Demain, la Tunisie fêtera l’Aïd Al Idha. La traduction donne la fête du sacrifice. Mais, malheureusement, des sacrifices personne ne veut en faire. Par exemple, les syndicats ne veulent pas faire de sacrifices en revoyant un peu leurs revendications à la baisse. Ceux de l’enseignement ne veulent pas arrêter de prendre l’éducation des enfants en otage et ne veulent pas arrêter de se moquer de milliers de parents éreintés par les dépenses et la cherté de la vie.
Le gouvernement aussi ne veut pas faire de sacrifices. Le gouvernement ne veut pas se sacrifier et entrer en confrontation avec les syndicats. Le gouvernement a peur de s’attaquer aux dossiers lourds comme la réforme de l’administration, la lutte contre la contrebande et la corruption, la réforme de la police et des services de sécurité. Le gouvernement de Habib Essid préfère faire d’autres sacrifices comme le fait de signer des augmentations de salaire en faveur des fonctionnaires. Il s’agit d’une enveloppe de 1,8 milliard de dinars qui a été « sacrifiée » à leur profit. On parle de 800 mille fonctionnaires au total. Donc, des centaines de milliers de fonctionnaires qui ne vont rien « sacrifier » et qui seront augmentés.
La culture du travail et de l’effort a été sacrifiée. Aujourd’hui, quand on veut obtenir quelque chose, on sort le crier dans la rue, on fait grève, on sabote. Personne ou presque ne pense à fournir les efforts nécessaires pour y arriver, personne ou presque ne pense que trimer comme un chien est une première étape pour l’épanouissement personnel et collectif. Rares sont ceux qui ont fait ce choix, on peut citer les entrepreneurs par exemple. Eux, ils en font des sacrifices puisqu’ils doivent jongler entre les différentes administrations tunisiennes –celles-là mêmes qui ont été augmentées- pour préparer des papiers, avoir des autorisations, des signatures et des cachets. J’ai lu quelque part que « les entrepreneurs sont ceux qui sont prêts à travailler 80 heures par semaine…pour ne pas avoir à travailler 40 heures par semaine »…
Il y a d’autres types de sacrifices. Celui par exemple du juge Mokhtar Yahyaoui. Il a sacrifié sa vie pour la lutte contre la dictature de Ben Ali et a tout donné pour défendre des principes et des convictions. Même si on peut ne pas être d’accord avec les idées ou avec la démarche, on ne peut qu’avouer que le juge Mokhtar Yahyaoui a lutté avec conviction et intégrité. Il est décédé hier et la Tunisie a perdu l’une de ses lumières avec lui. Son sacrifice n’aura pas été vain et on se souviendra tous de lui comme un battant et un homme de conviction. Paix à son âme.
Des sacrifices certains d’entre nous, Tunisiens, en font tous les jours. Tous ceux qui travaillent, qui se battent au jour le jour dans l’anonymat le plus total, certaines associations qui aident les personnes laissées au bord de la route en leur procurant à manger ou en leur donnant des fournitures pour la rentrée scolaire ou autre. Souvent, ils font ces activités pendant leur temps libre. Des moments qu’ils auraient pu passer avec leurs enfants ou avec leurs familles mais qu’ils sacrifient pour venir en aide à autrui.
Le sacrifice, c’est ce que notre pays nous demande. Chacun dans son coin, chacun dans son domaine, doit sacrifier quelque chose pour son pays. On devrait sacrifier la prochaine augmentation, sacrifier un peu de temps pour travailler plus ou pour aider les autres, sacrifier son égoïsme pour maintenir une rue propre ou pour ne pas enfreindre la loi.
Le gouvernement devrait aussi sacrifier un peu de sa lâcheté et prendre le taureau par les cornes, quitte à se sacrifier. Ce gouvernement doit arrêter de trembler et d’être aussi frileux. Il doit s’attaquer aux vrais problèmes et surtout à cette impression d’impunité généralisée et au fait que le relâchement soit perceptible partout.
Nous ne serons pas les premiers à sacrifier des choses pour notre pays et espérons que nous ne serons pas les derniers. Sans les sacrifices des prédécesseurs, nous ne serions peut-être pas là pour poursuivre la route. Alors, on sait ce qu’il nous reste à faire si l’on veut que la route ne s’arrête pas.










