Sept personnes ont été embarquées de force après avoir été libérées par le juge. Ces sept personnes sont soupçonnées d’implication dans des affaires terroristes. Samir Ben Amor, Imed Daïmi, Samia Abbou et d’autres du même camp politique se sont immédiatement déplacés au tribunal de première instance pour crier à l’injustice et au scandale.
C’est leur droit le plus absolu et il est vrai que de telles pratiques sont scandaleuses. Les individus qui ont perpétré ce kidnapping et ceux qui ont torturé les prisonniers avant qu’ils ne soient déférés devant le juge méritent des sanctions exemplaires.
Toutefois, on peut s’étonner de voir ces « droits-de-l’hommistes » profiter de ce type d’affaires pour leurs intérêts politiques. Parce que pour eux, si ce genre de choses arrive c’est parce que la loi antiterroriste est liberticide et parce que NidaaTounes est au pouvoir. Des arguments qui ne sont d’aucune utilité pour les personnes victimes d’agissements condamnables de la police. L’effet le plus pervers est que ces mêmes victimes se retrouvent toutes seules alors que leurs « défenseurs » finissent de faire leur beurre politique sur leur dos.
L’autre effet est de déplacer le débat sur un plan politique alors qu’il s’agit uniquement de droits et de respect du citoyen. On parlera de « révolutionnisme » contre « conservatisme », on parlera de « modernisme » contre « islamisme » et on s’égarera dans des débats stériles qui ne servent qu’aux laudateurs, leur donnant à tous l’occasion de lécher les bottes de leurs patrons respectifs. Entre temps, les victimes ne voient aucun changement et les pratiques ne cessent pas.
On pourrait également s’interroger sur la sélectivité avec laquelle on applique, ou plutôt on revendique l’application, des principes des droits de l’Homme. Prenons l’exemple de Maher Manaï, emprisonné à vie depuis des années alors que son innocence est évidente et prouvée. Où sont donc les défenseurs des droits de l’Homme et les révolutionnaires à immunité parlementaire ? Où sont les chevaliers du clavier et les héros de la toile ? Pourquoi aucun d’eux ne va réclamer la liberté de ce jeune homme au tribunal de première instance ?
La réponse est simple, ce garçon n’a absolument aucun intérêt politique ni médiatique et sa libération (si elle est finalement obtenue) ne servira pas à démontrer que le régime actuel est mauvais ou que le parti gagnant des élections est une « arnaque » comme se plaisent à le répéter certains. Donc, pour Maher Manaï, on mettra de côté les droits de l’Homme et on l’oubliera. Par contre, quand il s’agira d’une personne soupçonnée de terrorisme ou d’un accusé ayant un intérêt politique, on remettra les couverts des droits de l’Homme et chacun rappellera son parcours d’opposant et de militant.
La situation n’est pas mieux dans le camp d’en face, puisque Maher Manaï a été privé de grâce en ce 25 juillet 2015. Des difficultés d’ordre administratif sont avancées en tant qu’explication. Mais en fait, c’est la même logique qui prévaut. N’ayant aucun intérêt pour les groupies des droits de l’Homme, Maher n’en aura aucun pour leurs adversaires.
Donc, sur le marché des droits de l’Homme, l’attention se mesure au poids politique. Les principes, quand ils se mesurent à cette aune, ne sont plus des principes mais de la marchandise qu’on expose sur les étals de l’opinion publique. Quand on fait en sorte que les droits ne soient pas les mêmes entre un homme et un autre, alors ce ne sont plus des droits mais des privilèges qui servent des intérêts.
Le pire dans tout ça c’est que grâce à ses colporteurs des droits de l’Homme, la population et l’opinion publique les vomit. Le principe se confond malheureusement avec ceux qui en font le commerce et la population régurgite le tout, les personnes et les principes. Aujourd’hui, quand on évoque les droits de l’Homme on nous répond que c’est la cause de tous nos malheurs. Insulter la révolution est devenu proverbial. Pourquoi ? Parce que les « militants » en ont fait un commerce. Eux ont gagné et les principes ont disparu.










