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Vous avez de la chance d’avoir un journaliste comme Mokdad !

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    « Vous avez de la chance d’avoir un journaliste comme Mokdad ! », c’est le vibrant témoignage rendu à Mokdad Mejri par un journaliste de la même trempe et de la même chaîne : Salah Attia. C’est qu’on se reconnait entre grands journalistes !

    Mokdad Mejri a eu droit à cet hommage parce qu’il a posé une question gênante au Premier ministre égyptien lors d’une conférence conjointe avec Habib Essid. Le responsable égyptien a alors choisi de quitter la salle, en plantant Mokdad et Habib.

     

    Techniquement, ce qu’a fait Mokdad Mejri est journalistiquement excellent. Profiter d’une conférence de presse pour poser les questions qui fâchent est une technique connue et employée partout dans le monde. A la Kasbah, hier, la question qui fâche devait être posée autour des préoccupations tuniso-égyptiennes communes et non autour d’une affaire égypto-égyptienne qui n’intéresse en aucun cas la Tunisie et les Tunisiens. Faut-il cependant respecter son public, mais on se doit d’être journaliste tout d’abord et Mokdad Mejri n’en est pas un. Il n’est pas titulaire d’une carte de presse, il n’est pas reconnu par la profession et n’est qu’un animateur passeur de micro aux invités d’une chaîne interdite de diffusion.

     

    En dépit de tout cela, Mokdad a profité de la brèche que lui ont laissée les services de communication de la présidence du gouvernement en le conviant à la Kasbah, là où il n’aurait jamais dû mettre les pieds.

     

    A l’Elysée ou à la Maison Blanche, il existe une liste de journalistes accrédités pour couvrir les événements qui se tiennent en ces lieux. Chaque média désigne un journaliste qui obtient la fameuse accréditation en accord avec les services présidentiels et pendant au moins un an, il est automatiquement assigné à la couverture de l’activité présidentielle. Ce système semble être beaucoup trop difficile à appliquer en Tunisie et on continue à utiliser le fax et les amitiés privées pour convier qui l’on veut aux rencontres de presse.

    Bref, les services de communication de la présidence du gouvernement sont entièrement responsables de la gêne occasionnée à l’invité égyptien et, de facto, à celle qu’a dû ressentir Habib Essid. Le même Habib Essid qui ne semble accorder aucune importance à la communication, c’est ce qu’il a montré à plusieurs reprises.

     

    Pour revenir à l’incident avec le Premier ministre égyptien, les services de communication n’auraient pas donc pas dû inviter un animateur à cette conférence de presse, c’est le travail des journalistes. Ensuite, pourquoi inviter un média qui est hors la loi et dont les animateurs déchirent à l’antenne les décisions de la HAICA ? En principe, le travail des services de communication de la présidence du gouvernement consiste, en partie, à éviter ce genre de couacs. Mais ces services ne font pas leur travail de la meilleure des manières, loin de là. La communication est chapeautée, en principe, par Dhafer Néji, mais le chef de cabinet du chef du gouvernement, TaïebYoussefi, est un ancien journaliste. Donc, les services de communication ont en réalité deux têtes, ce qui est loin de faciliter les choses.

     

    Quel que soit le nom du chargé de communication, il aura déjà un travail monstrueux à faire avec Habib Essid. Mais si on y ajoute en plus des couacs de débutant, la tâche devient presque impossible. Des couacs comme celui de la photo d’une interview du chef du gouvernement avec des dossiers posés sous les pieds de la table. Cette photo n’aurait jamais dû être publiée, d’autant plus que ce sont les services de communication qui l’ont fait ! Il y a aussi le fameux bonnet de Habib Essid avec les oreillettes qui dépassent, qui n’aurait jamais dû être photographié…

     

    Bref, en termes de communication il y a du relâchement et notre Mokdad national n’a fait qu’en profiter. « Il n’a pas vraiment de leçons à donner » me diriez-vous, mais bon, on vit dans un pays où la mémoire est très courte. Juste en guise de rappel, Mokdad Mejri, devenu soudain adepte de l’intégrité devant le Premier ministre, avait lui-même avoué avoir été payé 13 mille dinars par le ministère des Affaires étrangères dans le cadre d’un marché de gré à gré, à l’époque sous la tutelle de Rafik Abdessalem, pour couvrir une visite. Bien sûr, c’est illégal, mais Mokdad s’autorise, comme beaucoup, ce qu’il interdit aux autres.

     

    Avec cet incident, Mokdad Mejri aura gagné la sympathie de son public cible fait d’islamistes et de gens du CPR. Il s’est mis dans la position de celui qui a gêné le Premier ministre égyptien en le confrontant avec la « vérité ». Leur « vérité » à eux, bien évidemment puisque Mokdad n’évoquera jamais la dictature d’un pays comme le Qatar et il n’ira jamais poser une telle question au Premier ministre turc. Tout comme son public d’ailleurs. Il n’ira jamais répondre aux questions sur le financement de la chaîne qui l’emploie. Il préférera faire du cinéma en quittant un plateau dans lequel son président, Moncef Marzouki, est écorché. Il choisira de se vêtir en orange comme ses amis Frères musulmans égyptiens quand ils avaient été condamnés à mort.

     

    Les services de communication de la Kasbah ont préparé le terrain et ont fait preuve d’un grand amateurisme dans cette situation. Ce n’est pas la première fois et il y en aura certainement d’autres. Tant que la gestion de la communication dépendra de plusieurs personnes en même temps et que cette gestion se fera avec les réflexes des années 70, les Mokdad Mejri continueront à s’en donner à cœur joie. Finalement, Salah Attia a bien raison, on a de la chance d’avoir un journaliste comme Mokdad, nous avons ce que nous méritons !

     

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