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Tunisie – Face à la crise, un gouvernement à côté de la plaque !

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    Le pays est à feu et à sang depuis presque une semaine. La grogne populaire, qui depuis dimanche dernier fait rage à Kasserine, s’est propagée à plusieurs autres régions de la Tunisie et cela n’augure rien de bon. Dans ce contexte explosif, les Tunisiens s’attendaient à des mesures exceptionnelles, mises en place par un gouvernement conscient des enjeux et maîtrisant son dossier. Cela était sans compter sur les décisions « insuffisantes » accouchées par une équipe, qui a en plus trouvé le moyen de commettre une monumentale erreur de Com’, au risque d’envenimer encore plus la situation.

     

    Il est chose en Tunisie que personne ne pourrait contester. Le chômage endémique qui touche une grande partie de nos jeunes, et plus particulièrement les diplômés du supérieur. Ajouter à cela l’exclusion et la marginalisation dont souffrent les régions de l’intérieur du pays, et ce depuis des décennies, le nombre de laissé-pour-compte atteint des proportions affligeantes.

    A Kasserine, berceau de cette « révolte » de janvier 2016, on dénombre des milliers de sans-emploi. Il faut le dire, Kasserine n’est pas le seul gouvernorat touché et cela explique bien évidemment que la contagion des contestations puisse se propager dans les autres régions ou les quartiers populaires des grandes villes.

     

    Le gouvernement Essid, dès son investiture, a promis d’endiguer le chômage, de ramener les investissements et le développement dans les régions. Une promesse, que tout gouvernement postrévolutionnaire qui se respecte, brigue parmi ses priorités. On s’attend après tant et tant d’atermoiements à ce qu’une solution, du moins une ébauche, soit mise sur la table, mais depuis une année au pouvoir, rien ou pratiquement n’a été fait.

    Sans conteste, le chômage des diplômés du supérieur constitue l’une des patates chaudes les plus ardues à résoudre. Cette problématique reflète également l’impasse dans laquelle s’est embourbée la Tunisie au fil des années. Les causes du problème sont connues depuis belle lurette, on nous les a rabâchés à tout bout de champ : inadéquation de l’enseignement et de la formation avec les besoins de l’économie ou incapacité de l’économie tunisienne, telle qu’elle est, à absorber le nombre croissant de chômeurs et à surtout de donner du travail au nouveaux diplômés qui se déversent chaque année sur le marché de l’emploi… A cela s’ajoute les effets des disparités régionales et sociales.

     

    Le gouvernement Essid a attendu une année et une révolte sans précédent depuis la révolution de 2011, pour bouger. Mercredi 20 janvier, trois jours après le début des contestations à Kasserine, la présidence du gouvernement, par le biais d’un communiqué, annonce les mesures urgentes en faveur de la région. On apprend que 5000 chômeurs seront intégrés dans les mécanismes adoptés par les programmes de l’emploi, la régularisation de la situation de 1410 personnes concernées par le mécanisme 16, outre la prise en charge de 500 microprojets par le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi. Microprojets qui devront être financés par la BTS, avec engagement de simplification des procédures administratives.

    Des mesures qualifiées d’insuffisantes, selon plusieurs observateurs, ne proposant que des emplois précaires, ne parvenant pas à aller en profondeur dans le cœur du problème et ne s’élevant pas au niveau de l’ampleur des difficultés structurelles. D’autres, tancent le gouvernement du fait qu’il n’a concédé ces « mesurettes » qu’après les grabuges enregistrés. Un gouvernement pratiquement aux abonnés absents jusque-là.

     

    Après les décisions annoncées au profit de Kasserine, le calme escompté n’est pas revenu, au contraire les protestations se sont élargies et pris de l’ampleur. Les autres régions revendiquant leur droit, elles aussi, à l’emploi et au développement.

    Un fait fâcheux a par ailleurs envenimé les choses : Une erreur de communication a été commise par Khaled Chouket, porte-parole officiel du gouvernement, et ce lors de l’annonce des décisions. Chouket avait annoncé la création de 5000 postes d’emploi, or il s’agit plutôt de 5000 chômeurs qui devront bénéficier des différents mécanismes d’emploi et non de 5000 recrutements ! Autre erreur, le même responsable avait indiqué que 1410 personnes vont bénéficier du mécanisme 16, mais il s’agit d’une régularisation de situation ! Amateurisme, inconscience, irresponsabilité ? Nous sommes en droit de se le demander. Autre fait, le chef du gouvernement a appris les décisions prises par son équipe…à travers les médias, étant absent, pendant cette période critique. Bien loins sont les moments où Mofdi Mseddi était aux commandes d\’une communication maitrisée et précise.

     

    Les Tunisiens n’ont eu de cesse de critiquer cette absence de Habib Essid alors que le pays s’embrasait de toute part. Monsieur le chef du gouvernement participait au Forum de Davos en Suisse. Après la bourde de son équipe et la persistance des troubles, qui ont tourné aux actes de violence et de vandalisme, il s’est vu contraint d’écourter son séjour. On s’attendait à ce que le chef du gouvernement rentre au pays, et prenne illico presto, les choses en main. Au moins donner une allocution pour faire un point sur la situation, jouer son rôle de chef du gouvernement en somme… Sauf que M. Essid avait rendez-vous, pour un déjeuner à l’Elysée, avec le président français, François Hollande. La première déclaration publique à propos de la crise que traverse la Tunisie, il choisit de la donner à un média étranger, France 24. Et il y défend les efforts déployés par son équipe pour trouver des solutions aux régions déshéritées, et il y affirme que le gouvernement n’a pas de baguette magique pour régler tous les problèmes en même temps…

     

    Entre-temps, plusieurs régions se sont embrasées et les protestations se sont propagées aux cités populaires de Tunis. Un couvre-feu est décrété sur tout le territoire tunisien, une première aussi, après la révolution. Cette situation révèle le malaise social en Tunisie et un échec des gouvernements successifs, notamment celui d’Essid. Gouvernement qui n’a pas su s’attaquer aux vraies priorités et aux attentes populaires. Au lieu de cela les Tunisiens ont assisté aux querelles politiciennes et aux calculs partisans, reléguant les revendications aux calendes grecques.

     

    Ikhlas Latif

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