La Tunisie, qui négocie un nouveau prêt avec le Fonds monétaire international (FMI), doit revoir son modèle de développement pour « bâtir une croissance inclusive », a affirmé dans un entretien à l\’AFP le nouveau représentant du Fonds, Robert Blotevogel.
Il a estimé que « Les premières indications ne font pas croire qu\’il y a aura une grande reprise cette année dans le secteur du tourisme », précisant que l\’agriculture devrait également réaliser des performances moindres. « 2016 sera comme une année de stabilisation », a expliqué le représentant du FMI.
Robert Blotevogel a indiqué que la croissance qui s\’annonce en 2016 ne répond pas aux aspirations du peuple tunisien. Elle n\’est pas suffisamment forte pour résorber le chômage, supérieur à 15% au niveau national, a-t-il prévenu.
Dans ce contexte, le gouvernement, qui a présenté l\’été dernier un plan de développement 2016-2020 , doit modifier sa politique budgétaire pour relancer l\’économie et faire que la croissance touche les plus vulnérables, et aussi les régions défavorisées, a souligné M. Blotevogel. « Même si le déficit global a été plutôt maîtrisé, on fait face à un problème de composition du budget », a-t-il ajouté.
Selon le représentant du FMI, la fonction publique constitue un fardeau lourd pour les dépenses de l\’Etat et un défi très important pour l\’économie tunisienne.
La hausse « importante de la masse salariale depuis 2011 s\’est faite au détriment de l\’investissement public, regrette M. Blotevogel. « Il faudrait renverser cette tendance. L\’idée serait vraiment de bâtir les bases pour une croissance inclusive et refaire le modèle de développement de la Tunisie », a-t-il plaidé.
« Comment le faire? C\’est justement ce que nous sommes en train de discuter », a-t-il affirmé. « D\’ores et déjà, avec le gouvernement, nous sommes d\’accord sur l\’objectif pour les grandes réformes, le diagnostic sur la situation. Il y a une parfaite cohérence de vues et maintenant les discussions se focalisent surtout sur le calendrier de mise en œuvre », a souligné M. Blotevogel.
La Tunisie avait annoncé en septembre dernier avoir demandé un nouveau plan d\’aide au FMI, à l\’occasion d\’une visite de sa directrice générale, Christine Lagarde. Son montant sera au moins équivalent à la précédente ligne de crédit, soit 1,7 milliard de dollars (1,55 milliards d\’euros), a confirmé le représentant du FMI.
Le futur plan s\’étalera lui sur quatre ans, à la demande du gouvernement tunisien, a noté Robert Blotevogel, ajoutant que le conseil d\’administration du Fonds se prononcera sur sa validation le 22 avril.
« Nous sommes d\’accord sur le fait qu\’il ne faudrait pas s\’endetter juste pour s\’endetter », a-t-il déclaré, en réponse aux critiques en Tunisie contre ce nouveau recours au FMI.
« Le premier plan s\’est déroulé dans des conditions très difficiles », a-t-il rappelé, citant, toujours selon l’AFP, la faible croissance en zone euro, premier partenaire de la Tunisie, et la crise en Libye voisine.
M. Blotevogel a également évoqué une transition démocratique tunisienne qui « a mis plus de temps qu\’attendu, a été accompagnée par des manifestations sociales, puis par cet aspect sécuritaire devenu de plus en plus important avec les attentats terroristes en 2015 ».
« Si les autorités ont réalisé d\’importants progrès dans plusieurs champs, dont le secteur financier avec la restructuration des banques publiques, des vulnérabilités macro-économiques persistent » a relevé le représentant du FMI.
La Tunisie a « fait preuve d\’une certaine résilience parce que les grands équilibres macro-économiques ont pu être maintenus », a noté Robert Blotevogel. Mais il existe « un certain nombre de défis, de faiblesses qui persistent » a-t-il conclu.
M.B.Z (D’après AFP)










