Habib Essid est là, mais nous attendons encore qu’il y ait un Chef à la tête de ce gouvernement. Un véritable chef qui nous fasse sentir que la Tunisie est un État, un vrai. C’est que, pour le moment, on ne voit du gouvernement que le nom.
Quels étaient les axes principaux du programme de Nidaa Tounes déjà ? Vous vous en rappelez ? On nous a promis de rétablir le prestige de l’Etat, d’instaurer un Etat de droit et d’en finir avec les islamistes et la troïka. C’était le sens même du vote qu’on nous disait utile. Une fois les élections dans la poche, Béji Caïd Essebsi et Nidaa ont tourné le dos à leurs électeurs. Les islamistes participent au gouvernement et l’Etat attend encore son prestige.
L’argument politique de la participation d’Ennahdha au gouvernement tient debout. C’est pour l’intérêt de la Tunisie, disions-nous. Passons donc et avalons la pilule de la participation d’Ennahdha dans le gouvernement d’Essid. Mais quid du prestige de l’Etat et de ce gouvernement capable de redresser la barre d’un pays à genoux ?
Parmi les activités de la semaine de notre « chef » du gouvernement, sa visite à la famille du jeune défunt Hamma Hamma. C’est qui ? Un enfant qui a joué un rôle dans une série télévisée, décédé à la suite d’une grave maladie, mal ou non soignée. La pauvreté de sa famille nombreuse en est la cause principale et Habib Essid a cru bon d’aller rendre visite à cette famille et de lui fournir une aide. C’est gentil, mais parlons sincèrement en mettant les sentiments de côté. Il y a combien de Hamma Hamma dans le pays ? Pourquoi rendre visite à la famille de Hamma et pas aux autres milliers de familles nombreuses dont les enfants meurent dans l’anonymat et dont les filles sont devenues esclaves dans de riches demeures à La Marsa et à Ennasr où l’on fait de gamines de13-15 ans des femmes de ménage ?
Loin des scènes larmoyantes, ce qu’a fait Habib Essid ne porte qu’un nom : populisme. Et ni Nidaa, ni Béji Caïd Essebsi n’ont été élus pour nous faire du populisme. On en a suffisamment vu avec Marzouki et Ennahdha et on sait où cela mène.
Ayant pris goût à cette histoire de visites, Habib Essid est allé voir Maya Jeribi à sa sortie de l’hôpital. Cette grande dame, à qui nous souhaitons prompt rétablissement, avait-elle vraiment besoin d’une exposition médiatique pour cette méchante maladie dont elle souffre ? M. Essid ne pouvait-il pas lui rendre visite discrètement ? S’il est allé voir Mme Jeribi, sa seule visite suffisait. Mais s’il est allé faire voir qu’il s’est rendu au chevet de Mme Jeribi, M. Essid aurait mieux fait de rester chez lui. On appelle ça comment ? Du populisme !
Slim Chaker, ministre des Finances, décrivant son périple au sud tunisien, nous en a fait, dans une intervention sur Express Fm, un récit digne d’un feuilleton tunisien. Il a relaté, dans les détails, l’accueil des habitants de la région et est surtout revenu sur le fait que la famille du jeune, décédé dans des affrontements avec la police, ait refusé de les recevoir. Et le ministre qui insiste et qui supplie presque, à travers des négociations, pour être reçu par la famille. L’épisode final est un « couscous à la viande » auquel il déclare avoir été convié par la famille concernée. On verra M.Chaker au JT, assis par terre, mangeant avec les mains le gros morceau de viande en question. Pourquoi avoir emmené les caméras ? Pourquoi avoir choisi l’ostentatoire là où la discrétion s’imposait ? La modestie est appréciable, mais quand elle est mise en scène, elle devient populisme !
Pour suivre la tendance gouvernementale et rester cohérents avec l’ensemble de l’œuvre ministérielle, les ministres de l’Intérieur et de la Santé, Mohamed Nejem Gharsalli et Saïd Aïdi, ont dû se dire, ce samedi 14 février : «Pourquoi pas nous ? Qu’on nous voie ‘’travailler’’ à la télé, nous aussi ! ». Et c’est au chevet d’une touriste européenne victime d’un braquage dans les souks de Tunis qu’ils ont accouru. Un bouquet de fleurs à la main, les caméras derrière, ils étaient là pour remonter le moral de la touriste et lui promettre de mettre la main sur les malfrats. Faut-il applaudir ? Un pareil fait-divers mérite-t-il franchement le déplacement de deux ministres? Allez demander aux touristes chinois ce qu’ils subissent quotidiennement à Paris comme agressions et comme pickpockets !
En tombant dans ce type de populisme, nos ministres, usant du populisme comme mode de communication, font de l’ombre à un travail de terrain réel fait par plusieurs de leurs collègues et gâchent leur propre effort en lui donnant des airs propagandistes.
Ce que Habib Essid et son gouvernement omettent ou feignent de ne pas voir, c’est qu’ils ont une véritable légitimité électorale. Leur légitimité n’est pas volée comme celle de la troïka ou factice comme celle de Mehdi Jomâa, elle est bel et bien réelle. Ils omettent que les 55,5% de citoyens qui ont élu BCE veulent un Etat fort, prestigieux et capable de résoudre les problèmes. Ils ne veulent pas de populisme, ils ne veulent pas de politique-spectacle à la télévision et ne veulent pas voir des ministres « pleurnicher » ! En un mot, ils veulent de véritables hommes d’Etat capables de rugir quand il faut et de sourire quand il faut. Habib Essid n’en est pas là. Il en très loin, tout comme son équipe.










