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Le prix Nobel de la Paix, un honneur pour certains, le déshonneur pour d’autres

Le prix Nobel de la paix est une récompense décernée à « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Il est remis à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l\’industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel. Il consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 8 millions de couronnes suédoises (environ 855.000 euros). Nombreuses figures historiques se sont vues attribuer ce prix, à l’instar de Martin Luther King Jr, Mère Theresa, Yasser Arafat, Nelson Mandela et plus récemment au Quartet du dialogue national tunisien.

 


C’est donc avec beaucoup de fierté, et non sans se souvenir du chemin parcouru, que les Tunisiens ont appris aujourd’hui, 9 octobre 2015, la bonne nouvelle. Il s’agit en effet d’un évènement historique, vu que la Tunisie n’a jamais eu de prix Nobel et que le premier n’est pas des moindres. Le prix Nobel de la paix a été décerné au Quartet du dialogue national tunisien composé de l’UGTT (centrale syndicale), de l’UTICA (centrale patronale), du Conseil de l’Ordre des avocats et de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme.

Il est important de rappeler, à juste titre, la naissance dans la douleur, de cette coalition. C’était en 2013 en pleine crise politique en Tunisie. Au lendemain de l’assassinat de deux leaders politiques, Chokri Belaïd (6 février 2013) et Mohamed Brahmi (25 juillet 2013), le Quartet a été instauré comme solution d’urgence.  Regroupant  les principales forces du pays, qui sont le patronat, les travailleurs, les avocats et la Ligue des droits de l’Homme. Il avait pour mission et pour principal objectif de désamorcer une crise politique sans précédant et de parvenir à un consensus entre les différentes parties.

Les assassinats politiques successifs, la crise économique et la mauvaise gouvernance de la Troïka, à l’époque, ont mis le pays dans une configuration très difficile. Les sit-in se sont enchainés, appelant à la chute du gouvernement, jugé illégitime puisque non-élu, à la dissolution de l’ANC (Assemblée nationale constituante) et à l’organisation d’élections qui permettraient la mise en place d’un gouvernement « légitime ». Cette opposition comprenait des partis politiques dits laïcs et de gauche mais aussi une très large frange de la société civile, face à laquelle le parti islamiste et ses milices se sont obstinément dressés.

 

 

Le Quartet avait alors décidé de proposer une alternative avec un gouvernement provisoire, composé de technocrates, pour mener le pays jusqu’aux élections. Bien évidemment, cette décision avait déplu, et la présidence de la République de l’époque, son parti le CPR ainsi que les partis qui lui sont proches tels qu’Attayar de Mohamed Abbou et Wafa de Abderraouf Ayadi avaient refusé de participer aux  négociations et d’accepter que la troïka quitte le pouvoir. Pire encore, pour certains, le Quartet était partie intégrante du problème et non de la solution. C’est ce qu’avait écrit Imed Daïmi, secrétaire général du CPR, sur sa page Facebook le 5 décembre 2013.

A l’époque, on avait accusé le Quartet de se «  transformer en tuteur prenant des décisions sans consulter les parties membres du dialogue [NDLR : dialogue national] ». C’était l’époque où la Troïka avait clairement prouvé à l’opinion publique son échec dans l’exercice du pouvoir. Compte tenu donc de sa position, peu enviable, l’action du Quartet n’avait pas été accueillie à bras ouverts.

 

Une position affichée également par des acteurs politiques proches des partis au pouvoir. Abderraouf Ayadi, président du mouvement Wafa, s’était prononcé contre « un dialogue national parrainé par un quartet non politique ». Selon ses dires, ce quartet « ne disposait pas de solutions pour résoudre une crise essentiellement politique ».  On avait alors accusé le Quartet d’œuvrer à se placer au-dessus des élections démocratiques, sous pression internationale.

En parfait adepte de la théorie du complot, Abderraouf Ayadi, connu pour ses positions loufoques, avait souligné : « ce qui se passe en Tunisie est imputé à des forces internationales, qui incitent à une confrontation civile, dans l’objectif de faire avorter le projet de la révolution ».

 

L’action du Quartet a également été critiquée du côté d’Ennahdha, ou plutôt du membre du mouvement, Abdelfattah Mourou, connu pour ses positions personnelles. S’exprimant sur la Wataniya 1, M.Mourou a affirmé que le dialogue national retardait le processus de transition démocratique au lieu de l’accélérer. Il s’était donné pour mission, également selon ses dires, de se suppléer au gouvernement et de le prendre sa place. Un quartet dans lequel « la majorité des intellectuels tunisiens » ne se reconnait pas selon Mourou, n’y étant pas représentée.

 

 

En réalité, l’initiative du Quartet est intervenue à une période délicate au cours de laquelle les partis politiques, notamment ceux se trouvant au pouvoir, ont prouvé leur immaturité et leur incapacité à parvenir à un consensus. L’action du Quartet, même si fortement critiquée, a permis à l’époque de réunir toutes les parties sur la table du dialogue et de trouver une issue à des négociations qui trainaient en longueur.

Aujourd’hui encore, et après que le Quartet s’est vu attribuer le prix le plus prestigieux au monde, ses détracteurs « effarouchés » continuent de mener leur campagne de dénigrement avec autant d’ardeur. Des personnalités politiques proches de la Troïka ont exprimé dans des posts publiés sur leurs pages Facebook leur déception et leur désenchantement de voir « le coup d’état tunisien » ou encore « le Quartet parrain de l’âne » [NDLR : déformation du mot dialogue en arabe] recevoir ce prix et ont a estimé que le prix de la paix a été décerné à la « bande du Quartet qui pille les richesses de la Tunisie ». D’autres figures, d’habitude très bavardes, se sont quant à elles, étrangement, abstenues jusqu’ici de tout commentaire et se sont contenté de partager des infos relayées par les médias étrangers.

 

 

Ce Quartet, fortement critiqué par certains, aura quand même réussi son pari. Son action, si elle peut parfois être critiquable a été salutaire et aujourd’hui elle a été récompensée par la plus haute distinction internationale. N’oublions pas qu’il s’agit d’une coalition d’organisations que tout devait opposer et qui ont choisi de faire front pour le bien de la Tunisie. Si cela est vu par ses détracteurs comme un deal malsain, il ne faut pas omettre les résultats probants que ce dialogue a pu engendrer. Si le mérite d’une telle initiative a été salué par le prix Nobel de la paix, et les félicitations qui sont parvenues à la Tunisie des quatre coins du monde en témoignent, il est fort regrettable de constater que certains « mauvais joueurs » trouvent encore à redire à cela.

 

Cette action inédite a été décisive pour l’obtention de ce prix, comme en témoigne la déclaration de la présidente du comité Nobel, Kaci Kullmann Five à l\’agence de presse AFP, qui a affirmé qu’il a été décidé  « d\’attribuer le prix au Quartet pour le dialogue national tunisien parce qu\’il a apporté des contributions décisives à l\’édification d\’une démocratie pluraliste en Tunisie (…) C\’est à un moment où le processus de démocratisation était en danger de s\’effondrer totalement que ces quatre organisations ont formé le Quartet, qu\’elles ont agi à l\’unisson avec leur autorité morale pour sauvegarder et encourager les progrès » .

Que les critiques continuent à fuser et que les plus déçus se taisent, il n’en demeure pas moins que le drapeau tunisien ait été hissé, pour la première fois à l’occasion d’un prix Nobel, alors que la Tunisie ne figurait même pas parmi les favoris, et que cet évènement soit un fait historique dont tout Tunisien devrait être particulièrement fier !

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