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Gouvernement Essid : Tape-à-l’œil ou réelle volonté de bien faire ?

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    On savait que la mission du nouveau gouvernement, le premier de la deuxième République, ne serait pas de tout repos au vu des difficultés qui se dressent sur son chemin à tous les niveaux, politique, sécuritaire, économique et, social, mais personne n’avait prévu cet épisode des incidents survenus à Dhehiba, Ben Guerdane et dans tout le gouvernorat de Tataouine.


    Cet épisode a confirmé la priorité qu’il faut donner au volet du développement des régions, notamment celles marginalisées et celles situées dans les diverses zones frontalières, plus particulièrement à la lisière des frontières avec la Libye, un pays aux prises avec une instabilité politique et sécuritaire des plus graves.

     

    Du coup le nouveau gouvernement Habib Essid s’est trouvé contraint, par la force des choses, à se pencher, en premier lieu sur les problèmes touchant les citoyens de l’intérieur du pays, d’où la multiplication des visites effectuées par des membres gouvernementaux à plusieurs gouvernorats du Nord au Sud de la République.
    Ainsi, au lieu de commencer par éplucher les dossiers, bien installé confortablement dans son bureau, chaque ministre a dû se déplacer en personne dans les zones concernées afin de prendre connaissance de visu de l’état des lieux qui s’avère, la plupart du temps, lamentable.

     

    A Tataouine, Yassine Brahim et Slim Chaker ont pu se rendre compte de l’ampleur de la tâche qui attend le nouveau cabinet pour répondre aux attentes et aspirations des citoyens en matière de projets viables et fiables de développement au lieu de rester tributaire des aléas et de se trouver à la merci d’un ou de deux passages frontaliers en « bon état » permettant le déplacement des personnes et des marchandises.
    Les deux ministres ont tenu des séances de travail et ont eu des contacts avec les habitants des deux gouvernorats de Médenine et de Tataouine. Et le fait qu’ils ont été « dégagés » de certaines réunions par les citoyens ne peut que convaincre davantage les nouvelles autorités de la délicatesse de la tâche qui les attend.
    Ces perturbations dans le Sud ont nécessité la mobilisation de tous les départements ministériels dans le sens où un Conseil ministériel a été consacré à ce dossier tout en mettant en place une cellule de crise chargée du suivi de la situation et agir au besoin pour éviter toute nouvelle détérioration au niveau sécuritaire, notamment au vu des derniers développements chez le voisin libyen où les membres du groupe terroriste de Daêch commencent à pointer leur nez à Misrata.

     

    Dans le même ordre d’idées sur le plan sécuritaire, on a enregistré l’annonce de plusieurs découvertes de cellules dormantes et autres arrestations d’éléments présumés terroristes planifiant des actions de grande envergure, ce qui laisse entendre que la Tunisie reste un pays potentiellement visé par les groupes terroristes auxquels vient s’ajouter celui de Daêch qui se trouve, bel et bien, aux frontières de notre pays.
    C’est dire la nécessité de redoubler de vigilance face à ces dangers qui constituent des défis supplémentaires au moment où le pays a besoin de toutes ses forces pour entamer l’œuvre de la reconstruction économique et répondre aux préoccupations primordiales des Tunisiens, en l’occurrence, la liberté, l’emploi, la dignité et le développement régional.

     

    Ailleurs, tous les ministres ou presque se retrouvent confrontés à des problèmes et à des conflits touchant leurs secteurs respectifs. Au département de l’Enseignement supérieur l’impasse est plus que jamais totale entre l’administration et les étudiants ingénieurs dans les instituts préparatoires et les instituts de formation des ingénieurs.

     

    A l’éducation nationale, le syndicat de l’enseignement, conduit par l’intransigeant Lassâad Yaâcoubi, continue à mener la vie dure au ministère en exigeant la satisfaction de nombreuses revendications, toutes ou presque, d’ordre matériel, faute de quoi, il appelle au maintien du mot d’ordre pour une grève de trois jours dans le secteur, ce qui laisse planer de sérieuses menaces sur le bon déroulement de la saison scolaire et des examens de fin d’année.

     

    La ministre du Tourisme, quant à elle, tente de sauver la saison en discutant avec les gens de la profession dans les zones touristiques à l’intérieur du pays, d’où ses déplacements à Nabeul et Djerba en vue de redonner à la destination Tunisie son aura d’antan et promouvoir un secteur capital pour l’ensemble de l’économie nationale.

     

    Le ministre de la Santé n’a pas chômé en se rendant à certains établissements hospitaliers dont celui d’enfants de Bab Saâdoun où il a pu constater sur le tas les graves insuffisances dues au fait qu’il est la seule institution en la matière dans tout le pays, d’où sa réaction à chaud quant à la nécessité d’en créer une deuxième. S’agit-il d’une promesse comme bien d’autres ou bien d’un constat qui sera suivi d’actions concrètes ?

     

    Le ministre de l’Intérieur s’est rendu, pour sa part, à Nabeul où, se rendant compte de l’état désuet d’un poste de police, il a ordonné sa fermeture immédiate tout en installant le personnel dans d’autres locaux, provisoirement, en attendant les travaux de réaménagement du poste initial.
    Là aussi, s’agit-il d’une action, juste médiatique et isolée ou de tout un plan de mise à niveau de l’infrastructure sécuritaire en vue de conférer davantage d’efficacité au travail des agents du secteur en ces temps où ils sont la cible potentielle des terroristes ?

    La ministre de la Femme s’est penchée, de son côté, sur les conditions dans les jardins d’enfants, notamment ceux exerçant dans l’illégalité en tenant des séances de travail avec le staff concerné et en exigeant des rapports périodiques sur l’évolution du secteur afin de l’assainir des intrus et empêcher le recommencement de certains déboires enregistrés sous la houlette de Sihem Badi, titulaire du département sous le régime de la troïka.

     

    Bien sûr, il y a eu d’autres activités et autres déplacements à caractère ponctuel comme la visite rendue par le chef du gouvernement à Maya Jeribi et à la famille du jeune acteur Hamma Hamma, la visite rendue par les ministres de l’Intérieur et de la Santé à une touriste européenne, victime d’un braquage perpétré par des délinquants.

     

    Au vu de ce volume d’actions, certains diront qu’il s’agit de signes positifs et encourageants de la part du gouvernement Essid pour redonner confiance aux citoyens quant à sa volonté de faire bouger les choses, alors que ses détracteurs évoquent un esprit de « tape-à-l’œil » cherchant, justement, à s’attirer la bienveillance des Tunisiens.
    En tous les cas, il est encore trop tôt pour trancher dans la mesure où l’équipe gouvernementale a, à peine, dix jours de vie. L’essentiel étant de parler peu et bien et d’agir vite et bien.

     

    Sarra HLAOUI

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