Devons-nous payer pour l’éducation de nos enfants ? La question suscite encore un débat timide aujourd’hui mais gagnerait à être discutée plus sérieusement…et dans l’urgence vue l’ampleur des problématiques qu’elle soulève. A l’heure où en Tunisie les écoles publiques ne prodiguent plus la qualité d’enseignement qu’elles proposaient autrefois et où l’enseignement privé fait office de palliatif nécessaire, au bonheur des parents aisés et, de plus en plus, de ceux de la classe moyenne, que vaut encore l’enseignement public ?
A quelques jours d’une rentrée scolaire sous haute tension, l’initiative du « mois de l’école », sous l’égide du ministère de l’Enseignement, prend forme. Une action citoyenne qui vise à réhabiliter plus de 4.000 écoles en Tunisie, dont l’état, précaire, ne leur permet plus d’accueillir des enfants dans un cadre décent. Une action qui vise, avant tout et surtout, à « humaniser » l’enfant.
Humaniser l’enfant, en voilà une nécessité. Il est, en effet, loin le temps où les enfants s’épanouissaient dans leurs écoles. Face à une jeunesse de plus en plus désespérée, il est important de redonner à l’enfant l’occasion, mais aussi les moyens, de renouer avec son école. D’y vivre, de s’y construire et de s’humaniser. L’école devra, de nouveau, devenir un lieu où on est motivé de se lever le matin. Un lieu où on fait plus qu’apprendre à lire et écrire et à retenir par cœur ses tables de multiplication. L’école de demain devra permettre à l’enfant de se découvrir, de se retrouver et de devenir quelqu’un, loin de la culture de la mort et de l’ignorance qui prévaut aujourd’hui dans notre société et touche les classes les plus démunies. Celles qui n’ont pas les moyens d’investir dans des écoles privées qui leur coûteraient la moitié de leur salaire.
N’ayons pas peur de le dire. L’état de nos écoles est lamentable. Et cela ne touche pas seulement l’infrastructure. La qualité de l’enseignement et celle des enseignants, ne cesse de dégringoler. Les enseignants sont de moins en moins qualifiés, le laisser-aller est monnaie courante, de même que les grèves à répétition. Le programme scolaire est loin d’être au point et les élèves sont pris en otage et servent de cobayes à des expériences s’avérant être, pour la plupart, de véritables échecs, seulement quelques mois après leur lancement.
Les écoles devront donner plus d’importance aux activités artistiques, sportives et autres enseignements ludiques qui permettent à l’élève de rester un enfant plus longtemps afin de devenir, plus tard, l’adulte qu’il aimerait être et non celui qu’on le pousse à devenir.
Il est amer de constater que l’école d’aujourd’hui, au lieu de s’améliorer et d’évoluer, gagnerait à ressembler à celle d’hier. Du moins s’en inspirer en grande partie. Face à ce vide, l’enseignement privé s’impose comme une véritable nécessité. Le système éducatif national, en pleine déconfiture, cède de plus en plus sa place à celui privé, que seuls les mieux lotis peuvent s’offrir. De plus en plus diversifié et compétitif en Tunisie, ironiquement, celui qui était, hier encore, synonyme d’élèves en échec scolaire, l’enseignement privé est devenu le sésame tant convoité pour une scolarité réussie.
Nouvelles méthodes d’enseignement, programmes inspirés des pays développés, écoles proposant une pléiade d’activités aux enfants, l’école privée fait rêver. Mais elle reste très loin du pouvoir d’achat du Tunisien moyen.
Aujourd’hui, l’investissement des ménages pour l’éducation est en nette hausse. Les parents conscients de la nécessité d’accorder tout l’intérêt qu’il mérite à cet ascenseur social n’hésitent pas à s’y investir davantage. Mais que reste-t-il pour les classes moyennes ?
Alors que l’enseignement public était, et est encore, le principal fournisseur des écoles tunisiennes, il ne cesse aujourd’hui de dégringoler au profit d’une école privée qui gagne du terrain.
Mais la qualité de l’enseignement n’est pas la seule à pointer du doigt. Le manque de moyens s’ajoute au triste tableau. Dans les zones les plus reculées, aller à l’école peut parfois relever du parcours du combattant. Avec des équipements vétustes et l’absence de moyens de transport, conjuguée à des conditions climatiques difficiles, plusieurs établissements, dans des zones rurales, n’ont pas de quoi offrir à leurs élèves un enseignement décent. Certains enseignants s’impliquent, travaillent dans des conditions difficiles, passent des heures pour se rendre à leur lieu de travail et n’hésitent pas à user de leur temps libre pour rendre les écoles plus vivables et joyeuses possibles, mais cela ne suffit pas.
A l’heure où les débats politiques accaparent toute la scène nationale, où on manifeste pour savoir dans quelles conditions devrons-nous nous réconcilier, où on organise des grèves et des sit-in à ne plus finir pour voir son salaire augmenter de quelques dinars, l’avenir de nos enfants est plus que jamais compromis. Face à cette culture de la mort qui en fait de la chair à canon, face à cette inculture qui en fait des têtes vides propices à toute forme de bourrage de crâne et d’endoctrinement, la priorité aujourd’hui est de prodiguer un enseignement de qualité à nos enfants. Les écoles privées existent oui, mais que proposer aux autres ?










