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Pourquoi cette histoire d’eucalyptus a autant ému ?

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    Mille et un problèmes existent aujourd’hui en Tunisie. Entre le chômage, l’éducation, l’économie, la justice et la situation politique, ni les citoyens ni leur gouvernement ne savent où donner de la tête. Pourtant, un arbre coupé à Carthage par le propriétaire d’un café a monopolisé l’actualité et a donné naissance à des actions, réactions, reportages et analyses. Pourquoi ?

     

    D’un côté, il y a les sceptiques. Ceux qui s’étonnent d’une telle mobilisation pour un arbre, aussi centenaire soit-il. Non sans un soupçon de mauvaise foi, ils regrettent qu’une telle mobilisation n’ait pas vu le jour contre la corruption ou le terrorisme.

     

    De l’autre côté, il y a les indignés. Ceux qui ont écrit des kilomètres de statuts sur les réseaux sociaux sur le fait que cet arbre soit coupé. Ceux qui échafaudent des plans pour permettre de boycotter le café dont le propriétaire est responsable de cet acte d’abattage.

     

    Que peut-on dire aux sceptiques ? La première chose à leur dire est d’arrêter d’être condescendants. Il est facile de se placer en donneur de leçons sceptique et cynique. Si une mobilisation citoyenne pouvait en finir avec la corruption ou le terrorisme, ça se saurait. La deuxième chose à savoir est qu’il ne faut jamais négliger la symbolique. Comme le dit très justement la professeure Neziha Gouider Khouja: « Cet Eucalyptus était centenaire. Il a été sacrifié à l’autel de la cupidité, du mauvais goût, de l’impunité, de la négligence, du laxisme, du non-respect des lois, etc…Ce sont pile poil les maux contre lesquels nous luttons activement depuis des années ». En fait, cet arbre symbolise une certaine idée que l’on se fait de la Tunisie et il a été abattu par l’incivilité, l’ignorance et la bêtise. L’image est certainement critiquable mais elle existe et elle a une symbolique. Nos donneurs de leçons nationaux ne peuvent pas ignorer l’importance de la symbolique. Comme ça, peut-être que leurs leçons à eux nous mèneront quelque part…

    Enfin, il existe un argument fondamental contre les sceptiques donneurs de leçons : les actions citoyennes de ce genre marchent ! Abattage d’arbre, ensuite mobilisation citoyenne, ensuite limogeage du maire de Carthage et plainte contre le propriétaire du café. Donc, cette action a porté ses fruits. Tout comme les actions consistant à rassembler des affaires pour les transporter dans les régions reculées, comme les actions de nettoyage de quartiers, comme les actions de réfection d’écoles et j’en passe. En face, ce ne sont pas les mots d’esprit sur les réseaux sociaux et leur cohorte de « j’aime », « je partage » et « bien dit admin » qui changeront quoi que ce soit.

     

    Que dire aux indignés ? La première chose à leur dire est que le monde ne tourne pas autour de Carthage. Même si leur mobilisation est louable, on ne peut pas enlever au citoyen de la cité Ettadhamen, ce sentiment d’injustice parce que lui n’a pas d’égout dans son quartier. Ce sentiment d’injustice, fatigué de se heurter aux murs sourds de l’Etat, se tournera allégrement vers cette « bande de privilégiés qui pleurent pour un arbre ». C’est injuste oui, critiquable certainement, mais ça existe et c’est loin d’être marginal.

    La deuxième chose à leur dire est qu’ils doivent accepter d’être incompris. Certains ont des problèmes bien plus épineux que celui de cet arbre abattu, d’autres pensent au sort des employés du café si jamais le boycott prend effet, ce qui n’est pas totalement dénué de sens. Alors, les indignés doivent se doter d’une certaine ouverture d’esprit et empêcher la justesse de leur cause de se transformer en œillères qui les privent de voir les choses dans leur ensemble. 

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