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    La route sera longue et périlleuse, nous le savons tous. Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’on ne s’engagerait même pas sur cette route. Alors que Kasserine brûle, que les jeunes sont dehors et que la révolte gronde, le chef de l’Etat va se recueillir au mausolée de Sidi Bou Saïd et l’ARP gesticule en demandant une séance plénière avec le chef du gouvernement, qui part à Davos aujourd’hui…

     

    Si à chaque fois qu’il y a une crise, Béji Caïd Essebsi va s’inspirer dans un mausolée, on comprend mieux l’état du pays et ses difficultés à tenir son fils. Pendant ce temps là, Habib Essid prend l’avion et va à Davos et les partis sont occupés à autre chose. Nos politiques s’occupent de ce qui les intéresse vraiment, la lutte pour le positionnement et pour s’attirer les faveurs des uns ou des autres.

     

    La situation des régions ? Le chômage ? La corruption ? On en reparlera quand une autre région s’embrasera. Et notre chef du gouvernement pourra, à ce moment là, créer une commission multipartite chargée d’envisager l’éventualité de la possibilité de refaire une route ou d’acheter quelques équipements pour un hôpital.

     

    Si les chefs de cet exécutif sont de cette trempe, il ne faut pas en vouloir à leurs subordonnés et leur reprocher d’être ce qu’ils sont. Comme dit le proverbe : « Si le père joue du tambour, il ne faut pas en vouloir aux enfants de danser ». Il ne nous reste plus qu’à espérer que Sidi Bou Saïd s’est montré généreux avec notre président et qu’il lui a parlé de chômage, de sécurité, de la situation socio-économique de la Tunisie.

     

    Espérons que Sidi Bou Saïd  a dit à notre président que de plus en plus de gens ont faim dans notre pays. Espérons qu’il réalisera que le tawafok (consensus) ne se mange pas, que la « démocratie naissante » n’est pas un boulot qui protège du besoin, que le « modèle tunisien » reste éloigné des revendications de dignité.

     

    Aujourd’hui en Tunisie il y a des gens, de plus en plus nombreux, qui doivent choisir entre se nourrir et se protéger du froid, parce qu’ils ne peuvent pas faire les deux. Il y a des gens en Tunisie qui arrivent à un tel désespoir qu’ils demandent plus de leur mort que de leur vie. Il y a des jeunes en Tunisie qui n’ont que deux choix dans la vie : la mer ou la montagne. Mais tout cela ne semble intéresser personne. On est en passe de se faire avoir comme on s’est fait avoir pendant plus de 20 ans sous Ben Ali.

     

    C’est vrai que notre pays a 3000 ans d’Histoire, mais il semble que nous n’ayons rien appris de cela. Aujourd’hui, ceux qui gouvernent font les mêmes erreurs qu’il y a cinq ans. Et il est bien connu que les mêmes causes donnent les mêmes effets.

     

    Pendant que ceux qui devraient être en charge du pays jouent aux chaises musicales, qu’ils tergiversent entre le père et le fils, la Tunisie coule. En fin de compte, Béji Caïd Essebsi a raison d’aller voir Sidi Bou Saïd, c’est tout ce qui nous reste.

     

     

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