Par Marouen Achouri
On l’a enfin notre nouvel exécutif, Béji Caïd Essebsi à la présidence de la République et Habib Essid à la tête du gouvernement. La Tunisie pourra désormais repartir de l’avant, mettre en place des réformes pour que la joie et le bonheur puissent inonder notre beau pays et que l’on regagne notre insouciance d’antan…
Mais apparemment, ça ne se passera pas comme ça. Première crise à régler : les contestations et les manifestations à Dhehiba et à Ben Guerdane. Bilan : un mort, plusieurs blessés et une belle reculade du gouvernement ! Donc, on peut dire sans se tromper que le premier pas du gouvernement s’est fait en arrière. En plus, le bilan humain est dramatique et il y a des soupçons sur l’utilisation de balles réelles pour cibler les manifestants, autant dire que c’est loin d’être la meilleure des gestions.
A Carthage, Béji Caïd Essebsi a enfin daigné parler au peuple tunisien. C’est hier, 10 février, qu’il a donné sa première interview télévisée depuis son accession au pouvoir. Il aurait peut être gagné à rester dans son mutisme quand on voit sa prestation.
Quant à nos ministres fraichement débarqués, ce sont des habitués des médias et des déclarations. C’est aussi l’un des avantages d’avoir un gouvernement politique. En moins d’une semaine, ils se sont tous, ou presque, manifestés d’une manière ou d’une autre. Ainsi, on a vu le retour des « visites inopinées » effectuées par certains ministres, dont Maher Ben Dhia qui a le portefeuille de la Jeunesse et des Sports. On a aussi vu le retour des promesses du type « un nouvel hôpital pour enfants à Tunis ». Remercions le ministre de la Santé, Saïd Aïdi pour ça. En moins d’une semaine, il a su quoi faire et il nous promet un hôpital !
Retour à Carthage pour l’interview de notre président de la République. Coincé derrière un bureau qui le séparait du journaliste intervieweur, Béji Caïd Essebsi a voulu se donner la contenance de l’imposant président de la République, du moins en termes d’image. Parce que dans le discours, rien n’a changé. Une rhétorique bien huilée, utilisée et réutilisée depuis la création de son parti, mêlant du Bourguiba à la modernité, sur fond de sensibilité de la situation régionale.
A la Kasbah, les choses sont plus compliquées. Dans l’urgence, il a fallu faire face aux manifestations de Dhehiba et gérer l’usage excessif de la force, constaté à cette occasion. Donc, on s’est interrogé sur les revendications des manifestants et on a su que la suppression de la taxe de sortie de 30 dinars en faisait partie. Du coup, on a jugé que la meilleure chose à faire était d’obtempérer. Par conséquent, le chef du gouvernement a dit qu’il tenterait de trouver une « issue légale » pour faire supprimer cette taxe. Un courage politique et une détermination qui font plaisir à voir.
On a hâte de voir les prochaines négociations avec les acteurs de la société civile, avec les syndicats des forces de l’ordre par exemple ou avec l’UGTT. On verra à quel point le gouvernement de Habib Essid collera à l’adage : « Courage, fuyons ! ». Quand il s’agira de négocier les augmentations de salaire, quand il sera question d’assainir le ministère de l’Intérieur, quand il faudra trouver un moyen pour sauver la presse écrite qui est au bord du précipice, la réforme fiscale et tant d’autres dossiers, que fera le chef du gouvernement ?
Tout ce que l’on peut espérer c’est qu’il n’agira pas de la même manière que pendant les contestations de Dhehiba. Espérons qu’il agisse tout court, ce sera déjà une avancée. Quand on sait qu’il n’a pas eu la main sur la composition de son gouvernement, il y a des inquiétudes à avoir. Il a changé sa composition une fois, il a intégré des partis, en a exclu d’autres et a prétendu ensuite que tout était maîtrisé et que le tout était basé sur un programme clair et défini. Or, ce n’est pas le cas. Son gouvernement a été composé en privilégiant la complaisance et les calculs politiciens.
Mais bon, on va arrêter les critiques. Il ne faudrait pas non plus qu’on nous accuse de mettre les bâtons dans les roues, immobiles de toute façon. Habib Essid est une personnalité consensuelle qui a travaillé avec Bourguiba, Ben Ali, Béji Caïd Essebsi et la troïka. Rares sont ceux qui ont ce profil. LE gouvernement sait ce que nous, pauvres citoyens et piètres électeurs, ne savons pas. C’est des pointures après tout !










