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Plus de 3 ans après son extradition : Baghdadi Mahmoudi risque le pire

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    La nouvelle est tombée tel un couperet, aujourd’hui mardi 28 juillet 2015. Le pire qu’on craignait a fini par arriver, en l’occurrence la condamnation à mort de Baghdadi Mahmoudi, dernier Premier ministre sous Kadhafi. Une sentance prononcée à l’issue d’un procès expéditif qui a vu huit autres sentences à la peine capitales prononcées contre, notamment, Seif el Islam Kadhafi, fils de Mouammar Kadhafi, et Abdallah Senoussi, ex-chef des services de renseignements.

     

    Ce verdict touche de près la Tunisie pour la simple raison que l’extradition de Mahmoudi et sa remise aux autorités libyennes, un certain 24 juin 2012, avait été décidée par le chef du gouvernement nahdhaoui, Hamadi Jebali. Une décision qui avait été à l’origine de la première grave crise entre les deux présidences à l’époque.

    On avait, même, évoqué une éventuelle démission de M. Marzouki. Il avait fallu, selon certains, cette autre affaire de limogeage de Mustapha Kamel Nabli de la tête de la Banque centrale de Tunisie pour calmer l’ancien président de la République.

     

    Les réactions, comme l’on s’y attendait, commencent à fuser de toutes parts. A commencer par M. Marzouki qui, dans un post rendu public sur sa page officielle Facebook, précise que l’extradition de Baghdadi Mahmoudi s’est faite sans son consentement et qu’il n’existe aucune preuve écrite ou orale qui atteste du contraire.

    Il réaffirme que c’est le gouvernement de Hamadi Jebali qui avait procédé à l’extradition et que cela avait créé des tensions et une crise au sein du gouvernement à l’issue de laquelle l’ancien président avait failli démissionner. Hamadi Jebali avait d’ailleurs démenti cette version affirmant que l’ancien président était tout à fait au courant de la décision d’extradition.

     

    Dans des déclarations à Express Fm, Samir Dilou confirme les dires de son ancien patron, Jebali, pour affirmer que M. Marzouki était bien au courant et que les membres CPR du gouvernement l’étaient, également, puisqu’ils étaient présents au Conseil des ministres ayant débattu de la question.

    Quant à l’avocat du comité de défense, Mabrouk Korchid, il annonce qu’il va porter plainte contre Hamadi Jebali tout en assurant que M. Marzouki est en train de fuir ses responsabilités, alors que l\’avocat Mokhtar Trifi fait assumer la responsabilité d’une éventuelle exécution de Mahmoudi à ceux qui l’ont remis aux Libyens.

    De nombreuses autres réactions ont été enregistrées et continuent à l’être à un rythme vertigineux à travers les réseaux sociaux.

     

    Or, étant donné que le gros de la polémique, qui est actuellement appelée à s’amplifier, est suscité par cette extradition et remise de Baghdadi Mahmoudi aux Libyens, il est utile de faire un retour sur les différentes péripéties de cette affaire plus que jamais explosive.

     

    Un certain dimanche 24 juin 2012, Baghdadi Mahmoudi, dernier Premier ministre sous le régime de Kadhafi, a été remis aux autorités libyennes selon une dépêche de la TAP. Une remise sans aucune annonce précise. Presqu’en catimini, certains étant allés jusqu’à parler d’une « grosse transaction ». Les observateurs s’interrogeaient, déjà : « comment expliquer la remise d’un accusé à des autorités d’un pays où il n’y a pratiquement pas d’autorité, où les affrontements armés entre tribus et autres milices continuent faisant des centaines de morts ? Un pays où même les membres du Tribunal pénal international avaient été faits prisonniers! ».

     

    Et au moment où M. Marzouki parlait d’un « coup de poignard dans le dos » et voulait porter plainte contre l’avocat Omar Korchid de la défense de Mahmoudi, le chef du gouvernement, Hamadi Jebali « affirmait, lors d’une séance plénière extraordinaire tenue par la défunte ANC, que cette extradition a été décidée lors du conseil des ministres tenu au mois de mai 2012, par le vote des 26 ministres présents. 23 ont voté pour, 2 contre et un ministre s’est abstenu. M. Jebali affirme, par ailleurs, que la décision a été rapportée par écrit au président de la République, au président de l’Assemblée nationale constituante, mais également à l’ensemble des membres du gouvernement, dont les secrétaires d’Etat ».

     

    Il est à souligner que Business News écrivait, un certain 10 novembre 2011 une information selon laquelle, Foued Mebazzaâ, président provisoire de la République avait refusé de faire extrader Baghdadi Mahmoudi.

    On y lisait en substance : « De source digne de foi, on apprend que Foued Mebazaâ, président de la République par intérim, a décidé de ne pas extrader Baghdadi Mahmoudi. Une décision qui lui revient de plein droit, selon les lois en vigueur.

    La Chambre des mises en accusation de la Cour d’Appel de Tunis, a décidé, mardi 8 novembre 2011, de remettre l’ancien Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi, aux autorités libyennes.

    Amnesty International a demandé, la fin de la semaine dernière, au gouvernement tunisien de ne pas extrader vers la Libye l\’ex-Premier ministre libyen estimant qu\’il risque d\’être victime de «graves violations des droits de l\’homme» dans son pays.

    La décision de Foued Mebazaâ est, incontestablement, en son honneur et en l’honneur de la Tunisie respectueuse des Droits de l’Homme et des conventions internationales.

    Espérons, toutefois, que le futur président, qui sera nommé dans quelques jours, ne prenne pas une décision contraire à celle de M. Mebazaâ pour satisfaire les désirs d’un pays frère ou ami».

     

    Des craintes émises par Business News qui se sont révélées, en fin de compte, justifiées !

     

    Il faut dire que la polémique battait son plein entre Hamadi Jebali et Moncef Marzouki. Le chef du gouvernement déclarait, déjà en ce 8 juin 2012, que « la Tunisie est prête à livrer Baghdadi Mahmoudi aux autorités libyennes, même sans la signature de Moncef Marzouki ».

    Dans une déclaration à l’AFP, Hamadi Jebali affirmait que «la Constitution tunisienne de 1959, imposant la signature du président de la République pour les décisions de livraison des personnes recherchées par la justice en dehors de la Tunisie, a été suspendue et n’est plus en vigueur depuis le renversement de l’ancien président Ben Ali».

    Et d’ajouter « le Tribunal administratif nous a certifié que la signature du président de la République n’était désormais plus indispensable pour l’extradition de Baghdadi Mahmoudi ».

     

    Selon Hamadi Jebali, « le gouvernement libyen a fourni des garanties orales et écrites certifiant le respect des droits de l\’homme ainsi qu\’un procès équitable pour Mahmoudi et qu’un comité tunisien des droits de l’Homme a récemment visité la Libye pour s’assurer des garanties fournies ».

    De son côté, Moncef Marzouki continuait à réitérer son opposition de principe à l’extradition de l’ancien Premier ministre libyen, emprisonné en Tunisie depuis le mois de septembre dernier. « Je reste opposé à l\’extradition, c\’est une position de principe, je ne peux pas signer l\’extradition de quelqu\’un qui risque d\’être torturé ou exécuté », avait-t-il déclaré jeudi 7 juin 2012.

     

    A ne pas perdre de vue que la Cour d’Appel tunisienne avait émis deux ordres d’extradition, les 8 et 25 novembre 2011, pour la livraison de Baghdadi Mahmoudi aux autorités libyennes. « Ces deux ordres sont sans appel», selon le même Hamadi Jebali

     

    Toutes ces péripéties et ces rappels font ressortir le profond clivage entre deux présidents sur une question aussi sensible et qui revient sur la scène avec la plus grande acuité. Une question qui aura de graves retombées si, par malheur, la sentence de la cour relevant de Fajr Libya venait à être exécutée.

     

     

    Sarra HLAOUI

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