeantes. En effet, à l’approche de chaque élection, nous assistons immanquablement à un remue-ménage pour la composition des listes avec tout ce qui accompagne cette frénésie, comme boutades, scissions et crises intestinales ou fratricides. Nidaa ne déroge pas à la règle et donne l’impression d’être surpris par son score obtenu aux législatives. La décision de suspendre les concertations autour du gouvernement jusqu’à la proclamation des résultats de la présidentielle s’apparente plus à un alibi qu’à une position politique réfléchie. Rien, en effet, n’empêchait Nidaa de faire des consultations informelles avec ses alliés ou ses partenaires en attendant l’issue de l’élection présidentielle. Au contraire, le pays a attendu jusqu’aux dernières heures avant l’expiration du délai pour connaitre le nom du prochain chef du gouvernement.

    D’ailleurs la nomination de Habib Essid, comme chef de gouvernement désigné, suscite plusieurs questions. Pourquoi Nidaa ne veut pas assumer pleinement ses responsabilités et guider  lui-même le gouvernement ? A-t-il peur de l’exercice du pouvoir au point de chercher à en diluer la responsabilité à tout prix ? Il est vrai que son président s’est engagé à ne pas gouverner seul, même en cas de victoire dans les législatives. Mais il existe plusieurs autres variantes pour associer les autres partenaires et alliés au pouvoir que de nommer un chef de gouvernement indépendant qui aura la lourde tâche de conduire un gouvernement de Nidaa sans être de Nidaa, composé de ministres qui ne sont que partiellement de Nidaa puisque plusieurs autres ministres appartiendront aux partis alliés ou seront des technocrates choisis pour leurs compétences. Le chef du gouvernement aura en même temps la lourde tâche de garantir dans la composition de son gouvernement la présence des jeunes cadres, des femmes et une représentation régionale conséquente. Bref, un casting qui n’est pas une sinécure pour Habib Essid et qui expliquerait à lui seul les retards enregistrés.
    On pourrait même ajouter à ces difficultés d’autres relatives à l’orientation du prochain gouvernement. Serait-il un gouvernement de gestion, de réforme, de compétences, de quotas politiques, d’union nationale ou un gouvernement élargi ? Chacune de ces appellations donnant un contenu spécifique au prochain gouvernement, à son programme et à son action future.

    Bien entendu, toutes ces difficultés viennent s’ajouter à la difficulté initiale qui consiste pour Nidaa de trancher sur la question de la participation d’Ennahdha à une éventuelle coalition gouvernementale. Jusqu’à maintenant, cette question n’est toujours pas tranchée au sein de Nidaa. Elle est même l’objet de tensions internes. Entre ceux qui assurent que toute alliance avec les islamistes est une trahison des voix des électeurs de Nidaa et ceux qui veulent s’assurer une majorité confortable au sein du parlement, le courant passe mal. Les grands gagnants de cela sont les islamistes qui réussissent à occuper le centre de l’échiquier politique même quand ils perdent les élections.

    En définitive, il serait difficile de divulguer la composition du prochain gouvernement au cours de cette semaine. Il faudrait s’armer de patience et espérer la délivrance. En attendant, le pays vit en mode standby au risque de succomber à un coma léthargique, ou en apnée au risque d’une noyade collective. Aux dernières nouvelles, malgré toutes ses qualités,  BCE n’est pas Noé.       

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